SAINT CYR ET SA MÈRE SAINTE JULITE, MARTYRS

(15 juin)

Cyr était fils de Julite, noble dame d’Icone, qui, pour échapper à la

persécution, s’était réfugiée à Tarse, en Cilicie, avec son enfant alors

âgé de trois ans. Julite fut amenée devant le préfet Alexandre: et ses

deux servantes, la voyant prise, s’enfuirent aussitôt, de telle sorte

qu’elle eut à porter dans ses bras le petit Cyr, encore emmaillotté dans

ses langes. Or le préfet, voyant que Julite refusait de sacrifier aux

idoles, lui ôta son enfant des bras, et la fit battre de lanières

plombées. Et l’enfant, assistant au supplice de sa mère, se mit à

pleurer et à pousser des cris. En vain le préfet, le tenant sur ses

genoux, essayait de le séduire par des baisers et des caresses: le petit

repoussait avec horreur ces caresses du bourreau de sa mère, et lui

lacérait le visage de ses ongles, et répétait, de sa voix d’enfant: «Moi

aussi, je suis chrétien!» Enfin il mordit le préfet à l’épaule: sur quoi

Alexandre, furieux, le précipita du haut de son tribunal, de telle sorte

que son petit cerveau se répandit sur les marches. Et Julite, tout

heureuse, rendait grâce à Dieu de ce que son fils la devançât au royaume

céleste. Elle-même fut, ensuite, écorchée vive, plongée dans de la poix

bouillante, et enfin décapitée.

Cependant une autre légende raconte que l’enfant, au moment de son

martyre, n’était pas encore en âge de parler, mais que l’Esprit-Saint

avait parlé par sa bouche quand il avait dit au préfet: «Je suis

chrétien.» Le préfet lui avait alors demandé qui l’avait instruit; et

l’enfant avait répondu: «Je m’étonne de ta sottise, et de ce que, voyant

mon âge, tu me demandes qui m’a instruit de la science divine!» Et,

pendant son martyre il aurait continué à répéter: «Je suis chrétien!»

et, chaque fois, ce cri lui aurait rendu de nouvelles forces.

Le préfet, pour les empêcher d’être ensevelis par les chrétiens, fit

découper les membres de l’enfant et ceux de la mère, et ordonna qu’ils

fussent dispersés au vent. Mais un ange rassembla les membres épars, que

les chrétiens ensevelirent nuitamment. Et lorsque, sous le règne de

Constantin le Grand, la paix fut enfin restituée à l’Eglise, une vieille

servante, qui avait assisté à l’ensevelissement, révéla le lieu où se

trouvaient les deux corps: et ceux-ci, depuis, sont pour toute la ville

un objet de grande de dévotion. Le martyre de la mère et de l’enfant eut

lieu vers l’an 230, sous le règne de l’empereur Alexandre.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 177 / 371 题