(11 juin)
Le lévite Barnabé, originaire de Chypre, était un des soixante-deux
disciples du Seigneur. On trouve son nom très souvent cité dans les
_Actes des Apôtres_, qui nous racontent ses voyages avec saint Paul, ses
prédications et ses miracles. Le même livre nous apprend encore comment
Barnabé s’est séparé de saint Paul. Un de leurs disciples, Jean,
surnommé Marc, les avait quittés. Lorsqu’il revint, plein de repentir,
Barnabé lui pardonna et consentit à le reprendre pour disciple, tandis
que Paul, au contraire, s’y refusa. En quoi tous deux agirent par
intention pieuse: car Barnabé pardonna par charité chrétienne, et
l’inflexibilité de Paul lui fut commandée par la rigueur de sa justice.
Et, d’ailleurs, cette séparation des deux saints fut sans doute inspirée
d’en haut, afin que, s’étant séparés, ils pussent prêcher à un plus
grand nombre de gens. Comme Barnabé se trouvait dans la ville d’Icone,
le susdit Jean, son compagnon, vit apparaître un homme au visage
resplendissant, qui lui dit: «Jean, sois ferme dans ta foi, car bientôt
tu ne t’appelleras plus Jean, mais Sublime!» Le disciple rapporta cette
vision à son maître qui lui dit: «Ne révèle à personne ce que tu viens
de voir, car, à moi aussi, le Seigneur est apparu cette nuit, m’a
ordonné d’être ferme, et m’a promis que bientôt je recueillerais les
récompenses éternelles!» Et, la même nuit encore, saint Paul, qui
prêchait également à Antioche, vit en rêve un ange qui lui dit:
«Hâte-toi de te rendre à Jérusalem!» Et comme Barnabé voulait se rendre
dans l’île de Chypre, pour revoir encore ses parents, et que Paul se
préparait au voyage de Jérusalem, l’Esprit-Saint fit qu’ils purent se
dire adieu de la façon suivante. Paul ayant répété à Barnabé ce que lui
avait dit l’ange, Barnabé répondit: «Que la volonté de Dieu soit faite!
Quant à moi, je vais en Chypre pour y finir ma vie: de telle sorte que
je ne te reverrai plus!» Puis il se jeta en pleurant aux pieds de saint
Paul; et celui-ci, plein de compassion, lui dit: Ne pleure pas, car
c’est aussi la volonté de Dieu que tu ailles en Chypre. L’ange, en
effet, m’a dit cette nuit de ne point m’opposer à ton départ, attendu
qu’en Chypre tu opérerais de nombreux miracles, et recevrais la couronne
du martyre.»
Barnabé se rendit donc en Chypre avec Jean. Il avait emporté avec lui
l’Evangile de saint Matthieu: et, en posant cet évangile sur la tête des
malades, il en guérissait un grand nombre, avec l’aide de Dieu. Comme
ils sortaient de Chypre, ils rencontrèrent le mage Elymas, que saint
Paul avait privé, pour un temps, de l’usage de ses yeux. Cet homme barra
le passage aux deux chrétiens, et les empêcha d’entrer à Paphos. Mais un
jour, devant les murs de cette ville, Barnabé vit une foule d’hommes et
de femmes qui célébraient une fête, en courant tout nus. Il en fut si
indigné qu’il maudit le temple de ces païens; et aussitôt ce temple
s’écroula, écrasant dans sa chute bon nombre de païens.
Enfin, Barnabé se rendit à Salamine, où le susdit Elymas souleva une
sédition contre lui. Les Juifs de la ville s’emparèrent du saint,
l’accablèrent d’injures, et le livrèrent au juge, en réclamant qu’il fût
châtié. Quelque temps après, on apprit la prochaine arrivée à Salamine
d’un certain Eusèbe, homme très influent, de la famille de Néron. Alors
les Juifs, craignant que ce haut fonctionnaire n’arrachât de leurs mains
Barnabé pour lui rendre la liberté, s’empressèrent de lui passer une
corde au cou, de le traîner ainsi hors de la ville, et là, aussitôt, de
le brûler vif. Puis ces impies, ne se trouvant pas encore rassasiés,
enfermèrent les os du saint dans un vase de plomb, qu’ils résolurent de
lancer à la mer. Mais Jean, son compagnon, s’étant levé de nuit, avec
deux autres de ses disciples, s’emparèrent de ses reliques, et les
ensevelirent secrètement dans une crypte, où elles demeurèrent ignorées
jusque vers l’an 500, sous le règne de Zénon et le pontificat de Gélase.
A cette date, elles révélèrent elles-mêmes leur présence, et furent
ainsi découvertes. Ajoutons que saint Dorothée affirme que saint
Barnabé, avant de venir à Antioche, a prêché à Rome et a été élu évêque
de Milan.