SAINTE MARINE, VIERGE

(18 juin)

Marine était fille unique. Son père, devenu veuf, entra dans un

monastère; et, ayant fait prendre à sa fille un costume masculin, il

demanda à l’abbé et aux autres moines de recevoir dans le monastère son

unique fils: ce qui lui fut accordé, de telle sorte que la jeune fille

fut reçue parmi les moines, et porta le nom de frère Marin. Elle vivait

très pieusement, et dans une obéissance parfaite. Quand elle eut

vingt-sept ans, son père, sentant la mort approcher, l’appela à son

chevet et lui dit de ne jamais révéler à personne qu’elle était une

femme.

Or la jeune fille allait souvent aux champs avec la charrue et les

bœufs, ou bien était chargée de rapporter du bois au monastère; et

souvent elle recevait l’hospitalité dans la maison d’un homme dont la

fille, séduite par un soldat, était devenue grosse. Cette fille,

interrogée, s’avisa d’affirmer qu’elle avait été violée par le frère

Marin. Et celui-ci, interrogé à son tour, se reconnut coupable: en

conséquence de quoi il fut aussitôt chassé du monastère. Pendant trois

ans, il se tint devant la porte du monastère, ne se nourrissant que de

miettes de pain. Quand l’enfant dont on le croyait père fut sevré, on le

remit à l’abbé, qui le remit au frère Marin; et pendant deux ans encore

celui-ci en prit soin, supportant tout avec une extrême patience, sans

cesser de rendre grâces à Dieu.

Enfin les frères, touchés de son humilité et de sa patience, le

reprirent au monastère, où ils lui confièrent des besognes trop viles

pour eux; et lui, il acceptait tout gaîment, et faisait tout patiemment

et pieusement. Après une longue vie de bonnes œuvres, il rendit son âme

au Seigneur. Et pendant que ses frères lavaient son corps, qu’ils

s’apprêtaient à ensevelir misérablement, comme le corps d’un grand

pécheur, ils s’aperçurent que le frère Marin était une femme. Etonnés et

effrayés, ils confessèrent avoir été durs et cruels envers la servante

de Dieu; et tous, se jetant à genoux, devant son cadavre, implorèrent le

pardon de leur conduite. Son corps fut enseveli avec honneur dans la

chapelle du monastère. Et quant à la fille qui l’avait accusée, elle fut

possédée du démon, et avoua son crime; mais, conduite au tombeau de la

vierge, elle fut aussitôt guérie. A ce tombeau, aujourd’hui encore, le

peuple vient de toutes parts; et de nombreux miracles s’y accomplissent

tous les jours.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 179 / 371 题