SAINT JEAN CHRYSOSTOME, ÉVÊQUE ET CONFESSEUR

(27 janvier)

Jean, surnommé Chrysostome, naquit à Antioche, de Second et d’Anture,

nobles tous deux. Sa vie, sa généalogie, son caractère, et les

persécutions qu’il eut à subir, se trouvent racontés tout au long dans

l’_Histoire tripartite_.

Après avoir étudié la philosophie, il l’abandonna pour s’occuper

uniquement des choses divines. Ordonné prêtre, il eut un zèle de

chasteté qui le fit accuser de sévérité excessive. Plus fervent que

doux, exécutant toujours sans scrupule ce que lui ordonnait sa

conscience, il passait pour arrogant aux yeux de ceux qui ne le

connaissaient point. Mais personne ne l’égalait pour enseigner, pour

expliquer, comme aussi pour corriger les mœurs. Ayant été fait évêque,

sous le règne des empereurs Honorius et Arcade, et pendant que Damase

occupait le siège de saint Pierre, il voulut aussitôt réformer la vie de

son clergé, et s’attira ainsi la haine de tous. On le traitait

d’insensé, on le diffamait partout; et comme jamais il n’invitait

personne à sa table, ni n’acceptait aucune invitation, on faisait courir

le bruit que cela provenait de ce qu’il avait une façon dégoûtante de

manger; tandis que, en réalité, il n’agissait ainsi que par abstinence,

et parce que le moindre excès de nourriture lui donnait des maux de

tête. D’ailleurs le peuple l’aimait beaucoup, à cause de ses sermons, et

ne tenait nul compte des calomnies répandues contre lui. Mais la haine

dont il était l’objet grandit encore lorsqu’on le vit s’attaquer

courageusement aux plus gros personnages. Et il y eut une chose, en

particulier, qui produisit une émotion générale. Le consul Eutrope,

favori de l’empereur, voulant soumettre à sa juridiction ceux qui se

réfugiaient dans les églises, obtint de l’empereur une loi annulant le

droit d’asile, et permettant d’extraire des églises ceux qui s’y étaient

réfugiés. Or, peu de temps après, Eutrope lui-même, ayant offensé

l’empereur, se réfugia dans l’église de Jean Chrysostome et se cacha

sous l’autel. Alors l’évêque, venant à lui, lui adressa une homélie

pleine des plus durs reproches; après quoi il le laissa prendre par

l’empereur, qui lui fit couper la tête. Et bien des gens s’indignèrent

de ce que, en présence du malheur de son ennemi, l’évêque n’eût eu pour

lui aucune pitié. Il était d’ailleurs sans pitié dans toutes ses

invectives contre les méchants; et par là s’explique qu’il ait soulevé

tant de haines. L’évêque d’Alexandrie, Théophile, notamment, s’efforçait

de déposséder Jean de son siège épiscopal, pour mettre à sa place un

prêtre nommé Isidore. Mais le peuple continuait à défendre Jean, et à se

repaître de son enseignement.

Et Jean, non content de gouverner avec vigueur le diocèse de

Constantinople, s’occupait aussi de maintenir le bon ordre dans les

provinces voisines, par de sages lois qu’il obtenait de l’empereur.

Quand il apprit qu’en Phénicie on sacrifiait encore aux idoles, il y

envoya des prêtres et des moines et y fit détruire tous les temples.

En ce temps-là, un Celte nommé Gaïmas, barbare d’humeur tyrannique, et

dépravé par l’hérésie arienne, fut créé tribun des soldats. Il demanda à

l’empereur qu’une église fût concédée aux ariens dans Constantinople. Et

l’empereur, désirant le satisfaire, pria Jean de se déposséder pour lui

d’une de ses églises. Mais Jean lui répondit, enflammé d’un saint zèle:

«Empereur, garde-toi de consentir à cela, et de livrer aux chiens un

lieu sacré! Et ne crains pas ce barbare; mais plutôt laisse-moi

m’entretenir avec lui, et écoute, en secret, ce que nous dirons! Je me

charge de réfréner sa langue de telle sorte qu’il n’ose plus renouveler

sa demande!» L’empereur les convoqua donc tous deux pour le lendemain.

Et comme Gaïmas réclamait pour lui une église, Jean lui dit: «Toutes les

églises te sont ouvertes, et nul ne te défend d’y prier.» Et Gaïmas: «Je

suis d’une autre secte, et j’ai bien le droit d’exiger une église pour

mon culte, après tous les services que j’ai rendus à la république!» Et

Jean: «Tu as déjà reçu bien des récompenses, et au delà de ton mérite!

Tu as été créé tribun des soldats, tu as revêtu la toge consulaire:

songe seulement à ce que tu étais autrefois et à ce qu’a fait de toi la

faveur de ton maître! Et, te rappelant tout cela, garde-toi d’être

ingrat pour ton bienfaiteur!» Ainsi il lui ferma la bouche, et le

contraignit au silence. Mais Gaïmas, voyant qu’il ne pouvait rien contre

lui ouvertement, ordonna à une troupe de barbares de mettre le feu, le

nuit, à son palais. Et l’on sut alors avec quelle assistance saint Jean

gardait la ville. Car la troupe des barbares vit s’avancer contre elle

une troupe d’anges en armes, qui, aussitôt, les mirent en fuite. Ces

barbares vinrent rapporter la chose à Gaïmas, qui en fut très étonné, se

demandant quels pouvaient être ces soldats qu’il ne connaissait pas. La

nuit suivante, le même miracle se reproduisit. Et, la nuit qui suivit

celle-là, Gaïmas lui-même, s’étant mis à la tête de ses hommes, se

trouva repoussé par une cohorte invincible, qu’il se figura être formée

de soldats recrutés en secret par l’évêque, et tenus cachés par lui au

fond de son palais. Sortant alors de Constantinople, il se rendit en

Thrace, y réunit une grande armée de barbares, et s’apprêta à dévaster

tout le pays. L’empereur, effrayé, chargea l’évêque Jean de se rendre

auprès de lui en ambassadeur; et Jean se mit courageusement en route,

oubliant son inimitié. Or Gaïmas, ayant reconnu ses torts et le bon

droit de l’évêque, vint au-devant de lui, lui baisa la main, et ordonna

à ses fils d’embrasser ses genoux.

Vers le même temps surgit, dans l’église, la question de savoir si Dieu

avait un corps; et de cette question naquirent des luttes sans fin. La

majorité des moines, dans leur simplicité, se laissèrent séduire par

ceux qui soutenaient que Dieu avait un corps. Et comme, au contraire,

l’évêque d’Alexandrie, Théophile, connaissant la vérité, avait

solennellement condamné ceux qui prêtaient à Dieu une forme humaine, les

moines d’Egypte, sortis de leurs cellules, vinrent à Alexandrie pour

exciter le peuple à la révolte contre l’évêque. Celui-ci, effrayé, leur

dit: «Vous m’apparaissez comme la face même de Dieu!» Et eux: «Puisque

tu reconnais que Dieu a une face comme nous, aie soin de prononcer

l’anathème contre les livres d’Origène, qui contredisent notre opinion!

Que si tu ne le fais pas, nous te tiendrons pour rebelle aux empereurs

et à Dieu, et nous te traiterons en conséquence!» Et lui: «Epargnez-moi,

car je suis prêt à faire ce qui vous plaira!» Et ainsi il détourna la

colère des moines. Mais on entend bien que ce sont seulement les simples

d’esprit, parmi les moines, qui se laissèrent séduire par une erreur

aussi puérile.

Tandis que cela se passait en Egypte, Jean, à Constantinople, maintenait

la pure doctrine, à l’admiration de tous. Mais les ariens, dont le

nombre avait grandi, et qui possédaient une église en dehors de la

ville, poussaient l’audace jusqu’à pénétrer, le dimanche, dans l’église

même de Jean, en chantant leurs hymnes et antiennes, ou bien encore en

disant, par dérision à l’adresse des orthodoxes: «Voilà donc les

insensés qui prétendent que trois ne font qu’un!» Alors Jean, craignant

que les simples ne se laissassent entraîner à l’hérésie, ordonna aux

fidèles de se réunir la nuit dans les églises, pour entendre des

prédications et chanter des hymnes. Et il organisa aussi des

processions, où l’on portait des croix d’argent avec des flambeaux

d’argent. Sur quoi les ariens, furieux, poussèrent leur audace jusqu’au

meurtre. Une nuit, l’eunuque Brison, qui assistait Jean dans ses offices

de nuit, fut frappé d’une pierre à l’aine; et un certain nombre d’hommes

des deux partis furent mis à mort. De telle sorte que l’empereur, pour

arrêter le scandale, interdit formellement aux ariens de chanter leurs

hymnes en public.

Vers le même temps l’évêque Sévérien, favori de l’empereur et de

l’impératrice, vint à Constantinople, et fut affectueusement accueilli

par Jean, qui, lorsqu’il partit pour l’Asie, lui laissa la garde de son

église. Mais Sévérien, au lieu de s’acquitter loyalement de cette

mission, travailla à détourner sur lui-même la faveur que le peuple

accordait à Jean. Et comme le prêtre Sérapion avait averti Jean de ce

qui se passait, Sévérien, furieux, s’écria: «Si ce Sérapion ne meurt

pas, je veux que le Christ n’ait pas été incarné!» Ce qu’apprenant,

Jean, à son retour, le chassa de la ville comme blasphémateur. La chose

déplut fort à l’impératrice, qui, rappelant Sévérien, demanda à Jean de

se réconcilier avec lui. Mais Jean s’y refusa; et l’impératrice, pour le

fléchir, dut mettre sur ses genoux son fils Théodose.

Vers le même temps, Théophile, l’évêque d’Alexandrie, chassa injustement

un saint homme nommé Dioscore, et cet Isidore qu’autrefois il avait

soutenu. Tous deux vinrent alors à Constantinople pour se plaindre de

lui; mais Jean, tout en les honorant fort, ne voulut point prendre parti

pour eux avant de mieux connaître la cause. Cependant, on rapporta

faussement à Théophile que Jean avait pris parti pour eux; et Théophile,

furieux, n’en travailla que plus ardemment à le déposséder de son siège

épiscopal. Cachant sa véritable intention, il écrivit aux divers évêques

pour leur dire qu’il condamnait les livres d’Origène. Il circonvint

aussi le saint et glorieux évêque de Chypre, Epiphane, qui, ayant réuni

son clergé, lui interdit la lecture d’Origène, et écrivit à Jean pour

lui demander de suivre son exemple. Mais Jean, sans s’émouvoir de toutes

les intrigues organisées contre lui, continuait à développer la pure

doctrine de l’Eglise.

Enfin Théophile laissa voir ouvertement sa haine, et révéla son désir de

déposséder Jean de son siège. Il eut aussitôt pour le seconder bon

nombre de prêtres et de fonctionnaires impériaux, qui ne cherchaient

qu’une occasion de se débarrasser de l’évêque.

Peu de temps après, Epiphane vint à Constantinople, pour faire condamner

les écrits d’Origène. Par égard pour son ami Théophile, il déclina

l’invitation de Jean. Et tel était le respect qu’on avait pour lui que,

sur sa demande, bien des gens souscrivirent à la condamnation d’Origène.

D’autres, au contraire, s’y refusèrent, et parmi eux Théotine, évêque de

Sicée, homme célèbre par la droiture de sa vie. Jean, cependant,

supporta sans se fâcher qu’Epiphane intervînt dans les affaires de son

église, en dehors de toute règle. Il demandait seulement à Epiphane de

prendre rang parmi ses évêques. Mais Epiphane répondit qu’il n’en ferait

rien aussi longtemps que Jean n’aurait pas chassé Dioscore et souscrit à

la condamnation des livres d’Origène. Et bientôt Epiphane, devant la

résistance de Jean, commença à attaquer celui-ci comme un défenseur des

hérétiques. Jean lui écrivit alors: «Tu as fait bien des choses contre

les règles, Epiphane! Tu as ordonné des prêtres dans mon église, tu y as

célébré les offices saints, de ta propre autorité, tu as refusé de

répondre à mes invitations. Que si le peuple se soulève contre toi, la

responsabilité en sera toute à toi seul!» Au reçu de cette lettre,

Epiphane quitta Constantinople. Mais, avant de partir, il écrivit à

Jean: «J’espère que tu ne mourras pas évêque!» A quoi Jean répondit:

«J’espère que tu ne rentreras pas vivant dans ta patrie!» Et les deux

prophéties se réalisèrent: car Epiphane mourut en chemin, et Jean,

dépossédé de son épiscopat, finit sa vie en exil.

Cet Epiphane, dont les reliques eurent, plus tard, le privilège de

chasser les démons, était un homme d’une générosité merveilleuse. Un

jour, comme il avait dépensé en aumônes tout le trésor de son église, un

inconnu vint tout à coup lui apporter un sac plein d’or, après quoi il

disparut, et jamais on ne sut d’où il était venu. Une autre fois, des

méchants, voulant tromper Epiphane pour en obtenir de l’argent,

imaginèrent la ruse que voici: l’un d’eux s’étendit à terre,

contrefaisant le mort, tandis que l’autre, debout près de lui, feignait

de se lamenter, et gémissait qu’il n’avait pas d’argent pour ensevelir

son ami. Survient Epiphane, qui prie pour le repos de l’âme du mort,

pourvoit à sa sépulture, console le survivant, et s’en va. Aussitôt

l’homme de secouer son compagnon, en lui disant: «Lève-toi, nous allons

pouvoir nous régaler!» Mais en vain il le secouait, car le malheureux

était mort. L’imposteur, désolé, courut avouer sa faute à Epiphane, en

le suppliant de ressusciter son compagnon. Et Epiphane le consola de son

mieux, mais ne voulut point ressusciter le mort, afin que l’accident

servît d’exemple à ceux qui seraient tentés de tromper les ministres de

Dieu.

Or, quand Epiphane eut quitté Constantinople, on rapporta à Jean que

l’impératrice Eudoxie avait excité contre lui ce vénérable évêque.

Aussitôt Jean, avec son zèle accoutumé, fit, en présence de tous, un

sermon où il parlait de toutes les femmes en des termes très violents.

Et l’on fut unanime à considérer ce sermon comme dirigé contre

l’impératrice. Ce qu’apprenant, celle-ci se plaignit à l’empereur, et

réclama vengeance. Poussé par elle, l’empereur ordonna la convocation du

synode réclamé par Théophile, et auquel Jean s’était toujours opposé.

Aussitôt Théophile convoqua tous les évêques ennemis de Jean; et

ceux-ci, réunis à Constantinople, ne s’occupaient plus des livres

d’Origène mais se posaient ouvertement en adversaires de Jean. Ils

sommèrent celui-ci de comparaître devant eux. Mais Jean, malgré quatre

appels, refusa de se livrer à des ennemis, et réclama la convocation

d’un synode universel. Sur quoi les évêques le condamnèrent, sans avoir

rien trouvé à lui reprocher, sinon son refus de se rendre à leur

citation. En conséquence, l’empereur ordonna qu’il fût au plus vite

envoyé en exil; mais le peuple, indigné, se souleva en sa faveur et

refusa de le laisser sortir de l’église, demandant que sa condamnation

fût portée devant un concile général. Alors Jean, pour éviter que la

sédition ne s’étendît, quitta l’église à l’insu du peuple et partit pour

l’exil. Mais le peuple, dès qu’il l’apprit, se souleva plus encore; et

bon nombre de ses anciens ennemis se convertirent à sa cause,

reconnaissant qu’on l’avait calomnié.

Cependant Sévérien, dont nous avons parlé plus haut, diffamait Jean

jusque dans son église. Il disait que, si même Jean n’avait pas commis

d’autre faute, son orgueil aurait suffi à justifier sa condamnation. Et

cet impudent propos accrut à tel point la fureur du peuple contre les

évêques et l’empereur lui-même, qu’Eudoxie dut prier son mari de faire

revenir d’exil celui qu’elle avait contribué à chasser: sans compter

que, un grand tremblement de terre ayant ravagé la ville, le peuple

avait été d’accord pour voir là un châtiment de l’injuste expulsion de

Jean.

On envoya donc à celui-ci des ambassadeurs pour le prier de revenir au

plus vite. A trois reprises il s’y refusa; mais, la troisième fois, il

fut ramené de force à Constantinople, où tout le peuple vint au-devant

de lui avec des cierges et des lampes. Et comme il se refusait à

s’asseoir sur son siège épiscopal aussi longtemps que le synode n’aurait

pas retiré la sentence portée contre lui, c’est encore de force que le

peuple le réinstalla sur son siège et l’amena à prêcher de nouveau.

Aussitôt Théophile s’enfuit de Constantinople. Lorsqu’il arriva à

Hierapolis, l’évêque de cette ville venait de mourir, et sa succession

avait été offerte à un saint moine appelé Lamon. Celui-ci ne voulait à

aucun prix accepter une telle offre. Et comme Théophile insistait pour

qu’il l’acceptât, il feignit enfin de consentir, en disant: «Demain, ce

qui plaît à Dieu s’accomplira!» Le lendemain, comme on l’engageait de

nouveau à accepter l’épiscopat, il dit: «Adressons d’abord une prière au

Seigneur!» Et, quand il eut achevé sa prière, on s’aperçut que sa vie

s’était achevée du même coup.

Jean, cependant, persistait vigoureusement dans sa doctrine. On venait

alors d’élever, sur une place, en face de l’église de Sainte-Sophie, une

statue d’argent de l’impératrice Eudoxie: et des jeux publics y avaient

lieu en son honneur. Jean en fut indigné, voyant là un outrage à son

église. Il s’arma donc la langue de nouveau, avec son intrépidité

ordinaire: et au lieu de supplier l’empereur de faire cesser le

scandale, il employa toute son éloquence à protester contre celui-ci. Ce

dont l’impératrice s’offensa profondément; et de nouveau elle mit tout

en œuvre pour faire condamner Jean par un synode d’évêques. C’est alors

que Jean, dans son église, prononça contre elle l’homélie fameuse qui

commençait ainsi: «Une fois de plus Hérodiade délire, une fois de plus

elle rêve de voir la tête de Jean déposée sur un plat!» Et la fureur

d’Eudoxie redoubla encore.

Mais, comme un de ses serviteurs voulait tuer Jean, le peuple s’empara

de lui; et on l’aurait mis à mort si le préfet n’avait eu la précaution

de le faire disparaître. Quelques jours après, le domestique d’un prêtre

se jeta sur Jean et voulut le tuer. Retenu par des fidèles, il frappa

trois d’entre eux, et, la foule étant accourue, il commit encore

d’autres meurtres. Mais le peuple continuait à tenir Jean sous sa garde,

entourant sa maison, nuit et jour, pour empêcher qu’on ne l’attaquât.

Sur le conseil d’Eudoxie, un nouveau synode d’évêques se réunit à

Constantinople, avec la mission de condamner Jean; et, la veille de

Noël, l’empereur défendit à Jean de donner la communion avant de s’être

justifié des accusations portées contre lui. Les évêques, de leur côté,

le condamnèrent une deuxième fois, lui reprochant, à présent, d’avoir

siégé sur son trône épiscopal après sa déposition. Et, aux approches de

Pâques, l’empereur manda à Jean défense d’entrer désormais dans son

église, puisque deux synodes l’avaient condamné. Sur son ordre, Jean fut

chassé de Constantinople et relégué dans une petite ville, à la

frontière de l’empire, dans le voisinage immédiat de cruels barbares.

Mais Dieu, dans sa clémence, ne permit point que son fidèle athlète

demeurât longtemps en cette situation. Comme Jean, fatigué d’un long

voyage, souffrait cruellement de ses maux de tête, exposé à l’ardeur

insupportable du soleil, son âme s’envola de son corps, à Cumanes, le

quatorzième jour de septembre.

A sa mort, une grêle effroyable s’abattit sur Constantinople et tous les

environs; et tous reconnurent là un signe de la colère de Dieu, à cause

de l’injuste condamnation de Jean. Croyance qui se trouva confirmée

encore, quatre jours après, par la mort subite de l’impératrice Eudoxie.

Les évêques d’Occident, désolés de la mort de l’admirable docteur, se

refusèrent à communiquer avec les évêques d’Orient jusqu’au jour où le

nom sacré de saint Jean Chrysostome serait réinstallé dans l’honneur à

lui dû. Et le pieux Théodose, fils d’Arcade, fit transporter les restes

de saint Jean à Constantinople, où, les invoquant dévotement, il demanda

au saint d’intercéder en faveur de ses parents Arcade et Eudoxie, qui

avaient péché contre lui dans leur ignorance.

Ce Théodose était un prince si clément que jamais il ne voulut condamner

à mort aucun de ceux qui lui faisaient du mal. Il disait à ce propos:

«Hélas, que ne m’est-il possible, plutôt, de rappeler à la vie les

morts!» Sa cour ressemblait à un monastère; et il ne cessait point de

lire des livres sacrés. Il avait une femme, nommée Eudoxie, qui écrivit

de nombreux poèmes. Et il avait aussi une fille, également nommée

Eudoxie, qu’il donna en mariage à Valentinien, associé par lui à

l’empire.

Jean Chrysostome mourut vers l’an du Seigneur 407. Ajoutons que tout ce

qu’on vient de lire est directement extrait de l’_Histoire tripartite_.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 79 / 371 题