SAINTE APOLLINE, VIERGE ET MARTYRE

(9 février)

[6] Ce chapitre, qui manque dans plusieurs anciens manuscrits, n’est

probablement pas de Jacques de Voragine.

Sous l’empereur Décius une grande persécution sévit, à Alexandrie,

contre les serviteurs de Dieu. Prévenant les édits de l’empereur, un

misérable, nommé Divin, excita contre les chrétiens une foule

superstitieuse, qui, enflammée par lui, devint tout altérée du sang des

fidèles. On s’empara d’abord de quelques saintes personnes des deux

sexes, dont les unes eurent le corps déchiré membre à membre, les yeux

crevés, le visage mutilé, et furent ensuite chassées de la ville;

d’autres qu’on avait traînées devant les idoles, et qui, loin de vouloir

les adorer, les accablaient d’invectives, se voyaient traînées par les

rues de la ville, les pieds enchaînés, jusqu’à ce que leurs corps s’en

allassent en morceaux.

Or il y avait à Alexandrie une vierge admirable nommée Apolline, déjà

fort avancée en âge, et tout éclatante de chasteté, de pureté, de piété

et de charité. Et lorsque la foule furieuse eut envahi les maisons des

serviteurs de Dieu, Apolline fut conduite au tribunal des impies.

S’acharnant sur elle, ses persécuteurs commencèrent par lui arracher

toutes ses dents; puis, ayant allumé un grand bûcher, ils la menacèrent

de l’y jeter vive, si elle se refusait à blasphémer avec eux. Mais elle,

dès qu’elle vit le bûcher allumé, se recueillit d’abord un instant en

elle-même, puis, s’échappant des mains de ses bourreaux, s’élança dans

le feu dont on la menaçait, effrayant même la cruauté des persécuteurs.

Eprouvée déjà par divers supplices, elle ne se laissa vaincre ni par ses

souffrances, ni par l’ardeur des flammes, qui n’était rien en

comparaison de l’ardeur allumée en elle par les rayons de la vérité.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 93 / 371 题