(28 Juillet)
La vie des saints Nazaire et Celse nous est racontée par saint Ambroise.
Les uns veulent que ce soit d’après un livre des saints Gervais et
Protais, d’autres, d’après un livre écrit par un philosophe ayant une
dévotion spéciale pour saint Nazaire; et l’on ajoute que le livre de ce
philosophe fut placé dans le tombeau des deux saints par Cérasius, qui
les ensevelit.
Nazaire était fils d’un noble Juif nommé Africain, et de sainte
Perpétue, Romaine de grande famille qui avait été baptisée par l’apôtre
saint Pierre. A l’âge de neuf ans, l’enfant s’étonnait beaucoup de voir
que son père et sa mère observassent deux cultes différents, et que sa
mère suivît la loi du baptême, tandis que son père suivait celle du
sabbat. Et chacun de ses deux parents essayait de l’amener à sa foi:
mais il hésitait, se demandant à laquelle des deux il devait adhérer.
Enfin, par la grâce de Dieu, c’est à la foi de sa mère qu’il adhéra. Il
reçut le baptême du saint pape Lin; ce qu’apprenant, son père s’efforça
de le détourner de sa sainte résolution en lui décrivant les
innombrables supplices infligés aux chrétiens.
Notons en passant que, quand l’histoire raconte que Nazaire fut baptisé
par le pape Lin, cela ne veut pas dire que saint Lin fût pape au moment
du baptême, mais seulement qu’il devait plus tard devenir pape. Car
Nazaire, ainsi qu’on le verra ci-dessous, survécut de nombreuses années
à son baptême, et son martyre eut lieu sous le règne de Néron, sous le
règne duquel eut aussi lieu le martyre de saint Pierre. Or on sait que
saint Lin fut pape après la mort de saint Pierre.
Nazaire, sans se laisser émouvoir par les avertissements paternels,
continuait à prêcher le Christ. Enfin ses parents, qui craignaient pour
lui les persécutions, obtinrent de lui qu’il quittât Rome. Ils lui
donnèrent sept mulets chargés de trésors; et lui, parcourant les villes
d’Italie, il distribuait tout aux pauvres. La dixième année de son
départ de Rome, il vint à Plaisance, puis à Milan, où il apprit que les
saints Gervais et Protais se trouvaient emprisonnés. Il s’empressa
d’aller les voir, dans leur prison, pour les encourager dans la foi. Ce
qu’apprenant, le préfet de la ville le fit venir devant lui. Et comme il
persistait à confesser le Christ, il fut chassé de Milan après avoir été
roué de coups. De nouveau il errait de ville en ville, lorsque sa mère,
qui était morte, lui apparut et lui enjoignit de se rendre en Gaule.
Pendant qu’il se trouvait dans une ville des Gaules nommée Genève, où il
avait fait de nombreuses conversions, une dame noble lui amena son fils,
un beau jeune homme appelé Celse, en le priant de le baptiser et de le
prendre avec lui. Le préfet des Gaules, dès qu’il le sut, fit saisir
Nazaire et Celse, leur fit lier les mains, et les fit enfermer en prison
avec une chaîne au cou, se promettant de les torturer le jour suivant.
Mais sa femme lui déclara que c’était chose injuste de vouloir venger
des dieux tout-puissants en mettant à mort des hommes qui n’avaient fait
aucun mal. Et le préfet, touché de ses paroles, remit en liberté les
deux saints, mais en leur interdisant de prêcher dans sa province.
Nazaire se rendit alors à Trèves, où, le premier, il prêcha le Christ,
et lui éleva une église. Ce qu’apprenant, le gouverneur Cornélius le
dénonça à l’empereur Néron, qui envoya cent hommes pour s’emparer de
lui. Ces hommes, l’ayant trouvé dans l’église qu’il avait construite,
lui lièrent les mains en disant: «Le grand Néron t’appelle.» Et Nazaire
leur dit: «Votre maître a des serviteurs dignes de lui! Vous auriez pu
simplement venir me dire: _Néron t’appelle_; et je serais venu.» Mais
les soldats ne s’obstinèrent pas moins à le tenir enchaîné; et comme le
jeune Celse pleurait, ils le battaient pour le forcer à les suivre.
Ainsi ils arrivèrent en présence de Néron, qui les fit jeter en prison,
en attendant qu’il eût imaginé des supplices pour les faire périr.
Or, comme Néron avait, un jour, envoyé des chasseurs à la poursuite de
bêtes féroces, celles-ci pénétrèrent en grand nombre dans les jardins
impériaux, où elles blessèrent et tuèrent une foule de gens. Néron
lui-même fut blessé au pied, et eut grand’peine à regagner son palais.
Et la blessure continua longtemps à le faire souffrir: si bien que, se
souvenant de Nazaire et de Celse, il pensa que les dieux étaient irrités
contre lui pour son retard à faire mourir ces infidèles. Il ordonna donc
qu’on amenât devant lui Nazaire et le jeune Celse, en ne leur épargnant
pas les coups durant le trajet. Quand Nazaire comparut devant lui, il
vit que sa figure brillait comme le soleil: et, se croyant le jouet d’un
artifice de magie, il enjoignit au saint de laisser là ses sortilèges et
de sacrifier aux dieux. Nazaire fut donc conduit dans un temple. Il
demanda à y être laissé seul; puis il pria, et toutes les idoles se
brisèrent. Ce qu’apprenant, Néron le fit précipiter dans la mer,
ordonnant que, si par hasard il s’en échappait, on le brûlât vif, et que
ses cendres fussent jetées à l’eau.
Nazaire et le petit Celse furent mis dans un bateau, et, parvenus en
pleine mer, ils furent jetés dans les flots. Mais aussitôt une tempête
terrible s’éleva autour du bateau, tandis que les deux saints nageaient
doucement sur les flots tout unis. Alors les bourreaux, se voyant en
danger, se repentirent du mal qu’ils avaient fait aux saints. Et voici
que Nazaire, marchant sur l’eau avec le petit Celse, leur apparut, le
visage souriant, les rejoignit sur le bateau, apaisa la tempête par sa
prière, et parvint ainsi avec eux à un endroit voisin de la ville de
Gênes. Il prêcha longtemps dans cette ville, puis se rendit à Milan, où
il avait naguère laissé Gervais et Protais. Ce qu’apprenant, le préfet
Anolin fit garder Celse dans la maison d’une dame de la ville, et
enjoignit à Nazaire de quitter Milan. Le saint se rendit à Rome, où il
trouva son père devenu chrétien. Le vieillard lui raconta que l’apôtre
Pierre lui était apparu, et l’avait averti d’avoir à suivre auprès du
Christ sa femme et son fils. Mais bientôt Nazaire fut pris de nouveau et
reconduit à Milan, où, en compagnie du petit Celse, il eut la tête
tranchée, au-delà de la Porte Romaine, dans un endroit nommé les
Trois-Murs.
Des chrétiens recueillirent leurs corps et les ensevelirent dans leur
jardin. Mais, la même nuit, les deux saints apparurent à un pieux homme
nommé Cérasius, à qui ils dirent de prendre leurs corps dans sa maison,
et de les ensevelir très profondément, pour les dérober aux recherches
de Néron. Et Cérasius: «Seigneurs, ne voudriez-vous pas, auparavant,
guérir ma fille qui est paralysée?» Aussitôt la jeune fille se trouva
guérie; et Cérasius enterra les deux saints comme ils l’avaient demandé.
Longtemps après, le Seigneur révéla à saint Ambroise l’endroit où
étaient leurs corps; le corps de Nazaire était encore arrosé de son
sang, absolument intact avec ses cheveux et sa barbe; et un parfum
merveilleux s’en dégageait. Saint Ambroise laissa le corps de saint
Celse à l’endroit où il reposait, et fit transporter celui de saint
Nazaire dans l’église des Saints Apôtres. Le martyre des deux saints eut
lieu sous Néron, vers l’an du Seigneur 52.