SAINT GILLES, ABBÉ

(1er septembre)

Gilles, athénien, était de famille noble, et avait étudié, dès

l’enfance, les lettres sacrées. Un jour, comme il se rendait à l’église,

un malade, couché sur une place, lui demanda l’aumône. Gilles lui donna

sa tunique; et dès que le malade la revêtit, il guérit. A la mort de ses

parents, Gilles abandonna au Christ tout son patrimoine. Il guérit un

jour, par sa prière, un homme qui venait d’être mordu par un serpent. Il

guérit aussi un possédé qui, se tenant dans l’église, troublait de ses

cris les autres chrétiens. Mais bientôt, craignant les dangers de la

faveur humaine, Gilles s’enfuit secrètement au bord de la mer. Il

aperçut là des matelots qui allaient périr dans une tempête: il pria et

aussitôt la tempête s’apaisa. En reconnaissance de quoi les matelots,

apprenant qu’il voulait aller à Rome, s’offrirent à l’y emmener

gratuitement avec eux.

Mais en arrivant à Arles, Gilles s’y arrêta, et demeura deux ans avec

saint Césaire, évêque de cette ville, où il guérit une femme atteinte de

fièvre depuis trois ans. Puis, ayant soif du désert, il s’éloigna

secrètement d’Arles, et vécut longtemps en compagnie de l’ermite

Veredôme, dans un endroit où, en sa faveur, Dieu voulut bien faire

cesser la stérilité du sol. Mais, comme le bruit de ses miracles se

répandait partout, Gilles, craignant de nouveau les dangers de la

louange humaine, quitta son compagnon et s’enfonça encore dans le

désert, où il eut le bonheur de trouver une grotte auprès d’une source.

Il y eut pour nourricière une biche qui, à de certaines heures, venait

lui donner son lait.

Or, un jour, les fils du roi, qui chassaient par là, virent cette biche

et la poursuivirent avec leurs chiens. Effrayée, elle se réfugia aux

pieds de saint Gilles. Et celui-ci, étonné de ses cris, sortit de sa

cellule et entendit les chasseurs. Il demanda alors à Dieu que fût

sauvée la bête qu’il lui avait donnée pour nourricière. Et en effet

aucun des chiens n’osait s’approcher de la biche. La nuit étant proche,

les chasseurs s’en revinrent chez eux. Et le lendemain, de nouveau, ils

durent rentrer chez eux sans avoir pris la biche. Ce qu’apprenant, le

roi se rendit sur les lieux avec l’évêque et une foule de chasseurs. Et

comme, de nouveau, les chiens refusaient d’approcher, un des chasseurs,

par accident, blessa d’une flèche le saint, qui demandait grâce pour la

biche. Après quoi les chasseurs se frayèrent un chemin jusqu’à la

grotte, aperçurent un vieillard en habit monacal avec une biche étendue

à ses pieds. Le roi et l’évêque s’avancèrent alors vers lui, lui

demandèrent qui il était, d’où il était venu, comment il avait pu

arriver à un endroit aussi sauvage, et enfin par qui il avait été

blessé. Puis, lui ayant demandé pardon de cette blessure dont ils

étaient cause, ils lui donnèrent des remèdes pour la guérir, en même

temps que de nombreux présents. Mais le saint ne voulut même pas jeter

les yeux sur les présents ni sur les remèdes. Bien plus, sachant que la

vertu devenait plus parfaite dans la maladie, il pria Dieu de ne plus

recouvrer la santé aussi longtemps qu’il vivrait.

Le roi, cependant, lui fit de fréquentes visites, pour recevoir de lui

l’aliment spirituel. Et toujours il lui offrait des trésors, et toujours

le saint refusait de les accepter. Il conseilla enfin au roi d’employer

plutôt ces trésors à construire un monastère, où serait pratiquée dans

toute sa rigueur la discipline monastique. Et le roi suivit son conseil;

mais, quand le monastère fut construit, il insista par ses prières et

ses larmes pour forcer saint Gilles à en devenir l’abbé[12].

[12] A Saint-Gilles-du-Gard, entre Arles et Lunel, sur le petit Rhône.

La renommée du saint parvint jusqu’au roi Charles, qui le manda près de

lui et le reçut avec déférence. Il lui demanda, entre autres choses, de

vouloir bien prier pour que lui fût remis un très grand péché qu’il

avait commis jadis, et qu’il n’osait avouer à personne, pas même au

saint. Et le dimanche suivant, pendant que Gilles, célébrant sa messe,

priait pour le roi, un ange lui apparut qui déposa sur l’autel une

feuille où était écrit que, grâce à ses prières, le péché du roi se

trouvait pardonné. Et l’on dit aussi que, sur cette feuille, une main

céleste avait ajouté que quiconque invoquerait saint Gilles pour la

rémission d’un péché, obtiendrait cette rémission, pourvu seulement

qu’il ne commît plus le même péché. Gilles porta la feuille au roi, qui

se repentit humblement. Puis le saint reprit le chemin de son monastère.

Et à Nîmes, en passant, il ressuscita le fils d’un des chefs de la

ville, qui venait de mourir.

Peu de temps après, prévoyant que son monastère allait être saccagé par

les ennemis, il se rendit à Rome, et obtint du pape, pour son église, un

privilège, ainsi que deux portes en bois de cyprès où se trouvaient

sculptées les images des apôtres. Après quoi, ayant confié ces portes au

Tibre, et les ayant recommandées à la conduite divine, il retourna vers

son monastère; et, sur le chemin, à Tiberon, il guérit un paralytique.

Et quand il revint à son monastère, il trouva les portes qui

l’attendaient dans le port. Après avoir rendu grâces à Dieu, il les

dressa au seuil de son église, tant pour l’ornement de celle-ci que pour

qu’elles fussent le témoignage du pacte accordé au monastère par la

curie romaine.

Enfin, comprenant par révélation que le jour de sa mort approchait, il

en informa ses frères et leur demanda de prier pour lui. Et quand il se

fut endormi dans le Seigneur, bien des personnes affirmèrent avoir

entendu des chœurs d’anges transportant son âme au ciel. Cette mort eut

lieu en l’an du Seigneur 700.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 266 / 371 题