SAINT MAMERTIN, ABBÉ

(30 mars)

Mamertin fut d’abord païen. Pendant qu’il adorait une idole, il perdit

un œil, et une de ses mains se dessécha. Il crut avoir offensé ses

dieux, et voulut courir au temple pour obtenir son pardon. Mais il

rencontra en route un saint homme nommé Savin, qui lui demanda d’où lui

était venue son infirmité. Il répondit: «J’ai offensé mes dieux et

maintenant je vais les prier de me rendre ce que, dans leur colère, ils

m’ont enlevé.» Et Savin: «Tu te trompes, mon frère, en prenant les

démons pour des dieux. Va plutôt trouver Germain, évêque d’Auxerre et,

si tu suis ses conseils, tu seras guéri!» Mamertin partit aussitôt; mais

la pluie le força à s’arrêter, en route, dans un lieu où étaient

ensevelis saint Amator et plusieurs autres saints évêques. Dans une

cellule placée sur une tombe de saint Concordien, il trouva un abri pour

la nuit. Et il vit en rêve un homme qui, venant jusqu’à la porte de la

cellule, appelait saint Concordien pour assister à une fête, où il

disait que se trouvaient déjà saint Amator, saint Pèlerin et d’autres

évêques. Et une voix répondit de la tombe: «Je ne puis venir cette nuit,

étant forcé de veiller sur mon hôte, pour l’empêcher d’être dévoré par

les serpents qui habitent ici.» Mais bientôt l’inconnu revint et dit:

«Saint Concordien, lève-toi, viens, et emmène avec toi ton sous-diacre

Vivien et son acolyte Junien! Alexandre se chargera de veiller sur ton

hôte.» Et Mamertin vit ensuite que saint Concordien, le prenant par la

main, l’emmenait avec lui; mais, lorsqu’ils furent arrivés près des

autres évêques, saint Amator dit: «Qui est cet étranger que tu nous

amènes?» Et saint Concordien: «C’est mon hôte!» Et saint Amator:

«Chasse-le d’ici, car il est impur et ne saurait rester avec nous!» Sur

quoi Mamertin, toujours en rêve, se prosterna devant saint Amator, qui

lui ordonna de se rendre au plus vite auprès de saint Germain. Aussi,

dès qu’il fut éveillé, courut-il vers ce saint; et dès que celui-ci eut

entendu l’histoire de son rêve, il retourna avec lui au tombeau de saint

Concordien. Là, sous la pierre du tombeau, ils virent un grand nombre de

serpents dont la longueur dépassait dix pieds. Et saint Germain leur

ordonna de sortir de là, pour aller se cacher dans un lieu où ils ne

pourraient faire de mal à personne. C’est ainsi que Mamertin fut

baptisé. Il recouvra aussitôt la santé, et entra dans le monastère de

saint Germain, dont il devint abbé, après la mort de saint Ollodius.

Il y avait alors, dans ce monastère, un saint moine nommé Marin, dont

Mamertin voulut éprouver l’obéissance. Il lui confia donc la tâche la

plus vile du monastère, qui consistait à paître les bœufs. Et saint

Marin, pendant qu’il gardait ses bœufs et ses vaches dans le bois,

rayonnait d’une telle sainteté, que tous les oiseaux du bois accouraient

à lui pour qu’il les nourrît de sa main. Un sanglier s’étant réfugié

dans sa cellule, il le sauva des chiens qui le poursuivaient, et lui

permit de s’en aller librement. Un jour, des voleurs le dépouillèrent de

ses vêtements, ne lui laissant qu’une petite tunique. Et le voici qui

court derrière eux, et qui leur crie: «Revenez, Messieurs, car j’ai

encore trouvé ce denier dans la doublure de ma tunique! Et peut-être en

aurez-vous besoin!» Aussitôt les voleurs, retournant sur leurs pas, lui

enlevèrent la tunique avec le denier et le laissèrent complètement nu.

Après quoi ils reprirent le chemin de leur caverne; mais ils marchèrent

toute la nuit, et, à l’aube, ils se retrouvèrent devant la cellule du

saint berger. Celui-ci, les ayant salués tendrement, les reçut dans sa

cellule, leur lava les pieds, et s’occupa de leur préparer à manger. Ce

que voyant, les voleurs, stupéfaits, eurent honte de leur conduite et se

convertirent tous à la foi.

Un jour, un jeune moine du monastère de saint Mamertin s’était amusé à

tendre un piège à un ours qui attaquait les brebis; et l’ours, la nuit,

s’était laissé prendre. Mais saint Mamertin, ayant deviné la chose du

fond de son lit, se leva, alla trouver l’ours, et lui dit: «Que fais-tu

là, malheureux? Va-t’en bien vite pour n’être pas pris!» Et il le

délivra et le laissa partir.

Lorsqu’il mourut, on porta son corps à Auxerre. Mais, comme on passait

près d’une prison, le corps devint tout à coup si lourd qu’on ne put le

faire avancer, jusqu’au moment où un des prisonniers, dont les chaînes

s’étaient rompues miraculeusement, accourut et aida à porter le corps

jusqu’à la ville. Saint Mamertin fut enterré en grande pompe dans

l’église de Saint-Germain.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 120 / 371 题