(12 mai)
Pancrace, de famille noble, ayant perdu son père et sa mère pendant un
séjour en Phrygie, fut remis à la charge de son oncle Denis. En
compagnie de son oncle il revint à Rome, où sa famille possédait un
grand patrimoine; et c’est ainsi qu’ils firent connaissance avec le pape
Corneille, qui se cachait, avec les fidèles, dans le voisinage de leur
propriété. Convaincus par la prédication de Corneille, Denis et Pancrace
reçurent la foi du Christ; après quoi Denis mourut en paix, et Pancrace,
fait prisonnier, fut amené devant l’empereur. Il avait alors à peine
quatorze ans. Et l’empereur Dioclétien lui dit: «Enfant, laisse-moi te
donner un conseil et te sauver d’une mort affreuse: car je sais qu’à ton
âge on est facilement trompé, et puis tu es de noble race, et fils d’un
homme que j’ai beaucoup aimé. Ecoute-moi donc, renonce à la folie de ton
christianisme; et je te traiterai comme mon propre fils!» Mais Pancrace
lui répondit: «Je suis enfant par le corps, c’est vrai, mais je porte un
cœur d’homme; et, par la grâce de mon maître Jésus-Christ, tes supplices
m’apparaissent aussi vains que cette idole qui est là devant moi. Quant
aux dieux que tu m’engages à adorer, ils n’ont été que des imposteurs,
souillant les femmes de leur propre maison et n’épargnant pas même leurs
parents. Que si tu avais aujourd’hui des esclaves qui agissent comme
eux, tu t’empresserais de les mettre à mort. Et je m’étonne que tu ne
rougisses pas d’adorer de tels dieux!» Alors l’empereur, honteux de se
voir vaincu par un enfant, lui fit trancher la tête, sur la Voie
Aurélienne, l’an du Seigneur 287. Le corps du martyr fut pieusement
enseveli par Cocavilla, femme d’un sénateur.
Grégoire de Tours raconte que, lorsqu’un faux témoin s’approche du
tombeau de saint Pancrace, ou bien il tombe aussitôt mort sur les
dalles, ou bien un démon s’empare de lui et le fait délirer. Deux hommes
étaient en procès, et le juge ne parvenait pas à découvrir le coupable.
Dans son zèle de justice, ce juge conduisit les deux hommes à l’autel de
saint Pierre et leur fit jurer à tous deux qu’ils étaient innocents,
priant l’apôtre de lui faire reconnaître la vérité par quelque signe
miraculeux. Et comme tous deux, ayant juré, ne souffraient aucun mal, le
juge, indigné, s’écria: «Le vieux saint Pierre est décidément trop
indulgent! Allons plutôt consulter le jeune saint Pancrace!» Et comme,
sur le tombeau du saint, le vrai coupable allait recommencer à se
parjurer, il ne parvint pas à lever la main, et tomba mort dès l’instant
d’après. De là vient que, aujourd’hui encore, dans les cas difficiles,
on a coutume de faire jurer les accusés sur les reliques de saint
Pancrace.