SAINT AMBROISE, ÉVÊQUE ET DOCTEUR

(4 avril)

La vie de saint Ambroise a été écrite par Paulin, évêque de Nole, dans

une lettre à saint Augustin.

I. Saint Ambroise était fils d’un préfet de Rome nommé Ambroise. Pendant

qu’il dormait dans son berceau, un essaim d’abeilles descendit sur lui,

et les abeilles entraient dans sa bouche comme dans une ruche; après

quoi elles s’envolèrent si haut que l’œil humain les perdait de vue.

Alors le père de l’enfant s’écria: «Cet enfant, s’il vit, deviendra

quelque chose de grand!» Plus tard Ambroise, étant adolescent, et voyant

que sa mère et sa sœur baisaient les mains des prêtres, offrit un jour à

sa sœur ses propres mains à baiser, par manière de jeu, et ajouta

qu’elle aurait un jour à les lui baiser sérieusement. Il étudia les

lettres à Rome, et plaida au prétoire avec tant d’éclat que l’empereur

Valentinien le chargea de gouverner les provinces de la Ligurie et de

l’Emilie. Il vint donc à Milan, où tout le peuple s’était réuni pour

élire un évêque. Et comme les ariens et les catholiques se querellaient

au sujet de cette élection, Ambroise intervint entre eux pour apaiser

leur querelle. Et voici qu’une voix d’enfant se fit entendre tout à

coup, disant qu’Ambroise lui-même devait être élu évêque: ce à quoi tout

le peuple consentit, de telle sorte qu’Ambroise fut élu par acclamation.

Mais lui, dès qu’il le sut, s’efforça de les détourner de ce choix en

les terrorisant: sortant de l’église il se rendit à son tribunal, et,

contre son habitude, condamna plusieurs prévenus à des peines

corporelles. Cependant le peuple persistait dans son choix et continuait

à l’acclamer, disant: «Que la faute de ton péché retombe sur nous!»

Alors, tout troublé, Ambroise rentra chez lui et y fit venir, au su de

tous, des filles publiques, espérant que la vue de ce scandale

détournerait le peuple de le prendre pour évêque. Mais cela même ne

servit de rien, car le peuple persistait à lui dire: «Que ta faute

retombe sur nous!» Alors Ambroise, désespéré, résolut de s’enfuir au

milieu de la nuit, et se mit en route dans la direction du Tessin. Mais,

après avoir marché toute la nuit, il se retrouva, le matin, devant une

porte de Milan qu’on appelle la Porte Romaine. Il y fut reconnu par le

peuple, et gardé par lui; et l’on rendit compte de la chose à l’empereur

Valentinien, qui fut enchanté de voir qu’on prenait pour évêque un de

ses fonctionnaires. Et le bon préfet, père d’Ambroise, se réjouissait de

voir sa prédiction réalisée. Cependant Ambroise, à Milan, était de

nouveau parvenu à se cacher, mais de nouveau il fut retrouvé. Il reçut

le baptême, car il n’était encore que catéchumène, et, huit jours après,

il montait dans la chaire épiscopale. Et comme, quatre ans plus tard, il

était retourné à Rome et que sa sœur lui baisait respectueusement la

main, il lui dit en riant: «Eh bien, ne l’avais-je pas prédit, que tu

aurais un jour à me baiser la main pour de bon?»

II. Ambroise vint un jour ordonner un évêque dans une ville où

l’impératrice Justine et d’autres hérétiques voulaient faire élire un

homme de leur secte. Et voici qu’une jeune fille arienne, plus hardie

que les autres, monta dans la chaire où se tenait saint Ambroise, et se

mit à le tirer par le pan de son manteau; elle espérait l’entraîner vers

un groupe de femmes qui l’auraient frappé et jeté hors de l’église. Mais

Ambroise lui dit: «Si indigne que je sois de mon sacerdoce, tu n’as pas

le droit de porter la main sur un prêtre! Crains le jugement de Dieu, et

prends garde que quelque mal n’en résulte pour toi!» Paroles que

l’événement ne tarda pas à confirmer: car, le lendemain, la jeune fille

mourut, et Ambroise la conduisit jusqu’au lieu de sa sépulture, rendant

ainsi le bien pour le mal. Et l’exemple de cette mort effraya toute la

ville.

Revenu à Milan, saint Ambroise eut à éviter d’innombrables pièges de

l’impératrice Justine qui, par l’argent et par les honneurs, excitait le

peuple contre lui. Et comme plusieurs s’efforçaient de le contraindre à

quitter la ville, l’un d’eux, plus mal avisé que les autres, loua une

maison tout contre l’église et y tint prêt un char à quatre chevaux, de

façon à pouvoir emmener au plus vite l’évêque quand, avec l’aide de

Justine, il serait parvenu à s’emparer de lui. Mais Dieu voulut que, le

jour où cet homme avait espéré emmener saint Ambroise hors de Milan, ce

fut lui-même qui dût partir pour l’exil sur son quadrige. Et Ambroise,

rendant le bien pour le mal, s’occupa de pourvoir à son entretien.

Certain hérétique, homme acharné à la discussion et très difficile à

convertir, comme un jour il entendait prêcher saint Ambroise, vit un

ange qui lui soufflait à l’oreille les paroles de son discours. Ce que

voyant, cet homme se mit à défendre la foi qu’il attaquait.

III. Il y avait à Milan un sorcier qui conjurait les démons et les

envoyait vers Ambroise pour le tourmenter; mais les démons, revenant

vers lui, déclaraient tous qu’ils ne pouvaient s’approcher ni

d’Ambroise, ni de sa maison, parce qu’un feu terrible entourait tout cet

édifice, si bien que, même à distance, ils en sentaient la brûlure. Un

autre démon, qui s’était emparé de l’esprit d’un homme, sortait de

l’esprit de cet homme toutes les fois que celui-ci entrait à Milan, et

reprenait possession de lui toutes les fois que l’homme sortait de la

ville. Interrogé sur les motifs de sa conduite, ce démon répondit qu’il

avait peur de se trouver en contact avec saint Ambroise. Il y eut aussi

un homme qui, à l’instigation de Justine, entra de nuit dans la chambre

du saint pour le poignarder; mais au moment où il levait le bras, prêt à

frapper, son bras se trouva soudain desséché.

Les habitants de la ville de Thessalonique s’étaient rendus coupables

envers l’empereur; et celui-ci, sur la prière d’Ambroise, leur avait

d’abord pardonné; mais ensuite, excité par la malice de ses courtisans,

il avait fait mettre à mort plusieurs des habitants de la ville.

Ambroise, dès qu’il l’apprit, interdit à l’empereur l’accès de son

église. Et comme Théodose lui disait que le sage David lui-même avait

commis un meurtre et un adultère, l’évêque lui répondit: «Tu l’as imité

dans ses erreurs, imite-le maintenant dans sa pénitence!» Et l’empereur

fut si touché de ces paroles qu’il entreprit aussitôt de faire

pénitence.

IV. Se promenant un jour dans Milan, saint Ambroise fit un faux pas, et

tomba. Un passant, à cette vue, se mit à rire. Mais le saint lui dit:

«Toi qui es debout, prends garde à ne pas tomber!» Et, en effet, au même

instant, le rieur s’étendit à terre et eut à déplorer sa propre chute,

après s’être moqué de celle d’autrui.

Un autre jour, Ambroise, s’étant rendu au palais d’un magistrat nommé

Macédonius, auprès de qui il voulait intercéder pour un accusé, trouva

les portes du palais fermées et ne put se faire admettre. Sur quoi il

dit au magistrat: «Toi aussi, bientôt, tu viendras à mon église, et tu

en trouveras les portes ouvertes, mais tu ne parviendras pas à y

entrer!» Et, en effet, peu de temps après, Macédonius, poursuivi par ses

ennemis, voulut se réfugier dans l’église; mais bien que toutes les

portes fussent ouvertes, un pouvoir invisible l’empêcha d’entrer.

Saint Ambroise institua dans l’église de Milan des chants et un office

qui y sont célébrés, aujourd’hui encore. Il vivait avec tant d’austérité

qu’il jeûnait tous les jours, sauf le jour du sabbat, le dimanche et les

jours de grande fête. Telle était sa générosité qu’il donnait aux

églises et aux pauvres tout ce qu’il pouvait avoir, ne gardant rien pour

lui-même. Telle était sa compassion que, lorsque quelqu’un lui racontait

un de ses péchés, il en pleurait si amèrement que le pécheur était forcé

de pleurer avec lui. Telles étaient son humilité et sa passion au

travail qu’il écrivait tous ses livres de sa propre main, aussi

longtemps que ses forces le lui permettaient. Telles étaient sa piété et

la douceur de son âme qu’en apprenant la mort d’un saint prêtre ou

évêque il pleurait au point de ne pouvoir pas être consolé: et il

expliquait qu’il ne pleurait point parce que ces saints hommes étaient

entrés dans la gloire, mais parce qu’ils l’y avaient précédé lui-même,

laissant un vide impossible à remplir. Et tels étaient son courage et sa

fermeté qu’il avait coutume de reprocher ouvertement leurs vices à

l’empereur et aux princes.

V. On raconte que saint Ambroise, pendant un voyage à Rome, reçut

l’hospitalité dans une villa de Toscane, chez un homme extrêmement

riche, et qu’il s’informa avec insistance auprès de son hôte sur sa

condition de fortune. A quoi l’hôte répondit: «Ma condition, seigneur, a

toujours été heureuse et glorieuse. Voyez, j’ai des richesses infinies,

un nombre incalculable d’esclaves et de serviteurs; toujours tous mes

vœux ont été réalisés, et jamais rien ne m’est arrivé de contraire, ni

même de désagréable.» Ce qu’entendant, saint Ambroise fut stupéfait; et

il dit à ses compagnons de route: «Levez-vous, et fuyons au plus vite

d’ici, car le Seigneur n’a point de place dans cette maison. Hâtez-vous,

mes enfants, hâtons-nous de fuir, de peur que la vengeance divine ne

nous surprenne ici et ne nous enveloppe dans l’expiation des péchés de

ces gens-là!» Et à peine Ambroise et ses compagnons avaient-ils quitté

la maison, que, soudain, la terre s’ouvrit et engloutit, sans laisser de

trace, ce riche et tout ce qui lui appartenait. Ce que voyant, Ambroise

dit: «Voyez, mes frères, comme Dieu nous traite avec miséricorde quand

il nous envoie des épreuves, et comme il nous traite avec sévérité quand

il nous envoie une longue suite de plaisirs!» Et l’on ajoute que,

aujourd’hui encore, un fossé très profond reste creusé en ce lieu, pour

garder le témoignage de cet événement.

VI. Cependant, saint Ambroise voyait croître de jour en jour parmi les

hommes la cupidité, cette source de tous les maux. Il la voyait croître

surtout chez les fonctionnaires, qui trafiquaient de tout, et aussi chez

les dignitaires de l’Eglise. Et cette vue lui inspira une telle douleur

qu’il pria Dieu de le délivrer du commerce d’un siècle aussi corrompu.

Dieu entendit sa prière; et, un jour, le saint évêque annonça à ses

frères qu’après les fêtes de Pâques il ne serait plus avec eux. Or,

quelques jours avant Pâques, pendant que, couché dans son lit, il

dictait à son secrétaire une explication du psaume XLIII, le secrétaire

vit soudain une langue de feu descendre sur lui, et pénétrer dans sa

bouche. Et aussitôt le visage du saint revêtit une blancheur de neige,

pour reprendre bientôt après sa couleur ordinaire. Et, ce même jour, le

saint dut cesser d’écrire comme de dicter, de telle sorte qu’il ne put

pas même achever le commentaire du psaume; et la faiblesse de son corps

allait augmentant d’heure en heure. Alors le comte d’Italie rassembla

tous les notables de Milan, leur dit que la mort d’un tel homme serait

un danger mortel pour le pays, et leur demanda d’aller trouver le saint

pour l’engager à obtenir de Dieu la prolongation de sa vie, durant une

année. Mais saint Ambroise s’y refusa, disant: «Je n’ai ni honte, ni

peur de mourir.»

Quatre diacres, qui se trouvaient dans une chambre très éloignée de

celle où était couché saint Ambroise, discutaient entre eux la question

de savoir qui l’on devrait élire pour évêque à la mort du saint. Et au

moment où l’un d’eux citait le nom de Simplicien, saint Ambroise, de son

lit, s’écria trois fois: «Il est vieux, mais c’est le meilleur de tous!»

Et, en effet, ce fut Simplicien qui fut élu en remplacement d’Ambroise.

Et celui-ci, sur le lit où il agonisait, vit ensuite Jésus s’approcher

de lui et lui sourire tendrement. Et comme Honoré, évêque de Verceil,

qui attendait d’un instant à l’autre, la nouvelle de la mort d’Ambroise,

s’était laissé aller au sommeil, il entendit en rêve une voix qui, trois

fois, lui répétait: «Lève-toi, car l’heure approche où il va mourir!»

Sur quoi l’évêque se rendit en grande hâte à Milan, donna à Ambroise la

sainte communion, lui étendit les bras en forme de croix, et recueillit

son dernier soupir. Cette mort eut lieu en l’an du Seigneur 399.

Et dans la nuit de Pâques, qui fut celle de la translation à l’église du

corps de saint Ambroise, une foule de petits enfants chrétiens virent

celui-ci en rêve; les uns le virent assis dans sa chaire, les autres y

montant; et il y en eut qui racontèrent à leurs parents qu’ils avaient

vu une étoile au-dessus de sa tête.

VII. Saint Ambroise peut être cité comme le modèle d’une foule de vertus

chrétiennes. Il peut être cité, premièrement, comme un modèle de

générosité. Tout ce qu’il avait appartenait aux pauvres. Et lorsque

l’empereur voulut lui prendre une église, il répondit: «Si vous me

demandiez ce qui m’appartient, je vous le donnerais, bien que tout ce

qui m’appartient appartienne aux pauvres.» Secondement, il peut être

cité comme un modèle de chasteté, car il resta vierge toute sa vie.

Troisièmement, il nous offre l’exemple de la fermeté dans la foi, car à

l’empereur, qui voulait lui ôter l’église, il répondit: «Vous m’ôterez

la vie avant de m’arracher de mon siège!» Quatrièmement, saint Ambroise

nous est un modèle de la soif du martyre. Un préfet de Valentinien

l’ayant menacé de le mettre à mort, il lui répondit: «Fasse Dieu que tu

puisses réaliser ta menace, et que tous tes traits épargnent l’Eglise

pour n’accabler que moi seul!» En cinquième lieu, saint Ambroise nous

est un modèle d’application à la prière. Nous lisons, en effet, dans le

XIe livre de l’_Histoire ecclésiastique_ que, contre les fureurs de

Justine, il ne se défendait que par le jeûne, la veille et les prières

au pied de l’autel.

En sixième lieu, saint Ambroise peut être cité comme un modèle de

constance. Sa constance nous apparaît surtout en trois choses: 1º dans

sa défense de la vérité catholique contre les attaques de Justine, mère

de l’empereur Valentinien, et protectrice de l’hérésie arienne; 2º dans

sa défense de la liberté de l’Eglise, lorsque l’empereur voulut lui

enlever certaine basilique pour la livrer aux ariens. Il nous dit

lui-même, dans son 23e décret, comment il résista à l’empereur, en lui

disant: «Ne commets point la faute, empereur, de prétendre que tu aies

aucun droit dans les choses divines! A l’empereur appartiennent les

palais, mais les églises sont aux prêtres. Naboth, autrefois, a défendu

de son propre sang la vigne qu’on voulait lui prendre: s’il a refusé de

céder sa vigne, comment peux-tu t’imaginer que nous te céderons une

église du Christ? Le tribut est à César, et nous ne refusons pas de le

lui donner; mais les églises sont à Dieu, et nous ne pouvons donc pas

les donner à César.» Enfin, 3º la constance de saint Ambroise nous

apparaît dans la façon dont il a su blâmer le vice et l’iniquité. On lit

dans l’_Histoire tripartite_ que, le peuple de Thessalonique s’étant

révolté et ayant tué quelques fonctionnaires, l’empereur Théodose en fut

si irrité qu’il fit mettre à mort tous les habitants de la ville, au

nombre de près de cinq mille, sans distinguer les innocents des

coupables. Or, lorsqu’il vint ensuite à Milan et voulut entrer dans

l’église, saint Ambroise le reçut devant la porte et lui interdit

l’entrée, en lui disant: «Comment, empereur, après un tel crime, ne

reconnais-tu pas l’énormité de ta présomption? Ou bien, peut-être, ta

dignité impériale t’empêcherait-elle de reconnaître tes péchés? Tu es

prince, ô empereur, mais tu es, comme les autres hommes, l’esclave de

Dieu. Comment oserais-tu étendre vers Dieu des mains encore tachées du

sang innocent? Comment oserais-tu prier Dieu, dans son temple, avec la

même bouche qui a proféré un ordre injuste et monstrueux? Allons,

retire-toi, afin de ne pas accroître d’un second péché le poids du

premier!» Et l’empereur, pleurant et gémissant, reprit le chemin de son

palais. Et comme le chef de ses troupes lui demandait la cause de sa

tristesse: «Hélas! répondit-il, aux esclaves et aux mendiants les

églises sont ouvertes, et moi seul n’ai pas le droit d’y pénétrer!»

Alors Rufin: «Si tu veux, je vais courir vers Ambroise, pour qu’il te

délivre de son excommunication!» Et il insista si fort que Théodose

finit par le laisser aller. Mais dès qu’Ambroise vit Rufin, il lui dit:

«Tu imites l’impudence des chiens, Rufin, en aboyant contre la majesté

divine!» Et comme Rufin le suppliait pour son maître, Ambroise, enflammé

du feu céleste, lui dit: «Je te déclare que je lui interdis l’accès du

saint lieu. Et s’il change son pouvoir en tyrannie, volontiers

j’accepterai la mort!» Rufin rapporta ces paroles à l’empereur, qui dit:

«Je vais aller vers Ambroise, pour recevoir, en face, ses justes

reproches.» Alors Ambroise, continuant à lui défendre l’entrée de

l’église, lui dit: «Quelle pénitence as-tu faite après un tel crime?» Et

l’empereur lui dit: «C’est à toi de l’imposer, à moi d’obéir!» Et il fit

pénitence publique jusqu’à ce que son excommunication fût levée. Plus

tard, étant entré dans l’église, il pénétra dans le chœur, mais Ambroise

lui demanda ce qu’il venait y faire, et comme il répondait qu’il était

venu pour assister au saint sacrifice, Ambroise lui dit: «O empereur, le

chœur de l’église est réservé aux seuls prêtres. Retire-toi donc d’ici,

et va rejoindre le reste des fidèles dans la nef: car la pourpre fait de

toi un empereur, mais nullement un prêtre!» Et l’empereur obéit

aussitôt. Et comme, de retour à Constantinople, il se tenait dans la nef

de la cathédrale, l’évêque lui fit dire d’entrer dans le chœur; mais

Théodose s’y refusa, disant: «Je sais maintenant, grâce à Ambroise, la

différence qu’il y a entre un empereur et un prêtre.»

En septième lieu, saint Ambroise peut être cité comme modèle pour la

sainteté de sa doctrine: car sa doctrine est si pleine de profondeur que

saint Jérôme a pu dire de lui, dans ses _Douze Docteurs_: «Toutes les

phrases de saint Ambroise sont des colonnes de la foi et de toutes les

vertus.» Et saint Augustin ajoute que «les adversaires eux-mêmes n’ont

jamais osé reprendre la doctrine d’Ambroise, ni le sens très pur qu’il a

eu des Livres Saints». Et telle était l’autorité de saint Ambroise que,

pour tous les auteurs du temps, chacune de ses paroles faisait foi. Dans

sa lettre à Janvier, Augustin raconte que, sa mère, s’étonnant de ce que

l’on ne jeûnât pas à Milan le jour du sabbat, en demanda la cause à

Ambroise, qui lui dit: «Quand je vais à Rome, je jeûne le jour du

sabbat. Et de même toi, lorsque tu te trouves dans un diocèse, fais en

sorte d’en suivre les usages, si tu ne veux scandaliser personne, ni

être scandalisée par personne!» Et Augustin ajoute que, depuis lors,

après avoir beaucoup réfléchi à ces paroles, il en est venu à les tenir

pour un oracle céleste.

La vie et la passion des saints Tiburce et Valérien,--que l’église fête

également le 4 avril,--se trouveront racontées dans l’histoire de sainte

Cécile.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 124 / 371 题