SAINTE MARIE-MADELEINE, PÉCHERESSE

(22 juillet)

I. Marie-Madeleine naquit de parents nobles, et qui descendaient de

famille royale. Son père s’appelait Syrus, sa mère Eucharie. Avec son

frère Lazare et sa sœur Marthe, elle possédait la place forte de

Magdala, voisine de Genézareth, Béthanie, près de Jérusalem, et une

grande partie de cette dernière ville; mais cette vaste possession fut

partagée de telle manière que Lazare eut la partie de Jérusalem, Marthe,

Béthanie, et que Magdala revint en propre à Marie, qui tira de là son

surnom de Magdeleine. Et comme Madeleine s’abandonnait tout entière aux

délices des sens, et que Lazare servait dans l’armée, c’était la sage

Marthe qui s’occupait d’administrer les biens de sa sœur et de son

frère. Tous trois, d’ailleurs, après l’ascension de Jésus-Christ,

vendirent leurs biens et en déposèrent le prix aux pieds des apôtres.

Autant Madeleine était riche, autant elle était belle; et elle avait si

complètement livré son corps à la volupté qu’on ne la connaissait plus

que sous le nom de la Pécheresse. Mais, comme Jésus allait prêchant çà

et là, elle apprit un jour, sous l’inspiration divine, qu’il s’était

arrêté dans la maison de Simon le lépreux; et aussitôt elle y courut;

mais, n’osant pas se mêler aux disciples, elle se tint à l’écart, lava

de ses larmes les pieds du Seigneur, les essuya de ses cheveux et les

oignit d’un onguent précieux: car l’extrême chaleur forçait les

habitants de cette région à se servir, plusieurs fois par jour, d’eau et

d’onguent. Et comme le Pharisien Simon s’étonnait de voir qu’un prophète

se laissât toucher par une prostituée, le Seigneur le blâma de son

orgueilleuse justice, et dit que tous les péchés de cette femme lui

étaient remis. Et, depuis lors, il n’y eut point de grâce qu’il

n’accordât à Marie-Madeleine, ni de signe d’affection qu’il ne lui

témoignât. Il chassa d’elle sept démons, il l’admit dans sa familiarité,

il daigna demeurer chez elle, et, en toute occasion, se plut à la

défendre. Il la défendit devant le pharisien qui la disait impure, et

devant sa sœur Marthe, qui l’accusait de paresse, et devant Judas, qui

lui reprochait sa prodigalité. Et il ne pouvait la voir pleurer sans

pleurer lui-même. C’est par faveur pour elle qu’il ressuscita son frère,

mort depuis quatre jours, qu’il guérit Marthe d’un flux de sang dont

elle souffrait depuis sept ans, et qu’il choisit la servante de Marthe,

Martille, pour prononcer cette parole mémorable: «Bienheureux le ventre

qui t’a porté!» Madeleine eut aussi l’honneur d’assister à la mort de

Jésus, au pied de la croix; c’est elle qui oignit de parfum le corps de

Jésus après sa mort, et qui resta près du tombeau tandis que tous les

disciples s’en étaient éloignés, et à qui Jésus ressuscité apparut tout

d’abord.

Après l’ascension du Seigneur, la quatorzième année après la Passion,

les disciples se répandirent dans les diverses contrées pour y semer la

parole divine; et saint Pierre confia Marie-Madeleine à saint Maximin,

l’un des soixante-douze disciples du Seigneur. Alors saint Maximin,

Marie-Madeleine, Lazare, Marthe, Martille, et avec eux saint Cédon,

l’aveugle-né guéri par Jésus, ainsi que d’autres chrétiens encore,

furent jetés par les infidèles sur un bateau et lancés à la mer, sans

personne pour diriger le bateau. Les infidèles espéraient que, de cette

façon, ils seraient tous noyés à la fois. Mais le bateau, conduit par la

grâce divine, arriva heureusement dans le port de Marseille. Là,

personne ne voulut recevoir les nouveaux venus, qui s’abritèrent sous le

portique d’un temple. Et, lorsque Marie-Madeleine vit les païens se

rendre dans leur temple pour sacrifier aux idoles, elle se leva, le

visage calme, se mit à les détourner du culte des idoles et à leur

prêcher le Christ. Et tous l’admirèrent, autant pour son éloquence que

pour sa beauté: éloquence qui n’avait rien de surprenant dans une bouche

qui avait touché les pieds du Seigneur.

II. Or le chef de la province se rendit dans le temple pour sacrifier

aux idoles, espérant obtenir ainsi un enfant, car leur mariage était

resté sans fruit. Mais Madeleine, par sa prédication, les dissuada de

sacrifier aux idoles. Et, quelques jours après, elle apparut en rêve à

la femme de ce chef et lui dit: «Pourquoi, étant riches, laissez-vous

mourir de faim et de froid les serviteurs de Dieu?» Et elle la menaça de

la colère divine si elle se refusait à faire en sorte que son mari

devînt plus charitable. Mais la femme eut peur de parler à son mari de

cette vision. Madeleine lui apparut encore la nuit suivante; et, de

nouveau, elle négligea d’en avertir son mari. Enfin, la troisième nuit,

Madeleine se montra, tout irritée et le visage enflammé, et elle lui

reprocha amèrement la dureté de son cœur. La femme se réveilla toute

tremblante, et vit que son mari tremblait aussi. «Seigneur, lui

dit-elle, as-tu vu de ton côté ce que j’ai vu en rêve?» Et le mari

répondit: «J’ai vu la chrétienne, qui m’a reproché mon manque de

charité, et m’a menacé de la colère divine. Que devons-nous faire?» Et

la femme: «Mieux vaut lui obéir que d’encourir la colère de son Dieu!»

Ils donnèrent donc l’hospitalité aux chrétiens, et promirent de pourvoir

à tous leurs besoins.

Un jour que Marie-Madeleine prêchait, ce même chef lui dit: «Te crois-tu

en état de défendre la foi que tu prêches?» Et elle: «Certes, je suis

prête à défendre une foi qui se trouve encore fortifiée tous les jours

par les miracles et la prédication de mon maître Pierre, l’évêque de

Rome!» Alors le chef et sa femme lui dirent: «Nous t’obéirons en toute

chose si tu parviens à obtenir pour nous, de ton Dieu, la naissance d’un

fils.» Et Marie-Madeleine pria le Seigneur pour eux, et sa prière fut

entendue, car bientôt la femme se trouva enceinte.

Alors le chef résolut de se rendre auprès de Pierre, pour savoir de lui

si ce que Madeleine disait du Christ était vrai. Et sa femme lui dit:

«Eh! quoi, mon ami, penses-tu donc partir sans moi?» Et lui: «Je ne puis

songer à te prendre avec moi, car tu es enceinte, et les dangers de la

mer sont grands!» Mais elle insista si fort, comme savent faire les

femmes, et se jeta à ses pieds avec tant de larmes, qu’elle finit par

obtenir ce qu’elle demandait. Madeleine fit sur eux le signe de la

croix, pour les mettre à l’abri des pièges du démon, et ils partirent,

laissant à la garde de Madeleine tout ce qu’ils n’emportaient pas avec

eux sur le bateau. Or, après un jour et une nuit du voyage, la mer se

leva, la tempête souffla; et la femme du chef, accablée de frayeur et

toute secouée par l’orage, enfanta un fils avant le terme naturel, et,

l’ayant enfanté, mourut. Quant à l’enfant nouveau-né, il tremblait de

faim, cherchait vainement le sein maternel et poussait des cris

lamentables. Le malheureux père se désespérait, disant: «Hélas! que

vais-je faire? J’ai désiré avoir un fils, et voilà que, par ce désir,

j’ai perdu à la fois ma femme et mon fils!» Cependant les matelots

s’écriaient: «Qu’on jette à la mer ce cadavre, car aussi longtemps qu’il

sera avec nous la tempête continuera à nous tourmenter!» Déjà même ils

s’étaient emparés du cadavre pour le jeter à la mer, malgré les

supplications du pèlerin, lorsque apparut à l’horizon une terre

inconnue. L’apercevant, le pèlerin obtint des matelots, à force de

prières et de promesses, qu’on transportât sur cette terre le cadavre de

sa femme et l’enfant nouveau-né. On aborda donc, et l’on se mit en

devoir de creuser une fosse. Mais le sol était si dur qu’on ne pouvait

le creuser; de telle sorte que le pèlerin enveloppa le cadavre dans un

manteau, et le disposa dans un endroit écarté, après lui avoir placé

l’enfant sur la poitrine. Puis, après avoir invoqué l’aide de

Marie-Madeleine, il remonta à bord et poursuivit sa route.

Quand il arriva auprès de Pierre, celui-ci vint à sa rencontre; et,

voyant sur son manteau le signe de la croix, il lui demanda qui il était

et d’où il venait. Le pèlerin lui raconta toute son histoire. Et Pierre:

«Que la paix rentre en toi, et prends ton mal en patience! Ta femme dort

et son enfant avec elle. Mais Dieu est puissant: il peut tout enlever et

tout rendre. Il pourra, s’il le veut, changer ta tristesse en joie:»

Pierre le conduisit ensuite à Jérusalem, lui montra tous les lieux où le

Christ avait prêché et fait des miracles, le lieu de sa passion et celui

de son ascension; et pendant deux ans il l’instruisit dans la foi. Après

quoi le pèlerin reprit la mer pour rentrer dans sa patrie. Et comme, sur

l’ordre de Dieu, le vent avait poussé de nouveau le bateau près de l’île

où avaient été déposés la femme morte et l’enfant, le pèlerin obtint des

matelots la permission d’y aborder.

Or, le petit garçon, dont Marie-Madeleine s’était chargée, et sur qui

elle veillait de loin pour le maintenir en vie, venait souvent jouer

dans le sable du rivage; et le pèlerin, en approchant de l’île, fut très

surpris de voir cet enfant en un tel lieu. L’enfant, de son côté,

n’ayant jamais vu aucun homme, prit peur, et se réfugia auprès de sa

mère morte, dont il téta le sein à son habitude. Et le pèlerin, s’étant

approché, aperçut sa femme, qui semblait dormir, et un bel enfant qui

lui tétait le sein. Alors il prit l’enfant dans ses bras et s’écria: «O

bienheureuse Marie-Madeleine, combien ma joie serait grande si seulement

ma femme vivait encore et pouvait rentrer avec moi dans notre patrie! Et

je sais que toi, qui m’as donné un enfant, et qui pendant deux ans as

veillé sur lui, tu aurais le pouvoir d’obtenir du ciel que la vie fût

rendue à la mère!» A peine avait-il ainsi parlé que sa femme ouvrit les

yeux, comme si elle s’éveillait, et dit: «Bénie sois-tu,

Marie-Madeleine, qui m’as tenu lieu de sage-femme dans mes couches et

m’as fidèlement secourue dans tous mes besoins!» Et le pèlerin

stupéfait: «Es-tu donc vivante, ma femme chérie?» Et elle: «Oui, certes;

et je reviens à présent du pèlerinage dont tu reviens toi-même. Et,

quand saint Pierre te conduisait dans Jérusalem, te montrant tous les

lieux où a vécu et est mort le Christ, j’étais là aussi, sous la

conduite de sainte Marie-Madeleine.» Le pèlerin, ravi de joie, remonta

sur le bateau avec sa femme et son enfant; et, peu de temps après, ils

entrèrent dans le port de Marseille. Ils trouvèrent là Marie-Madeleine

occupée à prêcher avec ses disciples. Se jetant à ses pieds, ils lui

racontèrent tout ce qui leur était arrivé; et saint Maximin les baptisa

solennellement.

Alors les habitants de Marseille détruisirent tous les temples des

idoles, qu’ils remplacèrent par des églises chrétiennes; et, d’un

consentement unanime, ils nommèrent Lazare évêque de Marseille. Puis

Marie-Madeleine et ses disciples se rendirent à Aix, où, par de nombreux

miracles, ils convertirent le peuple à la foi du Christ; et saint

Maximin y fut élu évêque.

III. Cependant sainte Marie-Madeleine, désireuse de contempler les

choses célestes, se retira dans une grotte de la montagne, que lui avait

préparée la main des anges, et pendant trente ans elle y resta à l’insu

de tous. Il n’y avait là ni cours d’eau, ni herbe, ni arbre; ce qui

signifiait que Jésus voulait nourrir la sainte des seuls mets célestes,

sans lui accorder aucun des plaisirs terrestres. Mais, tous les jours,

les anges l’élevaient dans les airs, où, pendant une heure, elle

entendait leur musique; après quoi, rassasiée de ce repas délicieux,

elle redescendait dans sa grotte, sans avoir le moindre besoin

d’aliments corporels.

Or, certain prêtre, voulant mener une vie solitaire, s’était aménagé une

cellule à douze stades de la grotte de Madeleine. Et, un jour, le

Seigneur lui ouvrit les yeux, de telle sorte qu’il vit les anges entrer

dans la grotte, prendre la sainte, la soulever dans les airs et la

ramener à terre une heure après. Sur quoi le prêtre, afin de mieux

constater la réalité de sa vision, se mit à courir vers l’endroit où

elle lui était apparue; mais, lorsqu’il fut arrivé à une portée de

pierre de cet endroit, tous ses membres furent paralysés; il en

retrouvait l’usage pour s’en éloigner, mais, dès qu’il voulait se

rapprocher, ses jambes lui refusaient leur service. Il comprit alors

qu’il y avait là un mystère sacré, supérieur à l’expérience humaine. Et,

invoquant le Christ, il s’écria: «Je t’en adjure par le Seigneur! si tu

es une personne humaine, toi qui habites cette grotte, réponds-moi et

dis-moi la vérité!» Et, après qu’il eut répété trois fois cette

adjuration, sainte Marie-Madeleine lui répondit: «Approche-toi

davantage, et tu sauras tout ce que tu désires savoir!» Puis, lorsque la

grâce du ciel eut permis au prêtre de faire encore quelques pas en

avant, la sainte lui dit: «Te souviens-tu d’avoir lu, dans l’évangile,

l’histoire de Marie, cette fameuse pécheresse qui lava les pieds du

Sauveur, les essuya de ses cheveux, et obtint le pardon de tous ses

péchés?» Et le prêtre: «Oui, je m’en souviens; et, depuis trente ans

déjà, notre sainte Eglise célèbre ce souvenir.» Alors la sainte: «Je

suis cette pécheresse. Depuis trente ans, je vis ici à l’insu de tous;

et, tous les jours, les anges m’emmènent au ciel, où j’ai le bonheur

d’entendre de mes propres oreilles les chants de la troupe céleste. Or,

voici que le moment est prochain où je dois quitter cette terre pour

toujours. Va donc trouver l’évêque Maximin, et dis-lui que, le jour de

Pâques, dès qu’il sera levé, il se rende dans son oratoire: il m’y

trouvera, amenée par les anges.» Et le prêtre, pendant qu’elle lui

parlait, ne la voyait pas, mais il entendait une voix d’une suavité

angélique.

Il courut aussitôt vers saint Maximin, à qui il rendit compte de ce

qu’il avait vu et entendu, et, le dimanche suivant, à la première heure

du matin, le saint évêque, entrant dans son oratoire, aperçut

Marie-Madeleine encore entourée des anges qui l’avaient amenée. Elle

était élevée à deux coudées de terre, les mains étendues. Et, comme

saint Maximin avait peur d’approcher, elle lui dit: «Père, ne fuis pas

ta fille!» Et Maximin raconte lui-même, dans ses écrits, que le visage

de la sainte, accoutumé à une longue vision des anges, était devenu si

radieux, qu’on aurait pu plus facilement regarder en face les rayons du

soleil que ceux de ce visage. Alors l’évêque, ayant rassemblé son

clergé, donna à sainte Marie-Madeleine le corps et le sang du Seigneur;

et, aussitôt qu’elle eut reçu la communion, son corps s’affaissa devant

l’autel et son âme s’envola vers le Seigneur. Et telle était l’odeur de

sa sainteté, que, pendant sept jours, l’oratoire en fut parfumé. Saint

Maximin fit ensevelir en grande pompe le corps de la sainte, et demanda

à être lui-même enterré près d’elle, après sa mort.

Le livre attribué par les uns à Hégésippe, par d’autres à Josèphe,

raconte l’histoire de Marie-Madeleine presque de la même façon. Il

ajoute seulement que le prêtre trouva la sainte enfermée dans sa

cellule, que, sur sa demande, il lui donna un manteau dont elle se

couvrit, et que c’est avec lui qu’elle se rendit à l’église, où, après

avoir communié, elle s’endormit en paix devant l’autel.

IV. Au temps de Charlemagne, Girard, duc de Bourgogne, désolé de ne

pouvoir pas avoir un fils, faisait de grandes charités aux pauvres, et

construisait nombre d’églises et de monastères. Lorsqu’il eut ainsi

construit le monastère de Vézelay, l’abbé de ce monastère, sur sa

demande, envoya à Aix un moine avec une escorte, afin qu’il essayât, si

la chose était possible, de ramener de cette ville le corps de sainte

Madeleine. Le moine, en arrivant à Aix, vit la ville détruite de fond en

comble par les païens; mais un heureux hasard lui permit de découvrir un

tombeau de marbre qu’il supposa être celui de la sainte: car toute

l’histoire de celle-ci y était sculptée. La nuit suivante, donc, le

moine ouvrit le tombeau, prit les ossements qui s’y trouvaient, et les

rapporta à son hôtellerie. Et, dans cette même nuit, sainte Madeleine,

lui apparaissant en rêve, lui dit d’être sans crainte et de poursuivre

son œuvre. Le moine s’en retourna vers son monastère avec les précieuses

reliques; mais, quand il arriva à une demi-lieue du monastère, ni lui ni

ses compagnons ne purent faire avancer davantage les reliques jusqu’à ce

que l’abbé fût venu au-devant d’elles, et les eût fait solennellement

conduire en procession.

V. Un soldat, qui avait l’habitude de faire, tous les ans, un pèlerinage

au tombeau de sainte Madeleine, fut tué dans un combat. Ses parents,

pleurant autour de son cercueil, reprochaient pieusement à la sainte

d’avoir permis que leur fils mourût sans confession. Et voilà que tout à

coup le mort, à la surprise générale, se leva et demanda un prêtre.

Puis, lorsqu’il se fut confessé et eut reçu l’extrême-onction, aussitôt

il s’endormit en paix dans le Seigneur.

VI. Sur un bateau en péril, une femme, qui était enceinte, invoqua

sainte Madeleine, faisant le vœu que, si elle était sauvée et s’il lui

naissait un fils, elle donnerait cet enfant au monastère de la

Madeleine. Alors une femme d’apparence surnaturelle s’approcha d’elle,

et, la prenant par le menton, la conduisit saine et sauve jusqu’au

rivage: en récompense de quoi, la naufragée, ayant mis au monde un fils,

remplit fidèlement son vœu.

VII. Certains auteurs racontent que Marie-Madeleine était la fiancée de

saint Jean l’Evangéliste, et que celui-ci s’apprêtait à l’épouser

lorsque le Christ, survenant au milieu de ses noces, l’appela à lui: ce

dont Madeleine fut si indignée que, depuis lors, elle se livra tout

entière à la volupté. Mais c’est là une légende fausse et gratuite: et

le Frère Albert, dans sa préface à l’évangile de saint Jean, nous

affirme que la fiancée que le saint quitta pour suivre Jésus, resta

vierge toute sa vie, et vécut, plus tard, dans la société de la Vierge

Marie.

VIII. Un aveugle se rendait en pèlerinage au monastère de Vézelay.

Lorsque l’homme qui le conduisait lui dit que déjà on apercevait

l’église, l’aveugle s’écria: «O sainte Marie-Madeleine, ne me sera-t-il

jamais donné de voir ton église?» Et aussitôt il recouvra la vue.

IX. Un homme qui était en prison appela à son aide Marie-Madeleine; et,

dans le nuit, une femme inconnue lui apparut, qui brisa ses chaînes, lui

ouvrit la porte de la prison, et lui ordonna de s’enfuir.

X. Un clerc de Flandre, nommé Etienne, était tombé dans une telle

dépravation qu’il se livrait à tous les vices, et ne voulait pas même

entendre parler des choses du salut. Il gardait seulement une grande

dévotion à Marie-Madeleine, et ne manquait pas de jeûner la veille de sa

fête. Or, comme il visitait le tombeau de la sainte, celle-ci lui

apparut, tout en larmes, et soutenue des deux côtés par des anges. Et

elle lui dit: «Pourquoi, Etienne, te conduis-tu d’une façon si indigne

de moi? Mais moi, du jour où tu as commencé à m’invoquer, j’ai toujours

prié le Seigneur pour toi! Maintenant donc, lève-toi et fais pénitence,

et je ne t’abandonnerai pas jusqu’à ce que tu te sois réconcilié avec

Dieu!» Et Etienne se sentit rempli d’une telle grâce divine que,

renonçant au siècle, il entra en religion, et mena depuis lors une vie

parfaite. A sa mort, on vit Marie-Madeleine descendre vers lui, soutenue

par deux anges, et emporter son âme au ciel comme une blanche colombe.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 201 / 371 题