SAINTS PROTHE ET HYACINTHE, MARTYRS

(11 septembre)

Prothe et Hyacinthe étaient compagnons d’études d’Eugénie, fille d’un

noble romain nommé Philippe. Celui-ci, ayant été nommé par le Sénat

préfet d’Alexandrie, avait emmené avec lui dans cette ville sa femme

Claudie, ses fils Avit et Serge, et sa fille Eugénie, instruite

excellemment dans la connaissance des arts et des lettres. A quinze ans,

Eugénie fut demandée en mariage par Aquilin, fils du consul Aquilin.

Mais elle: «Ce n’est point d’après la naissance qu’on doit se choisir un

mari, mais d’après les mœurs et le caractère!»

Un hasard fit tomber entre ses mains la doctrine de saint Paul, et

aussitôt son âme commença à devenir chrétienne. Les chrétiens avaient

alors l’autorisation de demeurer dans un village voisin d’Alexandrie.

Eugénie s’y rendit, comme en promenade, et elle entendit que les

chrétiens chantaient: «Tous les dieux des nations ne sont que des

idoles; un seul Dieu a créé le ciel et la terre.» Alors elle dit à ses

compagnons d’études Prothe et Hyacinthe: «Nous avons approfondi tous les

syllogismes des philosophes, les catégories d’Aristote, et les idées de

Platon, et les préceptes de Socrate. Mais voici que la phrase que

chantent ces chrétiens détruit tout ce qu’ont dit les poètes, les

orateurs et les philosophes. Une puissance usurpée a fait de moi votre

supérieure; mais à présent la sagesse fait de moi votre sœur. Donc,

soyez mes frères, et suivons le Christ!» Les deux esclaves y

consentirent, et Eugénie, ayant revêtu des habits masculins, se rendit

avec eux dans un monastère dont l’abbé était un saint homme nommé

Hélénus. Cet Hélénus, discutant un jour avec un hérétique, et ne

parvenant pas à le convaincre par ses arguments, fit allumer un grand

feu, et offrit à son adversaire d’y entrer avec lui, sous la condition

que celui des deux qui en sortirait indemne, serait considéré comme

professant la vérité. Puis il entra lui-même, le premier, dans la

flamme, et en sortit sans le moindre mal. Et l’hérétique, ayant refusé

d’y entrer à son tour, fut honteusement chassé par la foule. C’est donc

vers cet Hélénus que se rendit la jeune fille, et elle lui dit qu’elle

était un homme. Et lui: «Tu as bien raison de le dire, car, bien que tu

sois femme, tu agis en homme!» Après quoi il l’admit au nombre de ses

moines avec Prothe et Hyacinthe, et lui ordonna de prendre le nom de

frère Eugène.

Cependant, le père et la mère d’Eugénie, ne la voyant pas revenir chez

eux, la firent rechercher partout sans pouvoir la trouver. Des devins,

consultés par eux, leur répondirent que la jeune fille avait été

transportée au ciel, où elle était devenue un astre. Aussi le père

fit-il exécuter une statue de sa fille, et enjoignit-il au peuple de

l’adorer. Et Eugénie, dans son monastère, vivait avec ses compagnons

dans la crainte de Dieu, de telle sorte que, à la mort de l’abbé, c’est

elle qui fut élue pour le remplacer.

Il y avait alors à Alexandrie une femme riche et noble, appelée

Mélancie, que sainte Eugénie avait guérie de la fièvre quarte en

l’oignant d’huile au nom de Jésus. Cette femme, frappée de l’élégance et

de la beauté de celui qu’elle croyait être le Frère Eugène, se prit pour

lui d’un violent amour, et songea aux moyens d’entrer en relations

intimes avec lui. Elle imagina de feindre une maladie, et de prier le

Frère de venir la voir. Et, quand il fut venu, elle lui révéla combien

elle le désirait; après quoi, le suppliant de s’unir charnellement à

elle, elle se jeta à son cou et le couvrit de baisers. Indigné de cette

conduite, le Frère Eugène lui dit: «Tu mérites bien ton nom de Mélancie,

car tu es pleine de noirceur, et la digne fille du prince des ténèbres!»

Aussitôt la dame, furieuse de sa déception, et craignant en outre d’être

dénoncée, se résolut à dénoncer la première, et proclama que le Frère

Eugène avait voulu la violer. S’étant rendue chez le préfet Philippe,

elle lui dit: «Un jeune chrétien, venu chez moi sous prétexte de me

guérir, a eu l’impudence de se jeter sur moi pour me violer; et sans

l’aide de ma servante, qui se trouvait dans ma chambre, le monstre

aurait assouvi sur moi son ignoble désir.» Ce qu’entendant, le préfet,

irrité, fit saisir Eugénie et les autres serviteurs du Christ, et

déclara que tous seraient livrés aux bêtes. Quand Eugénie fut amenée

devant lui, il lui dit: «Apprends-nous donc, scélérat, si c’est votre

Christ qui vous a ordonné de violer les femmes de noble maison!» Alors

Eugénie, baissant la tête pour n’être pas reconnue, répondit: «Notre

Christ nous a enseigné la chasteté, et a promis la vie éternelle à ceux

dont les âmes et les corps seraient purs. Quant à cette Mélancie, nous

pourrions la convaincre de faux témoignage; mais mieux vaut que nous

souffrions nous-mêmes, car, pour faire la preuve de son mensonge, nous

devrions sacrifier le fruit de notre patience!» On fit alors venir la

servante de Mélancie; cette femme, stylée par sa maîtresse, répéta que

le Frère Eugène avait voulu violer celle-ci. Et Eugénie: «Puisque c’est

ainsi, puisque l’impudique ose accuser d’un tel crime les serviteurs du

Christ, je dévoilerai la vérité, non point par orgueil, mais pour la

gloire de Dieu!» Disant cela, elle coupa sa tunique de haut en bas,

jusqu’à la ceinture, et l’on vit qu’elle était une femme. Et elle dit au

préfet: «Je suis Eugénie, ta fille, Claudie est ma mère, Avit et Serge,

que je vois assis près de toi, sont mes frères, et les deux moines que

voici sont Prothe et Hyacinthe!» Aussitôt le père, reconnaissant sa

fille; se jeta dans ses bras en pleurant, et au même instant une flamme,

descendue des cieux, consuma Mélancie et tous ses faux témoins.

C’est ainsi qu’Eugénie convertit son père, sa mère, ses frères, et toute

leur maison. Philippe, se démettant de ses fonctions, fut élu évêque par

les chrétiens, et souffrit le martyre pour la foi. Eugénie revint, avec

ses frères et sa mère, à Rome, où ils firent de nombreuses conversions.

Et un jour, par ordre de l’empereur, elle fut attachée à une grosse

pierre et jetée dans le Tibre; mais la pierre se détacha de son corps,

et on vit la jeune fille marcher saine et sauve sur les eaux. On la

plongea dans une fournaise ardente; la flamme s’éteignit aussitôt. On

l’enferma dans un cachot sans fenêtre; mais la cachot se remplit d’un

rayonnement de lumière. On la laissa dix jours sans nourriture; le

dixième jour, le Sauveur lui apparut, lui offrit un pain, et lui dit:

«Reçois cette nourriture de ma main! Je suis ton Sauveur, que tu as aimé

de toute ton âme! Et sache que, le jour anniversaire de ma naissance

terrestre, je t’appellerai près de moi!» Et en effet, le jour de Noël,

un bourreau trancha la tête de la sainte. Alors celle-ci apparut à sa

mère, et lui annonça que, le dimanche suivant, elles se retrouveraient

au ciel. Et en effet, le dimanche suivant, Claudie, pendant qu’elle se

tenait en prière, rendit son âme à Dieu. Quant à Prothe et Hyacinthe,

sur leur refus de sacrifier aux idoles, ils eurent la tête tranchée.

Cela se passait sous le règne de Valérien et de Gallien, en l’an du

Seigneur 256.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 274 / 371 题