(26 juin)
Jean et Paul étaient officiers de Constance, fille de l’empereur
Constantin. Or, comme les Scythes occupaient la Thrace et la Dacie,
Gallican, le chef de l’armée romaine envoyée contre eux, demandait que,
en récompense, on lui donnât pour femme la fille de Constantin; et les
principaux citoyens de Rome insistaient en faveur de sa demande. Mais
Constantin s’en affligeait fort; car il savait que sa fille, depuis
qu’elle avait été guérie par sainte Agnès, avait fait vœu de virginité,
et se laisserait tuer plutôt que d’enfreindre son vœu. Cependant
Constance, confiante en l’aide de Dieu, conseilla à son père de
consentir à son mariage avec Gallican, le jour où celui-ci reviendrait
vainqueur, à la condition seulement que Gallican lui permît de garder
près d’elle les deux filles qu’il avait eues d’un premier mariage, et
qu’en échange il prît avec lui ses deux officiers Jean et Paul. Et ainsi
fut convenu. Mais Gallican, s’étant mis en route avec une nombreuse
armée, fut battu par les Scythes et assiégé par eux dans une ville de
Thrace. Alors Jean et Paul, s’approchant de lui, lui dirent: «Fais un
vœu au Dieu du ciel, et tu seras vainqueur!» Et lorsque Gallican eut
fait le vœu de devenir chrétien, un jeune homme, portant la croix sur
l’épaule, lui apparut et lui dit: «Prends ton épée et suis-moi!»
Gallican, suivant l’ange, se précipita dans le camp ennemi, parvint
jusqu’au roi des Scythes, le tua, épouvanta l’armée ennemie, et la
soumit à la domination romaine. Et l’on raconte que deux chevaliers en
armes lui apparurent, qui se tinrent à ses côtés jusqu’à la fin du
combat. Il se convertit donc au christianisme; et, reçu à Rome avec de
grands honneurs, il demanda à Constantin de ne pas épouser sa fille, car
il avait promis au Christ, de vivre désormais dans la continence. Ses
deux filles, converties par Constance, étaient devenues, elles aussi, de
pieuses chrétiennes. Et bientôt Gallican, renonçant à son commandement,
distribua tous ses biens, et se mit à servir Dieu dans la pauvreté. Et
il faisait tant de miracles que, à sa seule vue, les démons s’enfuyaient
des corps des possédés. Aussi la renommée de sa sainteté se
répandit-elle dans le monde entier; et de l’Orient et de l’Occident on
venait voir ce patricien, cet ancien consul, qui lavait les pieds aux
pauvres qui leur versait de l’eau sur les mains, qui les servait à
table, qui soignait les malades, et vivait ainsi en esclave de Dieu.
A la mort de Constantin l’empire échut à son fils Constance, qui s’était
laissé corrompre par l’hérésie des ariens. Et comme le frère de
Constantin avait laissé deux fils, Gallus et Julien, Constance promut
Gallus au titre de César et l’envoya contre les Juifs révoltés; mais,
plus tard, il le tua. Alors Julien, craignant d’avoir le sort de son
frère, entra dans un monastère, où, à force de simuler la piété, il fut
ordonné lecteur; et là le démon consulté par lui, lui apprit qu’il
serait promu à l’empire. Et, quelque temps après, Constance, pressé par
la nécessité, éleva Julien au titre de César, et l’envoya en Gaule, où
il montra une grande valeur.
A la mort de Constance, Julien, devenu empereur, ordonna que Gallican
eût à sacrifier aux dieux où à s’éloigner de Rome: car il n’osait pas
mettre à mort un tel homme. Gallican se rendit donc à Alexandrie, où les
infidèles lui transpercèrent le cœur, lui donnant ainsi la couronne du
martyre.
Quant à Julien, il colorait du témoignage de l’Evangile l’avidité
sacrilège dont il était possédé. Il dépouillait les chrétiens et leur
disait: «C’est votre Christ lui-même qui dit, dans son Evangile, que
celui-là ne saurait être son disciple qui ne renonce pas à tout ce qu’il
a!» Aussi, quand il apprit que Jean et Paul, avec l’argent que leur
avait laissé la pieuse Constance, subvenaient aux besoins des chrétiens
pauvres, il les fit venir tous deux et leur dit qu’ils devaient le
servir de la même façon qu’ils avaient servi Constantin. A quoi ils
répondirent: «Nous servions le glorieux empereur Constantin parce que
lui-même se proclamait le serviteur du Christ; mais toi, comme tu as
abandonné la sainte religion, nous nous sommes retirés de toi, et nous
dédaignons de t’obéir!» Et Julien leur dit: «Sachez que j’ai été clerc
dans votre Eglise, et que, si j’avais voulu, je m’y serais élevé aux
premières dignités: mais, considérant que c’était chose vaine de
pratiquer la paresse, je me suis livré à l’art de la guerre; et ayant
sacrifié aux dieux, j’ai été par eux élevé à l’empire. Quant à vous,
nourris à la cour, vous avez le devoir de rester près de moi, où vous
serez au premier rang de mes serviteurs. Mais que si vraiment vous me
méprisez, je serai forcé d’agir, pour vous en empêcher!» Et les deux
saints répondirent: «Nous mettons Dieu au-dessus de toi; et nous ne
craignons pas tes menaces, mais seulement d’encourir l’inimitié de Dieu
tout-puissant.» Et Julien: «Si, dans dix jours, vous ne venez pas de
votre plein gré près de moi, vous ferez, contraints, ce que vous aurez
refusé de faire volontairement!» Et eux: «Imagine que les dix jours sont
déjà passés, et accomplis dès aujourd’hui ce dont tu nous menaces!» Et
Julien: «Vous croyez que les chrétiens vont faire de vous des martyrs?
Sachez donc que, si vous ne m’obéissez, ce n’est pas en martyrs que je
vous punirai, mais en ennemis publics!»
Alors Jean et Paul, pendant dix jours, redoublant leurs aumônes,
distribuèrent aux pauvres tout l’argent qui leur restait. Le dixième
jour, ils virent arriver près d’eux un certain Térentien, qui leur dit:
«Notre maître Julien vous envoie cette petite statue de Jupiter, pour
que vous brûliez de l’encens devant elle: si vous ne le faites pas, vous
périrez tous deux.» Et les saints lui dirent: «Si tu as pour maître
Julien, obéis à ses ordres; mais nous, nous n’avons d’autre maître que
Jésus-Christ!» Alors Térentien les fit décapiter en secret, et fit
ensevelir leurs corps dans leur maison; et il répandit le bruit qu’ils
étaient partis en exil. Mais bientôt son fils fut possédé d’un démon qui
le faisait beaucoup souffrir: ce que voyant, Térentien avoua son crime,
se fit chrétien, et écrivit lui-même le récit du martyre des deux
saints; en échange de quoi son fils fut délivré.
Saint Grégoire raconte, dans une de ses homélies, qu’une femme, qui
visitait souvent l’église des deux martyrs, aperçut un jour devant sa
porte, en revenant de cette église, deux moines en manteaux de pèlerins.
Elle leur fit, aussitôt, donner l’aumône par son intendant. Mais eux,
s’approchant d’elle, lui dirent: «Puisque tu aimes à nous faire visite,
nous te réclamerons au jour du jugement, et, tout ce que nous pourrons
faire pour toi, nous le ferons!» Puis, cela dit, ils disparurent.