(25 juillet)
I. L’apôtre Jacques, fils de Zébédée, après l’ascension du Seigneur,
prêcha d’abord en Judée et en Samarie, puis il se rendit en Espagne pour
y semer la parole divine. Mais voyant que son séjour en Espagne était
sans profit et qu’il n’était parvenu à y former que neuf disciples, il y
laissa deux de ces disciples, et, avec les sept autres, revint en Judée.
Jean Beleth assure même que, pendant tout son séjour en Espagne il ne
put faire qu’une seule conversion.
Rentré en Judée, il se remit à prêcher la parole de Dieu. Sur la demande
des pharisiens, un mage nommé Hermogène envoya vers lui son disciple
Philet pour le convaincre devant les Juifs de la fausseté de sa
prédication. Mais ce fut, au contraire, l’apôtre qui, en présence de la
foule, convertit Philet, tant par ses arguments que par ses miracles; et
le disciple du mage, quand il s’en retourna près de son maître, lui
vanta la doctrine de Jacques, lui raconta ses miracles, lui dit qu’il
était résolu à devenir chrétien, et l’engagea à imiter son exemple.
Alors Hermogène, furieux, se servit de la magie pour l’immobiliser de
telle sorte que le malheureux Philet n’avait plus la force de faire un
mouvement; et il lui dit: «Nous verrons bien si ton Jacques parviendra à
te délivrer!» Or Jacques, informé de la chose, envoya à Philet un linge
qu’il avait sur le corps. Et à peine Philet eut-il touché ce linge que,
délivré de ses chaînes magiques, il brava Hermogène et alla rejoindre
l’apôtre. Le mage, exaspéré, ordonna aux démons de lui amener Jacques et
Philet chargés de chaînes, pour intimider, par cet exemple, les autres
disciples. Mais les démons, arrivés en face de Jacques, commencèrent à
gémir piteusement, en disant: «Apôtre Jacques, aie pitié de nous, car
voici que nous brûlons avant notre temps!» Et Jacques: «Pourquoi
venez-vous ici?» Et les démons: «C’est Hermogène qui nous a envoyés pour
que nous nous emparions de toi et de Philet; mais aussitôt l’ange de
Dieu nous a liés avec des chaînes de feu, et il ne cesse pas de nous
torturer.» Et Jacques: «Que l’ange de Dieu vous rende la liberté: mais
ce n’est qu’à la condition que vous vous empariez d’Hermogène et me
l’ameniez ici enchaîné, sans cependant lui faire aucun mal!» Les démons
firent comme il l’ordonnait; et Jacques dit à Philet: «Suivons l’exemple
du Christ, qui nous a enseigné de rendre le bien pour le mal! Hermogène
t’a enchaîné; toi, délivre-le!» Et comme Hermogène, débarrassé de ses
liens, se tenait tout confus devant l’apôtre, celui-ci lui dit: «Va
librement où tu veux aller! car notre doctrine n’admet pas que personne
se convertisse malgré lui!» Et Hermogène lui dit: «Je connais l’humeur
vindicative des démons. Ils me tueront si tu ne me donnes pas, pour me
protéger, quelque objet t’ayant appartenu.» Alors Jacques lui donna son
bâton; et le mage alla chercher ses livres, et les rapporta à l’apôtre,
qui lui ordonna de les jeter à la mer. Après quoi Hermogène, se jetant à
ses pieds, lui dit: «Libérateur des âmes, reçois en pénitent celui que
tu as daigné secourir tandis qu’il t’enviait et cherchait à te nuire!»
Et, depuis lors, il se montra parfait dans la crainte de Dieu.
Mais les Juifs, furieux de cette conversion, vinrent trouver Jacques et
lui reprochèrent de prêcher la divinité de Jésus. Et l’apôtre leur
prouva si clairement cette divinité, par le témoignage des livres
saints, que plusieurs d’entre eux se convertirent. Ce que voyant, le
grand prêtre Abiathar souleva le peuple, fit passer une corde autour du
cou de l’apôtre, et le conduisit devant Hérode Agrippa, qui le condamna
à avoir la tête tranchée. Or, comme on le conduisait au supplice, un
paralytique, gisant sur la route, le supplia de lui rendre la santé. Et
Jacques lui dit: «Au nom de Jésus-Christ, pour qui je vais souffrir la
mort, sois guéri, lève-toi et bénis ton Créateur!» Et aussitôt le malade
guérit, se leva et bénit le Seigneur. Alors le scribe qui conduisait
Jacques se jeta à ses pieds, lui demanda pardon, et lui dit qu’il
voulait devenir chrétien. Ce que voyant, Abiathar le fit saisir et lui
dit: «Si tu ne maudis pas le nom du Christ, tu seras toi-même décapité
avec Jacques!» Et le scribe: «Maudis sois-tu toi-même, et que le nom du
Christ soit béni à jamais!» Alors Abiathar le fit frapper au visage, et
obtint d’Hérode qu’il partageât le supplice de l’apôtre. Et comme on
s’apprêtait à les décapiter tous deux, Jacques demanda au bourreau un
vase plein d’eau, dont il se servit pour baptiser le scribe, nommé
Joséas: après quoi tous deux eurent la tête tranchée. Ce martyre eut
lieu le huitième jour des calendes d’avril; mais l’Eglise a décidé que
la fête de saint Jacques Majeur serait célébrée le huitième jour des
calendes d’août (25 juillet), date où le corps du saint fut transporté à
Compostelle.
II. Après la mort de Jacques, ses disciples, par crainte des Juifs,
placèrent le corps sur un bateau, s’y embarquèrent avec lui, se confiant
à la sagesse divine; et les anges conduisirent le bateau en Galice; dans
le royaume d’une reine qui s’appelait Louve, et qui méritait de porter
ce nom. Les disciples déposèrent le corps sur une grande pierre, qui, à
son contact, mollit comme de la cire et forma d’elle-même un sarcophage
adapté au corps. Puis les disciples se rendirent auprès de la reine
Louve et lui dirent: «Notre-Seigneur Jésus-Christ t’envoie le corps de
son disciple, afin que tu reçoives mort celui que tu n’as pas voulu
recevoir vivant!» Ils lui racontèrent le miracle qui avait permis au
bateau de naviguer sans gouvernail; et ils la prièrent de désigner un
lieu pour la sépulture du saint. Alors la méchante reine les envoya
traîtreusement au roi d’Espagne, sous prétexte de lui demander son
autorisation; et le roi s’empara d’eux et les jeta en prison. Mais, la
nuit, un ange leur ouvrit les portes de la prison et les remit en
liberté. Le roi, dès qui l’apprit, envoya des soldats à leur poursuite;
mais, au moment où ces soldats allaient franchir un pont, le pont se
rompit et tous furent noyés. A cette nouvelle, le roi eut peur pour
lui-même, et se repentit. Il envoya d’autres hommes à la recherche des
disciples de Jacques, mais, cette fois, avec mission de leur dire que,
s’ils voulaient revenir, il n’aurait rien à leur refuser. Ils revinrent
donc et convertirent toute la ville à la foi du Christ, puis ils
retournèrent auprès de Louve, pour lui faire part du consentement du
roi. Et la reine, furieuse, leur répondit: «Allez prendre, dans la
montagne, des bœufs que j’ai là, mettez-leur un joug, et emportez le
corps de votre maître dans un lieu où vous puissiez lui élever un
tombeau!» La perfide créature savait, en effet, que ces prétendus bœufs
étaient des taureaux indomptés; et elle se disait que, si les disciples
de Jacques leur mettaient le joug, les taureaux ne manqueraient point de
les tuer et de jeter à terre le corps du saint. Mais il n’y a point de
sagesse qui vaille contre Dieu. Les disciples, ne soupçonnant point la
ruse, gravirent la montagne, où d’abord un dragon vomissait des flammes;
ils lui présentèrent une croix, et le dragon se rompit en deux. Il
firent ensuite le signe de la croix, et les taureaux, devenus doux comme
des agneaux, se laissèrent mettre le joug, et coururent porter le corps
du saint dans le palais même de la Louve: ce que voyant, celle-ci,
émerveillée, crut en Jésus, transforma son palais en une église de
Saint-Jacques, et la dota magnifiquement. Et le reste de sa vie s’écoula
dans les bonnes œuvres.
III. Le pape Calixte raconte qu’un certain Bernard, du diocèse de
Modène, ayant été enchaîné en haut d’une tour, ne cessait d’invoquer
saint Jacques. Le saint lui apparut et lui dit: «Viens, suis-moi en
Galice!» Puis il brisa les chaînes du prisonnier, et disparut. Alors
Bernard s’élança du haut de la tour, qui avait plus de soixante coudées,
et il descendit ainsi à terre sans se faire aucun mal.
Bède raconte qu’un homme avait commis tant de péchés que son évêque
hésitait à l’absoudre. Enfin l’évêque envoya cet homme au tombeau de
saint Jacques avec un papier où étaient inscrits ses péchés. Le jour de
la Saint-Jacques, le papier fut placé sur le tombeau du saint; et quand
le pécheur, après une fervente prière, reprit le papier et l’ouvrit, il
vit que la liste de ses péchés se trouvait effacée.
Hubert de Besançon raconte que l’an 1070, trente hommes de Lorraine, qui
allaient en pèlerinage au tombeau de saint Jacques, se jurèrent de se
rendre service mutuellement, à l’exception d’un seul qui ne voulut point
jurer. L’un de ces pèlerins tomba malade, en route, et ses compagnons
l’attendirent pendant quinze jours; mais enfin tous l’abandonnèrent à
l’exception de celui qui avait refusé de jurer. Et, le soir, le malade
mourut au pied du mont Saint-Michel. Alors son compagnon s’épouvanta
fort, et de la solitude du lieu, et de l’obscurité de la nuit, et du
voisinage du cadavre. Mais saint Jacques lui apparut sous la forme d’un
cavalier, et le consola en lui disant: «Confie-moi ce mort, et monte en
croupe derrière moi sur mon cheval!» Et dans cette même nuit, le saint,
lui faisant franchir une distance de plus de quinze étapes, l’amena à
une demi-lieue de Saint-Jacques de Compostelle. Il lui ordonna ensuite
de rassembler les chanoines pour ensevelir le mort, et aussi de dire à
ses vingt-huit compagnons que, ayant manqué à leur serment, ils ne
tireraient aucun profit de leur pèlerinage.
Un Allemand qui se rendait avec son fils au tombeau de saint Jacques, en
l’an 1020, s’arrêta en route dans la ville de Toulouse. L’hôte chez qui
ils logeaient enivra le père et cacha, dans son sac, un vase d’argent.
Le lendemain, comme les pèlerins voulaient repartir, l’hôte les accusa
de lui avoir volé un vase qui, en effet, fut retrouvé dans leur sac. Le
magistrat devant qui ils furent conduits les condamna à remettre tout
leur bien à l’hôte qu’ils avaient voulu dépouiller, et il ordonna, en
outre, que l’un des deux eût à être pendu. Après un long conflit où le
père voulait mourir pour son fils et le fils pour son père, ce fut le
fils qui l’emporta. Il fut pendu, et le père, désolé, poursuivit son
pèlerinage. Lorsqu’il revint à Toulouse, trente-six jours après, il
courut au gibet où pendait son fils, et commença à pousser des cris
lamentables. Mais voilà que le fils, lui adressant la parole, lui dit:
«Mon cher père, ne pleure pas, car rien de mauvais ne m’est arrivé,
grâce à l’appui de saint Jacques qui m’a toujours nourri et soutenu!» Ce
qu’entendant, le père courut vers la ville; et la foule détacha de la
potence son fils, qui se trouva en parfaite santé; et ce fut l’hôte
qu’on pendit à sa place.
D’après Hugues de Saint-Victor, un pèlerin, qui se rendait au tombeau de
saint Jacques, vit le diable lui apparaître sous la forme du saint; et
le faux saint Jacques, après lui avoir exposé les misères de la vie
terrestre, l’engagea à se tuer en l’honneur de lui. Le naïf pèlerin prit
son épée et se tua sur-le-champ. Et déjà la foule allait mettre à mort
l’hôte chez qui il demeurait, et que l’on soupçonnait d’être son
assassin, lorsque soudain le mort, revenant à la vie, raconta, que, au
moment où le démon le conduisait en enfer, le vrai saint Jacques était
intervenu, et avait sommé les démons de lui rendre la vie.
Hugues, abbé de Cluny, nous raconte un autre miracle de saint Jacques.
Un jeune homme du diocèse de Lyon, qui avait une grande dévotion pour le
saint et faisait de fréquents pèlerinages à son tombeau, se laissa un
jour tenter en chemin, et commit le péché de fornication. Alors le
diable lui apparut, sous la forme de saint Jacques, et lui dit: «Je suis
l’apôtre Jacques, à qui tu as l’habitude de venir faire visite. Mais,
cette fois, tu peux te dispenser de poursuivre ton chemin, car ton péché
ne te sera remis que si tu te coupes entièrement les parties génitales.
Et tu serais plus heureux encore si tu avais le courage de te tuer, et
de souffrir ainsi le martyre en mon nom!» Donc, la nuit suivante,
pendant que ses compagnons dormaient, le jeune homme se coupa les
parties génitales, après quoi il se transperça le ventre d’un coup de
couteau. Le lendemain matin, ses compagnons, épouvantés, s’enfuirent, de
peur d’être soupçonnés d’homicide. Mais au moment où l’on préparait le
cercueil du mort, celui-ci, à l’étonnement de tous, revint à la vie. Il
raconta que, après sa mort, déjà les démons entraînaient son âme vers
l’enfer lorsque le véritable saint Jacques accourut au-devant d’eux et
se mit à les gourmander. Le saint le conduisit ensuite dans une prairie
où se tenait assise la sainte Vierge, conversant avec d’autres saints.
Et dès que saint Jacques eut intercédé auprès d’elle en faveur du jeune
homme, elle manda les démons et ordonna que le mort fût rendu à la vie.
Seules, les cicatrices de l’opération qu’il s’était faite lui restèrent
toujours.
Autre miracle, rapporté par le pape Calixte. Vers l’an du Seigneur 1100,
un Français se rendait à Saint-Jacques-de-Compostelle avec sa femme et
ses fils, en partie pour fuir la contagion qui désolait son pays, en
partie pour voir le tombeau du saint. Dans la ville de Pampelune, sa
femme mourut, et leur hôte le dépouilla de tout son argent, lui prenant
même la jument sur le dos de laquelle il conduisait ses enfants. Alors
le pauvre père prit deux de ses enfants sur ses épaules, et traîna les
autres par la main. Un homme qui passait avec un âne eut pitié de lui et
lui donna son âne, afin qu’il pût mettre ses enfants sur le dos de la
bête. Arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle, le Français vit le saint
qui lui demanda s’il le reconnaissait, et qui lui dit: «Je suis l’apôtre
Jacques. C’est moi qui t’ai donné un âne pour venir ici et qui te le
donnerai de nouveau pour t’en retourner. Mais sache que l’hôte qui t’a
dépouillé va mourir et que tout ce qu’il t’a pris te sera rendu!» Elles
choses arrivèrent comme le saint l’avait dit; et, dès que le pèlerin
rentra en possession de son cheval, l’âne qui avait porté ses enfants
disparut aussitôt.
Miracle rapporté par Hubert de Besançon. Trois soldats du diocèse de
Lyon allaient en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. L’un d’eux,
rencontrant une femme qui le priait de la décharger de son sac, prit le
sac et le mit sur son cheval. Il rencontra ensuite un malade qui
défaillait sur la route. Il le mit sur son cheval, prit en main son
bourdon ainsi que le sac de la femme, et se mit à marcher à pied,
derrière le cheval. Mais l’ardeur du soleil et la fatigue l’épuisèrent
si fort que, arrivé en Galice, il tomba gravement malade. Ses compagnons
lui rappelèrent le salut de son âme; mais, pendant trois jours, il
n’ouvrit point la bouche. Enfin, le quatrième jour, il soupira
profondément et dit: «Grâces soient rendues à saint Jacques, par les
mérites de qui me voici délivré! Car, pendant ces trois jours, des
démons m’avaient assailli et me serraient de partout, me mettant dans
l’impossibilité de vous répondre. Mais, tout à l’heure, enfin, j’ai vu
entrer ici saint Jacques, portant dans une main, comme une lance, le
bourdon du mendiant, et dans l’autre main, comme un bouclier, le sac de
la femme; et il s’est jeté sur les démons, et les a mis en fuite.
Maintenant appelez vite un prêtre, car je sens que ma vie va bientôt
finir!» Puis se tournant vers l’un d’eux en particulier, il lui dit:
«Ami, sache que le maître que tu sers est damné, et qu’il va mourir de
malemort!» L’ami ainsi prévenu, quand il revint de son pèlerinage,
avertit son maître; mais celui-ci ne tint nul compte de l’avertissement
et refusa de s’amender; et, peu de temps après, il fut tué à la guerre,
d’un coup de lance.
Miracle rapporté par le pape Calixte. Un pèlerin de Vézelay, qui se
rendait au tombeau de saint Jacques, se trouva, un jour, à court
d’argent; et, comme il avait honte de mendier, il trouva sous un arbre,
sous lequel il s’était endormi, un pain cuit dans la cendre. Aussi bien
avait-il rêvé, dans son sommeil, que saint Jacques se chargeait de le
nourrir. Et, de ce pain, il vécut pendant quinze jours, jusqu’à son
retour dans son pays. Non qu’il se privât d’en manger à sa faim, deux
fois par jour; mais, le lendemain, il retrouvait le pain tout entier
dans son sac.
Autre miracle rapporté par le pape Calixte. Un habitant de Barcelone,
étant allé en pèlerinage au tombeau de saint Jacques, lui demanda, comme
seule faveur, de n’être jamais retenu prisonnier. Or, comme il s’en
retournait par mer, il fut pris par des Sarrasins, qui le vendirent
comme esclave: mais les chaînes dont on voulait le lier se brisaient
aussitôt. Il fut ainsi vendu et revendu douze fois; mais, la treizième
fois, on lui mit une double chaîne qui ne se brisa plus. Il invoqua
saint Jacques, qui apparut et lui dit: «Tous ces maux t’ont été infligés
parce que, dans mon église, tu as oublié le salut de ton âme pour ne
t’occuper que de la liberté de ton corps. Mais le Seigneur, dans sa
miséricorde, m’a envoyé pour te délivrer.» Aussitôt les chaînes de
l’esclave se brisèrent, et il revint dans son pays en portant dans ses
mains une partie de ces chaînes, comme signe du miracle.
L’an du Seigneur 238, la veille de la fête de saint Jacques, dans la
place forte de Prato, située entre Florence et Pistoie, un jeune paysan,
d’esprit un peu simple, mit le feu à la grange de son tuteur, qui
voulait le dépouiller de son héritage. Arrêté, il avoua sa faute, et fut
attaché à la queue d’un cheval. Mais, s’étant voué à saint Jacques, il
fut traîné sur un sol pierreux sans que son corps ni même sa chemise
eussent aucun mal. On l’attacha ensuite à un poteau, au pied duquel on
alluma un grand feu; mais il invoqua de nouveau saint Jacques et la
flamme ne lui fit aucun mal. Les juges voulurent recommencer le
supplice, mais la foule le délivra; et l’on s’accorda pour louer Dieu,
et l’apôtre saint Jacques son serviteur.