(3 février)
I. Blaise s’étant signalé par sa mansuétude et sa sainteté, les
chrétiens de Sébaste en Cappadoce l’élurent pour leur évêque; et lorsque
les persécutions de Dioclétien l’eurent forcé à quitter son évêché, il
se réfugia dans une caverne, et y mena la vie d’un ermite. Les oiseaux
lui apportaient sa nourriture, et venaient en foule vers lui, et ne
s’envolaient pas avant qu’il les eût bénis. Et lorsque l’un d’eux était
malade, il venait à lui, et recouvrait la santé. Or, certain jour,
l’équipage du gouverneur de la province, après avoir longtemps battu le
pays sans rencontrer aucun gibier, parvint à l’endroit où s’était retiré
saint Blaise, et y vit une foule énorme d’oiseaux et d’autres bêtes,
entourant l’ermite comme pour lui demander de les protéger. Et, en
effet, les chasseurs ne purent absolument pas mettre la main sur eux.
Etonnés, ils firent part de la chose à leur maître, qui ordonna que
l’ermite fût amené devant lui. Cette même nuit, saint Blaise vit trois
fois, en rêve, le Christ, qui lui dit: «Lève-toi et offre-moi un
sacrifice!» Et voilà qu’arrivèrent les soldats, disant: «Viens, le
gouverneur t’appelle!» Et saint Blaise leur répondit: «Bienvenus
êtes-vous, mes enfants! Je vois que Dieu ne m’a pas oublié!»
II. Sur tout son chemin il ne cessa point de prêcher, et fit, en
présence de ses gardiens, de nombreux miracles. Une femme lui amena son
fils, dans le gosier duquel s’était fixée une arête de poisson; elle le
déposa à ses pieds et demanda, en pleurant, qu’il fût guéri. Et saint
Blaise, étendant les mains sur lui, pria Dieu qu’il fût guéri; et
l’enfant fut guéri aussitôt. Une autre femme, qui était très pauvre,
vint demander à saint Blaise de lui faire rendre son unique pourceau,
qu’un loup lui avait enlevé. Et le saint lui dit en souriant: «Bonne
femme, ne te fais pas de chagrin! Ton pourceau te sera rendu!» Et
aussitôt on vit accourir le loup, qui rapportait à la veuve le pourceau
qu’il lui avait pris.
III. Dès qu’il fut arrivé dans la ville, saint Blaise fut jeté en
prison. Le lendemain, le gouverneur se le fit amener, et, d’abord essaya
de le séduire par de douces paroles, lui disant: «Bonjour, Blaise ami
des dieux!» Et Blaise: «Bonjour aussi à toi, excellent gouverneur! Mais
ne donne pas le nom de dieux à des démons, qui rôtissent au feu éternel
avec ceux qui les honorent!» Le gouverneur, furieux, le fit battre de
verges et reconduire dans sa prison. Et Blaise lui dit: «Insensé!
Espères-tu donc m’enlever, par tes punitions, l’amour d’un Dieu qui est
en moi et qui me donne la force de supporter toutes les punitions?»
Apprenant qu’on l’avait mis en prison, la veuve à qui il avait fait
rendre son pourceau tua le pourceau et lui en envoya la tête et les
pieds, ainsi qu’un pain et une chandelle. Et saint Blaise rassasia sa
faim, et fit dire à la veuve: «Offre tous les ans une chandelle dans
l’église qui portera mon nom, et tu t’en trouveras bien, toi, et tous
ceux qui feront comme toi!» La veuve le fit tous les ans, et vécut
depuis lors dans la prospérité.
IV. Cependant le gouverneur, voyant qu’il ne pouvait convertir le saint
au culte des dieux, le fit suspendre à un poteau et ordonna qu’on lui
labourât les chairs avec des pointes de fer. Après quoi il le fit
ramener dans sa prison.
Or sept femmes, suivant le saint, recueillaient les gouttes de son sang.
Le gouverneur les fit saisir et voulut les forcer à sacrifier aux dieux.
Mais elles dirent: «Si tu veux que nous adorions tes dieux, fais-les
conduire au bord de l’étang, afin que, lorsqu’on les aura lavés, nous
puissions les adorer!» Le gouverneur y consentit volontiers. Et les sept
femmes, empoignant les idoles, les lancèrent au milieu de l’étang,
disant: «Si ce sont des dieux, nous le verrons bien!» Et comme le
gouverneur, exaspéré, invectivait ses officiers, qui avaient permis un
tel sacrilège, les sept femmes lui dirent: «Si ces idoles avaient été
des dieux, elles auraient bien prévu ce que nous avions l’intention de
leur faire!» Le préfet fit préparer, d’une part, du plomb fondu, des
peignes de fer et sept casques de fer rougi, et, d’autre part, sept
tuniques de lin. Et il dit aux femmes de choisir entre ces tuniques et
les pires supplices. Alors l’une des femmes, qui était mère de deux
petits enfants, saisit les tuniques de lin et les jeta au feu. Et ses
enfants lui dirent: «Mère chérie, ne nous laisse pas derrière toi, mais,
de même que tu nous as remplis de la douceur de ton lait, remplis-nous
de la douceur du royaume des cieux!» Alors le gouverneur les fit
attacher à des poteaux, et fit labourer leurs corps de pointes de fer.
Mais leur chair restait blanche comme la neige, et, au lieu de sang, du
lait en jaillissait. Et, pendant qu’on les torturait, un ange leur
apparut et les consola en leur disant: «Soyez sans crainte, car le bon
ouvrier qui a bien commencé sa tâche et qui l’a bien finie se trouve
récompensé en conséquence! «Alors le gouverneur les fit plonger dans un
four ardent; mais le feu s’éteignit aussitôt, et elles en sortirent
intactes. Et le gouverneur leur dit: «Cessez maintenant vos sortilèges
magiques, et adorez nos dieux!» Mais elles lui répondirent: «Achève ce
que tu as commencé, car déjà on nous attend dans le royaume des cieux!»
Le gouverneur ordonna alors qu’on leur coupât la tête. Et au moment où
le bourreau s’approchait d’elles, elles tombèrent à genoux et prièrent
en ces termes: «Dieu, qui nous a arrachées aux ténèbres et nous a
conduites vers la douce lumière, reçois nos âmes dans la vie éternelle!»
Après quoi elles eurent la tête tranchée et s’envolèrent au ciel.
V. Le gouverneur fit ensuite venir saint Blaise et lui dit: «Une
dernière fois, veux-tu, oui ou non, adorer les dieux?» Et Blaise:
«Impie, je ne crains pas tes menaces. Je te livre mon corps, fais-en ce
que tu voudras!» Le gouverneur donna ordre de le jeter dans l’étang.
Mais saint Blaise fit le signe de la croix sur l’eau de l’étang, et
aussitôt celle-ci se figea comme une terre sèche. Et le saint dit: «Si
vos dieux sont de vrais dieux, montrez leur pouvoir en entrant dans
cette eau!» Et soixante-cinq hommes entrèrent dans l’eau et furent
noyés. Et un ange descendit vers saint Blaise et lui dit: «Blaise, sors
de l’étang et va recevoir la couronne que Dieu t’a préparée!» Et, quand
il fut sorti de l’étang, le gouverneur lui dit: «Refuses-tu toujours
d’adorer les dieux?» Et Blaise: «Apprends, malheureux, que je suis
serviteur du Christ, et ne saurais adorer les démons!» Le gouverneur le
condamna à être décapité. Et le saint, avant de tendre le cou au
bourreau, pria Dieu que tous ceux qui, souffrant d’une maladie de la
gorge, imploreraient son aide, fussent exaucés et guéris. Et voici
qu’une voix, du haut du ciel, lui dit que ce qu’il demandait lui était
accordé. Après quoi, le saint fut décapité, en compagnie des deux petits
enfants. Ce martyre eut lieu vers l’an du Seigneur 283.