(26 décembre)
I. Etienne fut un des sept diacres ordonnés par les apôtres pour le
ministère sacré. On sait, en effet, que, le nombre des disciples se
multipliant, les chrétiens d’origine étrangère se mirent à murmurer
contre les chrétiens d’origine juive, parce que les veuves étaient
négligées dans le ministère quotidien. La cause de ces murmures peut
être comprise de deux façons: ou bien les veuves n’étaient pas admises
dans le ministère, ou bien encore elles y avaient trop de travail, les
apôtres leur ayant confié les soins matériels du culte afin de pouvoir
se consacrer entièrement à la prédication. Toujours est-il que les
apôtres, en présence de ce murmure, réunirent la foule des fidèles et
dirent: «Il n’est pas raisonnable que nous délaissions la prédication de
la parole de Dieu pour nous occuper des soins matériels et pour servir
aux tables. Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous qui aient
bonne réputation et qui soient pleins de l’Esprit-Saint, afin que nous
leur commettions cet emploi! Et ainsi nous pourrons continuer à nous
occuper de prier et de prêcher.» Cette proposition plut à toute
l’assemblée. On élut sept hommes, dont le premier était Etienne; et on
les présenta aux apôtres qui, après avoir prié, leur imposèrent les
mains.
Or, Etienne, plein de foi et de courage, faisait de grands miracles
parmi le peuple. Alors les Juifs, le jalousant et désirant se défaire de
lui, engagèrent la lutte contre lui de trois façons: en discutant avec
lui, en subornant de faux témoins contre lui, et en le torturant. Mais
lui, il eut le dessus dans la discussion: il convainquit de fausseté les
faux témoins, et il triompha de ceux qui le torturaient. Dans cette
triple lutte, il reçut du ciel un triple secours. Dans la discussion, il
reçut le secours de l’Esprit-Saint, qui lui donna la sagesse. Devant les
faux témoins, son visage revêtit une pureté angélique qui fit taire
leurs témoignages. Et dans la torture le Christ lui apparut, l’aidant à
supporter le martyre. Quant au détail du discours qu’il tint aux Juifs,
nous le trouvons énoncé tout au long au chapitre VII des _Actes des
Apôtres_.
Et comme les Juifs, entendant les paroles du saint, étaient transportés
de rage et le menaçaient, Etienne étant rempli du Saint-Esprit et tenant
les yeux levés au ciel, s’écria: «Voici, je vois les cieux ouverts et
Jésus assis à la droite de Dieu!» Alors ils poussèrent de grands cris et
se bouchèrent les oreilles, comme pour ne pas l’entendre blasphémer; et
ils se jetèrent tous ensemble sur lui, et, l’ayant traîné hors de la
ville, ils le lapidèrent. Et les deux faux témoins, qui avaient à lui
jeter la première pierre, ôtèrent leurs vêtements, soit pour éviter de
les souiller au contact d’Etienne, ou pour avoir plus de force; et ils
les mirent aux pieds d’un adolescent qui s’appelait Saul, et qui fut
plus tard saint Paul: de telle sorte que celui-ci, gardant les vêtements
de ceux qui lapidaient Etienne, pour les aider dans leur office, peut
être considéré comme ayant contribué lui-même à le lapider. Et pendant
qu’on le lapidait, Etienne priait, disant: «Seigneur Jésus, reçois mon
esprit!» Puis, s’étant mis à genoux, il cria à haute voix: «Seigneur, ne
leur impute pas à péché ce qu’ils font!» En quoi le martyr imitait le
Christ, qui, dans sa passion, avait prié d’abord pour soi, disant: «Mon
Père, je te livre mon âme!» et avait ensuite prié pour ses bourreaux,
disant: «Mon Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font!»
Et l’auteur des _Actes_ ajoute qu’après avoir ainsi parlé Etienne
«s’endormit dans le Seigneur». Expression belle et juste: car le saint
ne mourut pas, il «s’endormit» dans l’espoir de la résurrection.
Le martyre d’Etienne eut lieu l’année même de l’Ascension du Seigneur,
le troisième jour d’août. Saint Gamaliel et Nicodème, qui soutenaient
les intérêts des chrétiens dans tous les conseils des Juifs,
ensevelirent saint Etienne dans le champ dudit Gamaliel, et un grand
deuil eut lieu en son honneur; et une persécution violente s’éleva,
bientôt après, contre tous les chrétiens qui étaient à Jérusalem, à tel
point que tous durent se disperser dans les divers quartiers de la Judée
et de la Samarie, à l’exception des apôtres, qui, sans doute, allaient
au-devant de la mort au lieu de la fuir.
II. Saint Augustin rapporte que le bienheureux Etienne s’est illustré
par d’innombrables miracles: qu’il a six fois ressuscité des morts, et
guéri une foule de malades. Le même auteur rapporte qu’on avait coutume
de mettre des fleurs sur l’autel de saint Etienne, qui, placées ensuite
sur des malades, les guérissaient; et que les linges déposés sur
l’autel, et placés ensuite sur des malades, guérissaient en particulier
les maladies de la moelle. Au livre XXII de sa _Cité de Dieu_, il
raconte le miracle d’une femme aveugle qui fut rendue à la lumière par
le contact d’une fleur prise sur l’autel du saint. Il raconte aussi
l’histoire de l’un des hommes les plus considérables de la ville
d’Hippone, nommé Martial, qui était infidèle et refusait de se
convertir. Cet homme étant malade, son gendre, qui était chrétien, se
rendit à l’église de saint Etienne, y prit des fleurs sur l’autel, et
les posa en secret sous la tête de son beau-père. Et celui-ci, dès qu’au
petit jour il se réveilla, envoya chercher l’évêque. L’évêque se
trouvait absent, mais un prêtre vint chez Martial, et celui-ci demanda à
être baptisé. Et, aussi longtemps qu’il vécut, il répéta ces mots:
«Seigneur Jésus, reçois mon esprit!» sans se douter que c’étaient les
dernières paroles du bienheureux Etienne.
III. Autre miracle rapporté par saint Augustin. Certaine matrone nommée
Pétronie, qui souffrait depuis longtemps d’une grave maladie contre
laquelle tous les remèdes avaient échoué, s’avisa de consulter un Juif,
qui lui donna une bague ornée d’une pierre, lui disant de se l’appliquer
à nu sur le corps. Et Pétronie suivit le conseil, mais n’en retira aucun
bien. Elle se rendit alors à l’église du Premier Martyr, et demanda sa
guérison à saint Etienne. Aussitôt la bague du Juif, qu’elle avait
attachée par une corde passée autour de ses reins, tomba à terre, sans
que ni la corde ni la bague fussent rompues. Et, depuis cet instant, la
dame fut guérie.
IV. Autre miracle, non moins étonnant, rapporté par saint Augustin. A
Césarée de Cappadoce vivait une dame noble qui était veuve, mais qui
avait le bonheur d’avoir dix enfants, dont sept garçons et trois filles.
Or, un jour, la mère, se jugeant offensée par ses enfants, les maudit;
et aussitôt, sous l’effet de la malédiction maternelle, les dix enfants
furent frappés d’une même peine, la plus effroyable du monde. Ils se
virent atteints d’un tremblement de tous les membres qui ne se relâchait
ni le jour, ni la nuit. N’osant s’exposer à la vue de leurs concitoyens,
ils quittèrent la ville et se dispersèrent à travers le monde, attirant
partout sur eux l’attention générale. Deux d’entre eux, un frère et sa
sœur, nommés Paul et Palladie, arrivèrent ainsi à Hippone, et
racontèrent leur histoire à saint Augustin, qui était évêque de cette
ville. On était alors quinze jours avant Pâques, et les deux infortunés
se rendaient tous les matins à l’église de saint Etienne, suppliant le
saint d’avoir pitié d’eux. Or, le jour de Pâques, en présence de la
foule, Paul pénétra soudain dans la chapelle du saint, se prosterna
pieusement devant l’autel; et tout le monde le vit ensuite se relever
guéri; et il fut à jamais délivré de son tremblement. Puis sa sœur
Palladie entra à son tour dans la chapelle, et parut soudain frappée
d’un sommeil dont elle se réveilla tout à fait guérie. Le frère et la
sœur furent montrés à la foule, et de grandes actions de grâces furent
adressées à saint Etienne pour leur guérison.
Nous avons oublié de dire qu’Orose, revenant de chez saint Jérôme, avait
rapporté à saint Augustin des reliques de saint Etienne, et que ce sont
ces reliques qui ont opéré les miracles ci-dessus, et bien d’autres
encore.
V. Nous devons noter enfin que ce n’est pas le 26 décembre que saint
Etienne a subi le martyre, mais le 3 août, jour où l’Eglise fête
l’Invention de ce saint. Pourquoi cela se fait ainsi, c’est ce que nous
dirons quand nous aurons à parler de l’Invention de saint Etienne. Mais
disons, dès maintenant, que c’est pour une double cause que l’Eglise a
placé tout de suite après la Nativité du Seigneur les trois fêtes de
saint Jean l’Evangéliste, de saint Etienne et des saints Innocents.
D’abord, l’Eglise a voulu adjoindre au Christ ses premiers compagnons;
et la seconde cause est que l’Eglise a voulu réunir les trois genres de
martyres dans le voisinage de la naissance du Christ, qui est la raison
première de tous les martyres. Car il y a trois genres de martyres: le
premier à la fois de volonté et de fait, le second de volonté et non de
fait, le troisième de fait et non de volonté. Or le premier de ces
martyres a eu pour premier représentant saint Etienne, le second saint
Jean, et le troisième les saints Innocents.