L’ÉPIPHANIE

(6 janvier)

L’Epiphanie se célèbre en souvenir d’un quadruple miracle. C’est en

effet ce jour-là que les mages ont adoré le Christ, que saint Jean a

baptisé le Christ, que le Christ a changé l’eau en vin, et qu’il a

rassasié cinq mille hommes avec cinq pains. Et cette fête porte quatre

noms: 1º elle s’appelle _Epiphanie_, en souvenir de l’étoile que les

mages aperçurent au-dessus d’eux; 2º elle s’appelle Théophanie, parce

que, le jour du baptême du Christ, la Trinité divine apparut tout

entière, le Père dans la voix, le Fils dans la chair, le Saint-Esprit

sous la forme d’une colombe; 3º elle s’appelle Béthanie (de _Beth_,

maison), parce qu’aux noces de Cana Jésus montra sa divinité dans une

maison; 4º enfin elle s’appelle Phagiphanie, en souvenir du jour où le

Christ a nourri cinq mille hommes avec cinq pains. Mais nous devons

ajouter que l’on doute que ce quatrième miracle se soit accompli ce

jour-là: car saint Jean nous dit que «le temps de la Pâque approchait».

Au reste, le premier de ces quatre miracles est celui que l’Eglise

célèbre tout particulièrement; de telle sorte que nous n’aurons à nous

occuper ici que de lui. Donc, treize jours après la naissance du Christ,

trois mages vinrent à Jérusalem. Leurs noms étaient, en grec, Appellius,

Amérius, et Damascus; en hébreu, Galgalat, Malgalath et Sarathin; en

latin, Gaspard, Balthasar, et Melchior. Ces trois mages étaient des

sages, et en même temps des rois; car le mot mage, qui signifie

imposteur et sorcier, a aussi le sens de «homme très savant».

On peut se demander pourquoi ces mages vinrent à Jérusalem, puisque ce

n’était point là que le Christ était né. Remi en donne quatre raisons:

1º les mages ignoraient le lieu exact de la naissance du Christ, et sont

venus à Jérusalem parce qu’ils supposaient qu’un enfant aussi

merveilleux ne pouvait être né que dans la capitale du royaume; 2º ils

sont venus à Jérusalem pour consulter les savants et les scribes de la

ville sur le lieu de naissance du Sauveur; 3º ils sont venus à Jérusalem

pour ôter aux Juifs l’excuse de pouvoir dire qu’ils ignoraient le temps

de la naissance du Messie; 4º enfin ils sont venus à Jérusalem pour

condamner, par le spectacle de leur zèle, l’indifférence et la mollesse

des Juifs.

Saint Jean Chrysostome nous donne une autre explication de la venue des

mages à Jérusalem. C’étaient, suivant lui, des astrologues qui, de père

en fils, passaient trois jours par mois sur une haute montagne, dans

l’attente de l’étoile qu’avait prédite Balaam. Or, dans la nuit de la

naissance du Christ, une étoile leur apparut qui avait la forme d’un

merveilleux enfant, avec une croix de feu sur la tête; et elle leur dit:

«Allez vite dans la terre de Juda, vous y trouverez un enfant nouveau-né

qui est le roi que vous attendez!»

On peut se demander ensuite comment douze jours ont pu leur suffire pour

faire un si long trajet, depuis les confins de l’Orient jusqu’à

Jérusalem, que l’on dit située au centre du monde. Suivant Remi, c’est

l’Enfant divin lui-même qui les a conduits. Ou encore, suivant d’autres,

la rapidité de leur course tient à ce qu’ils étaient montés sur des

dromadaires, animaux très rapides, qui font plus de chemin en un jour

que les chevaux en trois.

Arrivés à Jérusalem, ils ne demandèrent pas si le roi des Juifs était

né, car ils le savaient déjà par l’étoile. Ils demandèrent où était né

le roi des Juifs. Ce qu’entendant, Hérode se troubla fort, et la ville

entière avec lui. Hérode en fut troublé pour trois raisons: 1º il

craignait que les Juifs ne prissent pour maître ce roi nouveau-né; 2º il

craignait d’être mis en accusation par les Romains, s’il permettait à un

homme non proclamé roi par Auguste de revêtir le titre de roi; 3º comme

le dit saint Grégoire, un roi terrestre ne pouvait manquer de se sentir

troublé, se voyant en présence du roi des Cieux. Et quant au trouble des

Juifs, il s’expliquait également par trois raisons, d’après Chrysostome:

1º par l’impossibilité où sont les impies de se réjouir de l’avènement

du juste; 2º par l’adulation de ces Juifs pour Hérode, dont ils voyaient

le trouble; 3º par l’incertitude où ils étaient de leur sort devant la

perspective d’une révolution.

Hérode, ayant convoqué tous les prêtres et scribes, leur demanda où

était né le Christ. Et quand il apprit que c’était à Bethléem, il le dit

aux mages, en leur demandant de venir lui rendre compte de ce qu’ils

auraient vu; lui-même, prétendait-il, irait alors adorer l’enfant

nouveau-né: mais en réalité il ne songeait qu’à le faire périr.

Autre particularité: l’étoile cessa de guider les mages dès qu’ils

furent entrés à Jérusalem, sans doute pour forcer les mages à s’enquérir

du lieu de la nativité du Christ, et ainsi à fournir devant tous le

témoignage du miracle. Quant à la nature même de cette étoile, les uns

disent que c’était l’Esprit-Saint qui avait pris cette forme pour guider

les mages, d’autres que c’était un ange; d’autres enfin, dont nous

partageons l’avis, supposent que cette étoile était un astre

nouvellement créé, qui, ayant rempli sa mission, sera rentré dans le

sein de la matière universelle. D’après Fulgence, cette étoile différait

de toutes les autres en trois choses: 1º elle n’était pas localisée dans

le firmament, mais pendait dans les airs, près de la terre; 2º elle

était si brillante qu’on la voyait même en plein jour, éclipsant la

lumière du soleil; 3º elle marchait en avant des mages, comme une

personne vivante, au lieu de suivre le mouvement circulaire des autres

étoiles.

Entrés dans la crèche, et y ayant trouvé l’enfant avec sa mère, les

mages se mirent à genoux, et offrirent, en présent, de l’or, de

l’encens, et de la myrrhe. Le choix de ces présents et leur don

s’expliquent par plusieurs motifs: 1º c’était l’usage, chez les anciens,

de ne jamais approcher d’un dieu ou d’un roi sans lui offrir des

présents; et les mages, qui venaient des confins de la Perse et de la

Chaldée, à l’endroit où coule le fleuve Saba (d’après l’_Histoire

scholastique_), apportaient les présents qu’avaient coutume d’offrir les

Perses et les Chaldéens; 2º d’après saint Bernard, l’or était destiné à

alléger la pauvreté de la Vierge, l’encens à effacer la mauvaise odeur

de l’étable, la myrrhe à consolider les membres de l’enfant en expulsant

les vers de ses intestins; 3º ces trois présents signifiaient la royauté

du Christ, sa divinité, et son humanité: car l’or sert pour le tribut

royal, l’encens pour le sacrifice divin, la myrrhe pour la sépulture des

morts; 4º enfin ces trois présents signifient ce que nous devons offrir

au Christ: car l’or est le symbole de l’amour, l’encens celui de la

prière, et la myrrhe symbolise la mortification de la chair.

Ayant adoré l’enfant Jésus, les mages, qu’un songe avait avertis de ne

point retourner auprès d’Hérode, s’en revinrent dans leurs pays par un

autre chemin. Leurs corps furent retrouvés par Hélène, mère de

Constantin, qui les transporta à Constantinople. Plus tard, saint

Eustorge les transporta à Milan, dont il était évêque, et les déposa

dans l’église qui appartient aujourd’hui à notre Ordre des Frères

prêcheurs. Mais lorsque l’empereur Henri s’empara de Milan, il fit

transporter les corps des mages, par le Rhin, à Cologne, où le peuple

les entoure d’une grande dévotion.

La légende dorée traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes, et un index alphabétique · 第 39 / 371 题