LA NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE

(24 juin)

I. La nativité de saint Jean-Baptiste a été annoncée par un archange de

la façon qu’on va lire. Le roi David, comme le raconte l’_Histoire

scholastique_, voulant donner plus de développement au culte divin,

institua vingt-quatre grands prêtres, dont l’un, supérieur aux autres,

portait le titre de prince des prêtres. Et chacun des vingt-quatre,

grands prêtres, à son tour, remplissait les fonctions de prince des

prêtres pendant une semaine. La huitième semaine, le sort désigna, pour

cette fonction, le grand prêtre Abias, de la famille duquel fut, plus

tard, Zacharie. Or Zacharie et sa femme étaient parvenus à la vieillesse

sans avoir d’enfants. Et un jour qu’il était entré dans le Temple, pour

mettre de l’encens sur l’autel, pendant qu’une grande foule l’attendait

au dehors, l’archange Gabriel lui apparut. Et comme Zacharie, à sa vue,

s’effrayait, l’archange lui dit: «N’aie pas peur, Zacharie, car ta

prière a été exaucée!»

Nous devons dire ici en passant, d’après la _Glosse_, que c’est le

propre des bons anges de rassurer aussitôt par des paroles

bienveillantes ceux qu’ils effraient en leur apparaissant; et, au

contraire, les démons qui prennent la forme d’anges, dès qu’ils voient

qu’on s’effraie de leur présence, ont coutume d’accroître encore la

terreur qu’ils inspirent.

Gabriel annonça donc à Zacharie qu’il aurait un fils nommé Jean, qui

jamais ne boirait de vin ni d’autre boisson fermentée, et qui, devant le

trône du Seigneur, précéderait le prophète Elie lui-même en esprit et en

vertu. Et Zacharie, considérant sa vieillesse et la stérilité de sa

femme, eut des doutes, et, à la façon des Juifs, demanda à l’ange un

signe matériel à l’appui de sa prédiction. Sur quoi l’ange, pour le

punir de n’avoir point cru à sa parole, en manière de signe le rendit

muet. Et lorsque Zacharie se présenta ensuite devant le peuple, et qu’on

vit qu’il était devenu muet, il fit entendre, par des signes, qu’il

avait eu une vision dans le Temple. Puis, ayant achevé la semaine de son

office, il rentra dans sa maison, et Elisabeth conçut un enfant de ses

œuvres, et, pendant cinq mois, elle se cacha, parce que, comme le dit

saint Ambroise, elle avait honte d’être grosse à son âge, et qu’on la

soupçonnât, dans sa vieillesse, de s’être abandonnée au plaisir de la

chair: ce qui, d’autre part, ne l’empêchait point de se réjouir de ce

que le Seigneur l’eût délivrée de l’opprobre de la stérilité, car c’est

un opprobre, pour les femmes, de ne pas avoir ce fruit de leurs noces en

vue duquel se célèbrent les noces, et par qui se justifie l’accouplement

charnel.

Elisabeth était grosse de six mois, lorsque la bienheureuse Vierge

Marie, qui avait déjà conçu le Sauveur, vint la voir pour la féliciter.

Et, au moment où elle la saluait, saint Jean, déjà rempli de

l’Esprit-Saint, et sentant l’approche du Fils de Dieu, se mit à bondir

de joie dans le ventre de sa mère, comme pour saluer par ses mouvements

celui qu’il ne pouvait pas encore saluer par la voix. Puis la sainte

Vierge resta trois mois avec sa parente, la soignant dans sa grossesse;

et ce fut elle qui, de ses saintes mains, reçut l’enfant nouveau-né, et

remplit, en quelque sorte, pour lui, l’office de sage-femme.

Le saint précurseur du Christ eut neuf privilèges singuliers: 1º sa

naissance fut annoncée par le même ange qui annonça la naissance du

Christ; 2º il bondit dans le ventre de sa mère; 3º il fut recueilli

entre les bras de la Mère de Dieu; 4º il délia, en naissant, la langue

de son père; 5º il institua le sacrement de baptême; 6º il annonça la

mission du Christ; 7º il baptisa le Christ; 8º il eut l’honneur d’être

loué par-dessus tous par le Christ; 9º il annonça la venue du Christ à

ceux qui étaient dans les limbes. C’est à cause de ces neuf privilèges

que le Seigneur le déclara un prophète, et plus qu’un prophète.

Sa nativité, selon maître Guillaume d’Auxerre, est célébrée par l’Eglise

pour trois raisons: 1º parce qu’il fut sanctifié dès le ventre de sa

mère; 2º parce qu’il remplit dans la vie un rôle d’une importance

exceptionnelle, étant venu comme un porte-lumière pour nous annoncer la

joie du salut; 3º parce que sa naissance même fut une cause de joie. En

effet l’archange avait dit: «Et beaucoup se réjouiront de sa nativité.»

Aussi est-ce juste que, nous aussi, nous nous en réjouissions.

Nous devons noter que ce jour de la nativité de saint Jean-Baptiste est

aussi le jour où saint Jean l’Evangéliste rendit son âme à Dieu. Mais

l’Eglise a placé la fête de l’Evangéliste trois jours après Noël, parce

que c’est ce jour-là qu’a été consacrée la basilique élevée en son

honneur, tandis que la fête de la nativité de saint Jean-Baptiste se

célèbre le jour même où ce saint est né. D’où l’on doit bien se garder

de conclure, cependant, que l’Evangéliste soit inférieur au Baptiste,

comme le cadet à l’aîné. Et Dieu a même daigné nous apprendre, par un

exemple formel, qu’il ne lui convenait pas que l’on discutât la question

de savoir lequel des deux saints était le plus grand. Il y avait, en

effet, deux savants théologiens dont l’un préférait saint Jean-Baptiste,

l’autre saint Jean l’Evangéliste: si bien qu’ils convinrent d’un jour

pour une discussion en règle. Et comme chacun s’inquiétait de recueillir

des autorités et de bons arguments à l’appui de ses préférences, à

chacun d’eux se montra le saint Jean qu’il préférait, et lui dit: «Nous

nous accordons fort bien au ciel; ne vous disputez donc pas sur la terre

à notre sujet!» Ce dont les deux docteurs se firent part l’un à l’autre

ainsi qu’au peuple, en bénissant Dieu.

II. L’historiographe des Lombards, Paul, diacre de l’Eglise romaine et

moine du Mont-Cassin, s’apprêtait un jour à bénir un cierge, lorsque

tout à coup sa voix, auparavant très belle, s’enroua. Et, pour recouvrer

sa voix, il composa en l’honneur de saint Jean l’hymne _Ut queant laxis

resonare fibris_, où il demandait à Dieu que sa voix lui fût rendue,

comme elle l’avait été autrefois à Zacharie.

III. Le même Paul rapporte, dans son _Histoire lombarde_, qu’un voleur

ouvrit un jour le tombeau où le roi lombard Rocharith s’était fait

enterrer, dans l’église de saint Jean-Baptiste. Alors saint Jean lui

apparut et lui dit: «Puisque tu as osé toucher à ces objets précieux qui

m’étaient confiés, tu ne pourras plus désormais entrer dans mon église!»

Et ainsi fut fait, car chaque fois que cet homme voulut entrer dans

l’église de saint Jean, une main invisible lui asséna sur la gorge un

coup si violent qu’il se vit forcé de rebrousser chemin.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 183 / 371 题