(14 janvier)
La vie de saint Rémy a été écrite par Hincmar, archevêque de Reims.
I. La naissance de ce glorieux docteur et confesseur de la foi a été
prophétisée par un ermite, dans les circonstances que voici. Au moment
où la persécution des Vandales désolait toute la France, un saint
ermite, qui était aveugle, priait avec ardeur pour la paix de l’Eglise
des Gaules. Or un ange lui apparut et lui dit: «Sache que la femme qui
s’appelle Ciline mettra au monde un fils du nom de Rémy, qui délivrera
son peuple des attaques des méchants!» Aussi l’ermite, dès qu’il
s’éveilla, se fit-il conduire à la maison de Ciline et lui raconta sa
vision. Et comme la dame refusait d’y croire,--car elle était déjà
vieille, et avait renoncé à l’espoir d’enfanter,--l’ermite lui dit:
«Sache que, lorsque ton enfant aura pris le sein, tu n’auras qu’à me
frotter les yeux de ton lait pour qu’aussitôt je recouvre la vue!» Et
tout arriva, en effet, de cette façon.
Dès sa jeunesse, Rémy évita le monde et entra dans un couvent. Mais à
vingt-deux ans sa renommée, sans cesse croissante, lui valut d’être
choisi par tout le peuple pour l’archevêché de Reims. Et c’était un
homme d’une telle douceur que, quand il mangeait, les moineaux venaient
sur sa table, et qu’il les nourrissait dans le creux de sa main. Ayant
été un jour reçu dans la maison d’une dame, et apprenant que celle-ci
n’avait plus de vin, saint Rémy entra dans sa cave, fit un signe de
croix sur le tonneau; et voici que le vin en jaillit en telle abondance
que toute la cave s’en trouva inondée.
Le roi de France Clovis était alors païen, et sa pieuse femme ne
parvenait pas à le convertir. Mais un jour, se voyant menacé par
l’immense armée des Allemands, il fit vœu au Dieu qu’adorait sa femme de
se convertir à lui, s’il lui accordait la victoire sur ses ennemis. Et
Dieu lui accorda la victoire, de sorte qu’il se rendit auprès de saint
Rémy et demanda à être baptisé. Mais, en arrivant aux fonds baptismaux,
l’évêque et le roi s’aperçurent que le saint chrême manquait; et voici
qu’une colombe, fendant les airs, apporta dans son bec une ampoule
pleine de saint chrême, dont le prélat oignit le roi. Et cette ampoule
se conserve dans l’église de Reims, où elle sert, aujourd’hui encore, au
sacre des rois de France.
II. Longtemps après, Génébald, homme sage et pieux, qui avait épousé la
nièce de saint Rémy, mais s’était séparé d’elle, d’un commun accord, par
scrupule de piété, fut ordonné évêque de Laon par saint Rémy. Mais comme
ce Génébald avait permis à sa femme de venir souvent s’instruire auprès
de lui, ces fréquents entretiens allumèrent le désir dans son âme, et le
firent tomber dans le péché. Et la femme, ayant mis au monde un fils,
manda cette nouvelle à l’évêque, qui, rempli de honte, lui dit: «Puisque
cet enfant est le résultat d’un larcin, je veux qu’il s’appelle Larron!»
Mais plus tard, il permit de nouveau à sa femme de venir s’instruire
auprès de lui, et de nouveau il finit par se précipiter dans le péché.
Et comme, cette fois, sa femme mit au monde une fille, il dit: «Je veux
que cette fille s’appelle Renarde!» Puis, rentrant en lui-même, il alla
se jeter aux pieds de saint Rémy, et le pria de lui ôter du cou l’étole
épiscopale. Mais saint Rémy s’y refusa; et après l’avoir doucement
consolé, il l’enferma pendant sept ans dans une cellule, et, durant cet
intervalle, gouverna lui-même son diocèse. Or, la septième année, comme
Génébald célébrait sa messe, un ange lui apparut, qui lui annonça que
son péché lui était remis, et lui ordonna de quitter sa cellule. Alors
Génébald répondit: «Je ne le puis pas, car mon maître Rémy a fermé cette
porte et l’a scellée de son sceau.» L’ange lui dit alors: «Afin que tu
saches que le ciel s’est rouvert, cette porte va s’ouvrir sans que le
sceau soit brisé!» Et aussitôt la porte s’ouvrit. Mais alors Génébald,
se jetant en croix sur le sol, dit: «Si même le Seigneur Jésus venait me
mettre en liberté, je ne sortirais pas d’ici sans y être autorisé par
mon chef Rémy, qui m’a enfermé!» Alors saint Rémy, mandé par l’ange,
vint à Laon, et replaça Génébald sur son siège épiscopal; et Génébald
persévéra dans la piété jusqu’à sa mort, et Larron, son fils, lui
succéda sur son siège, et mérita même d’être canonisé. Enfin saint Rémy
s’endormit en paix, vers l’an 500. Le jour de sa fête est aussi celui où
se célèbre la naissance de saint Hilaire, évêque de Poitiers.