HIPS ET GOLA

Il y avait près d’une heure que les Comanches et leurs trois compagnons

de race blanche couraient dans les sentiers naturels qui sillonnaient la

forêt. Il avait fallu tous les obstacles qui se dressent dans une course

de ce genre pour la prolonger ainsi. Mais, par là même, les bêtes

haletantes en avaient subi une fatigue plus grande, contraintes de

franchir tour à tour des ruisseaux et des fondrières, des haies et des

fourrés épineux.

La lisière du bois apparut enfin, au-delà de laquelle la plaine

recommençait, immense, à peine coupée, çà et là, d’autres bois

semblables.

Là était le péril pour les ravisseurs, là l’espoir pour les vaillants

qui s’étaient élancés à leur poursuite.

A peine le guerrier Comanche, escorté de Pitch et de Sourbin eut-il

débouché dans la prairie, que deux autres cavaliers sortirent du

couvert, emportés par un galop furieux.

Ceux-là, il était impossible de ne les point reconnaître. Ni Pitch, ni

Sourbin ne se trompèrent en les apercevant.

L’un des cavaliers était Georges Vernant, l’autre Wagha-na en personne.

Et derrière eux, deux autres encore apparaissaient, Joë O’Connor et

Sheen-Buck, suivis à leur tour par une dizaine des compagnons ordinaires

du Bison Noir.

La chasse se donnait en plaine cette fois. C’était à qui gagnerait de

vitesse.

Mais, de l’autre côté, l’Ours Gris se montrait, suivi d’une quinzaine de

ses plus braves guerriers. Parmi eux se dissimulait du mieux qu’il

pouvait l’Allemand Gisber Schulmann.

Pitch sentit son cœur se serrer. Il ne tenait pas absolument à une

rencontre.

Et comme il passait à côté de Léopold, il ne put s’empêcher de lui dire,

toujours courant:

--Décidément, monsieur Sourbin, il va y avoir bataille. Si vous m’en

croyez, gagnons de vitesse. L’occasion peut se retrouver et la vie vaut

mieux que l’argent. Je ne me soucie pas de laisser la mienne en ce

triste pays.

Il jeta les yeux autour de lui, et ce regard circulaire ne fit que

confirmer ses légitimes appréhensions.

Derrière lui, le Comanche faiblissait visiblement. Quoique de race très

pure et d’une rare vigueur, le mustang hoquetait et ne courait plus que

par soubresauts, par bonds inégaux et désordonnés.

Sourbin lui-même s’attardait. Mais la cause de ce retard était tout

autre que ne la supposait le Yankee.

Le cousin de Madeleine, en effet, n’avait rien à craindre pour lui-même

d’une bataille, du moins à l’heure présente, puisque les apparences

étaient pour lui. Ne se conformait-il pas aux prescriptions de Wagha-na?

Au lieu donc de presser sa fuite, le Français retenait sa bête, afin de

ne point perdre de vue l’Indien qui tenait toujours la pauvre Madeleine

renversée en travers de la selle. Le plan de Sourbin était très simple.

Il ne voulait pas laisser à Georges, au rival abhorré, le mérite d’avoir

sauvé l’orpheline. Ce serait lui-même, Léopold, qui brûlerait la

cervelle au Comanche, quand il jugerait le Canadien à bonne portée.

Quant à Georges, il n’arriverait sur le théâtre du combat que pour se

trouver aux prises avec Magua et les plus rapprochés de ses guerriers.

Ce n’était vraiment pas trop mal combiné, et Ulphilas Pitch, si fier de

son génie diplomatique, n’aurait certainement pas mieux imaginé le moyen

de jouer un double jeu.

Tandis que ces machiavéliques réflexions hantaient l’esprit de Léopold

Sourbin, Georges Vernant et Wagha-na gagnaient visiblement du terrain

sur leurs ennemis. Bientôt même il fut évident que l’un et l’autre des

deux hardis cavaliers arriveraient à temps pour sauver l’infortunée

jeune fille.

Car ils étaient merveilleusement montés l’un et l’autre. Hips et Gola,

que Georges et Wagha-na prenaient à tour de rôle, étaient des bêtes

fantastiques, possédant la vitesse et le fond inépuisable des chevaux

Arabes. Il n’était pas un seul des mustangs nés sur la terre d’Amérique

qui pût rivaliser avec ces coursiers prodigieux, les premiers-nés des

haras modèles que le Bison Noir avait installés lui-même au sein de ses

domaines.

Chaque élan des superbes animaux les rapprochait davantage de l’Indien

qui ne luttait plus que dans l’intention de permettre à son chef de

l’atteindre. Une fois, en se retournant sur la selle, il aperçut Georges

à moins de cent mètres de lui et l’idée lui vint de faire usage de son

arc. Mais gêné dans ses mouvements par le fardeau qu’il emportait, il

renonça sur-le-champ à cette tentative de défense.

Un second coup d’œil lui montra le jeune Canadien à quatre-vingts pas en

arrière. Il entendit le galop furieux de Hips sur ses talons et la voix

puissante du cavalier lui criant:

--Rends-toi, ou je fais feu!

Et il vit Georges debout sur les étriers, épaulant rapidement sa

carabine.

En même temps, Madeleine, par un effort désespéré, se redressa et

appela:

--A moi, Georges, à moi!

L’Indien se pencha sur sa prisonnière, et, se retournant sur sa selle

avec une prodigieuse adresse, présenta la jeune fille à la carabine déjà

couchée en joue.

Vernant redressa l’arme avec un rugissement de rage. C’eût été folie que

d’essayer de tirer en une aussi difficile position. Il pouvait tuer la

jeune fille en essayant de frapper le ravisseur.

Alors, se penchant sur l’encolure du cheval, il le flatta de la paume,

en prononçant de douces paroles, ainsi que le faisait Wagha-na lui-même.

Hips comprit-il ce langage? Il est certain que l’intelligence assez

restreinte du cheval acquiert, dans ses relations avec son cavalier

habituel, un accroissement de facultés qui peut paraître invraisemblable

à ceux qui ne connaissent que superficiellement les qualités du généreux

animal.

En cette circonstance, le coursier que montait Georges Vernant parut,

selon l’expression du poète «se conformer» à la pensée de son cavalier.

Changeant brusquement d’allure, comme s’il eût deviné que son rival le

mustang devait être battu par le fond plus encore que par la vitesse, il

prit un trot allongé, aussi soutenu qu’un galop de course, et fonça

obliquement sur le Comanche.

De l’autre côté, Gola, calquant ses mouvements sur ceux de Hips, prit

comme lui une course oblique de manière à enfermer l’Indien et Sourbin

dans un angle aigu.

Les deux cavaliers laissèrent faire leurs bêtes, comprenant qu’en ce

moment leur instinct valait mieux que toute direction calculée. Wagha-na

et Georges rendirent donc en même temps les rênes, et courbés sur le cou

de leurs chevaux, le revolver d’une main, la hache de l’autre,

s’apprêtèrent au combat.

Le sauvage détourna une fois encore la tête. Il vit Georges à cinquante

pas, Wagha-na à soixante. Alors, il se sentit perdu.

Sur sa droite, l’Ours Gris avait encore plus de deux cents mètres à

franchir avant de se retrouver à portée pour le secourir. Les autres

Indiens, malgré leur empressement, étaient encore à une très grande

distance pour pouvoir soutenir une lutte, d’ailleurs impossible entre

leur frère isolé et les deux redoutables champions qui le pressaient.

L’homme pouvait néanmoins se sauver. Il lui suffisait, en effet, de

laisser glisser Madeleine sur le sol. C’était à la fois décharger sa

bête d’un poids considérable et occuper assez longtemps l’attention de

ses ennemis pour s’accorder à lui-même le temps de prendre une sérieuse

avance.

Bien plus: il était croyable que le père et le fiancé de l’orpheline

borneraient là leur poursuite, n’ayant aucune raison de s’acharner

contre un adversaire désormais vaincu. D’ailleurs les soins à donner à

la prisonnière les contraindraient à faire retraite immédiatement vers

leur campement.

Toutes ces réflexions se présentèrent assurément à l’esprit du féroce

Indien, et ne les aurait-il pas conçues spontanément qu’il suffisait,

pour les lui suggérer, de l’appel pressant des deux hommes, lui criant:

--Rends-toi, et il ne te sera fait aucun mal. Tu seras libre!

Mais chez ces races demeurées primitives au sein de leur déchéance, les

passions sont aussi violentes que le cerveau est obtus et entêté.

L’instinct de la conservation ne fut pas le plus fort en cette âme de

brute. L’Indien, dominé par la haine de races, pensa que ce serait une

mort glorieuse qui le frapperait dans l’accomplissement de sa vengeance,

sur le cadavre d’une victime blanche.

Alors la rage du meurtre s’empara de lui, furieuse, irrésistible.

Il porta la main à sa ceinture et en tira son bowie-knife dont la large

lame brilla d’un sinistre éclair.

Ni Georges, ni le Bison Noir n’étaient assez rapprochés pour secourir la

jeune fille.

Heureusement pour la pauvre enfant, Léopold Sourbin était aux côtés de

l’Indien.

Il vit le danger que courait sa cousine et avec une spontanéité de

sentiment qui rachetait toutes ses violences passées, il ne songea qu’à

l’y arracher. Plus prompte encore que celle de l’Indien, sa main se

leva, armée du revolver que lui avait prêté Pitch, et le bras du

Comanche retomba brisé. La balle lui avait fracassé le poignet.

Un cri de douleur et de rage jaillit de la poitrine du sauvage. Le

couteau s’était échappé de ses doigts inertes.

Pourtant, il ne renonça point à sa vengeance. Sa main gauche s’abattit

sur le cou de l’orpheline renversée et s’y serra violemment.

Mais Madeleine, ressaisie par l’espoir de la délivrance, s’était

redressée. Elle repoussa convulsivement l’étreinte du misérable Indien

qu’elle rejeta sur le dos de sa selle. Une secousse du cheval épuisé la

jeta lourdement sur le sol de la prairie, où elle demeura sans

mouvement.

En ce moment, Georges arrivait à la hauteur du Comanche. Vivement il

tira sur le mors, au risque de se désarçonner lui-même. L’animal

s’arrêta court et le cavalier sauta rapidement à terre. Il releva la

jeune fille meurtrie et la plaça sur le dos de Hips, fumant et haletant.

Madeleine, par bonheur, n’avait pas perdu connaissance. Bien que

fortement contusionnée, elle put se tenir assez droite, pendant que

Georges, tenant le cheval par la bride, la carabine au poing, battait en

retraite dans la direction du secours amené par Joë et Sheen-Buck.

--Déjà Wagha-na l’avait rejoint et s’informait avec sollicitude auprès

de Madeleine des conséquences de sa terrible chevauchée. Elle le rassura

d’un sourire et, malgré son extrême lassitude, put affirmer qu’elle

n’avait ni blessures ni lésions internes.

Mais ce n’était là qu’une demi-victoire ou, plutôt, un avantage

momentané, la première manche seulement d’une effrayante partie que

l’ennemi pouvait encore gagner grâce à la supériorité du nombre.

En effet, le Comanche, malgré sa blessure, paraissait disposé à revenir

au combat, soutenu par l’Ours Gris et les compagnons. Plus que toute

autre cause, la honte de son échec, jointe à la prévision des furieux

reproches qu’allait lui adresser son chef, le poussait à cette

résolution désespérée, si fort en désaccord avec l’ordinaire prudence de

ses pareils.

Cependant Sourbin avait, lui aussi, battu en retraite et recevait

maintenant les chaudes félicitations de Georges et de Wagha-na. Ce

dernier lui avait même tendu la main, avec ces paroles de haute estime:

--Je vous sais un gré infini de ce que vous avez fait là, Monsieur. Vous

avez exécuté à la lettre le programme que je vous avais tracé. Ce n’est

point votre faute si nous ne sommes pas arrivés plus tôt.

Madeleine au contraire, la plus intéressée, n’avait fait preuve d’aucun

enthousiasme.

Elle avait dit simplement au Français avec une assez dédaigneux accent:

--Je vous remercie, mon cousin. De votre part, cela me touche davantage.

Et cette froideur visible avait impressionné si vivement ses deux amis,

qu’ils en étaient devenus subitement silencieux.

Wagha-na se retourna vers la plaine. Il vit l’Ours Gris et ses hommes à

moins de cinquante mètres de lui.

--Allons, Messieurs, dit-il, ils sont dix, nous sommes trois. La partie

est égale.

C’était le mot héroïque de Changarnier pendant la retraite de

Constantine.

--Madeleine, demanda-t-il à la jeune fille, aurais-tu la force de courir

jusqu’à la rencontre des nôtres?

Il montrait Joë O’Connor et Sheen-Buck encore à deux cents mètres d’eux.

Elle répondit:

--Pourquoi ne resterais-je pas avec vous?

--Parce que, répondit Wagha-na, nous allons faire usage de nos fusils.

Cela nous permettra d’arrêter ces coquins le temps nécessaire à assurer

ta fuite.

Elle comprit et n’insista pas. On lui donna le cheval de Sourbin, le

moins bon, parce qu’il faudrait peut-être, dans un instant, recourir aux

jambes des deux autres pour emporter Léopold lui-même.

Tout cela s’était accompli en moins de temps qu’il n’en faut pour le

dire. Les Comanches n’étaient plus qu’à trente mètres.

Wagha-na et Georges s’étaient abrités derrière Hips et Gola, placés tête

contre tête. Ils avaient appuyé leurs armes sur les selles, ne voulant

perdre aucune balle. Georges visa le Comanche blessé, Wagha-na le chef

lui-même.

Un double coup de feu éclata. Le Comanche roula sous son cheval, l’Ours

Gris passa par-dessus la tête du sien qui venait de s’abattre, le cœur

broyé.

--Encore! commanda le Bison Noir.

Et, comme les magasins étaient suffisamment garnis, deux nouveaux

cavaliers ennemis vidèrent les arçons.

Les six autres jugèrent le péril trop grand. Ils croyaient leur chef

tué. Ils se mirent donc à fuir sans nulle honte.

Mais Magua, qui n’était pas même blessé, s’était dégagé des étriers. Il

avait saisi la monture d’un de ses guerriers morts; et, maintenant, avec

une incontestable bravoure, il s’avançait, au pas de sa bête, prodiguant

d’héroïques défis à ses adversaires.

--Wagha-na est un lâche qui a perdu les mœurs de sa race. Il est né

d’une chienne domestiquée par les blancs pour faire la chasse aux

Rouges. Il se cache derrière son cheval et il se fie à sa carabine,

parce que le plomb des visages pâles va plus loin que les flèches des

fils aînés du Grand Esprit. Mais il n’oserait affronter le tomahawk d’un

homme libre.

Wagha-na se tourna une fois encore vers les deux extrémités de la

plaine.

D’un côté, il vit Madeleine hors de la portée des traits et déjà

recueillie par le petit groupe des Sioux qui avaient suivi Sheen-Buck et

O’Connor. De l’autre, il aperçut les Comanches immobiles. Ils avaient

arrêté leur course et, accompagnés de Pitch et de Schulmann, rejoints

par un plus grand nombre des leurs, ils assistaient de loin à la suprême

bravade de leur chef.

Le Pawnie mit le pied à l’étrier et mit Gola face à l’Ours Gris.

--Que faites-vous? demanda Georges Vernant avec stupeur.

Wagha-na sourit:

--Vous le voyez; je vais répondre aux provocations de ce brave.

Le jeune Canadien ne put se défendre d’un étonnement qui ressemblait à

un reproche.

--Vous n’y pensez pas? s’écria-t-il. Exposer votre vie dans un duel de

cette nature, vous, le chef, le créateur, l’inspirateur de la belle

œuvre que vous avez jusqu’ici menée à bonne fin? Permettez-moi de vous

le dire: c’est plus que de l’imprudence. C’est une faute que vous

commettez.

--Non, mon cher Georges. C’est précisément mon œuvre que j’entends

poursuivre et servir en cette circonstance.

En combattant contre cet homme qui, d’ailleurs, mérite mieux qu’un coup

de fusil, je joue une belle partie. Je vais lui demander pour enjeu

l’obéissance de sa tribu.

--Laissez-moi, au moins, combattre à votre place. Ma vie n’est pas

précieuse comme la vôtre.

--Non, encore une fois. A quel titre réclameriez-vous l’obéissance de

ces Indiens qui, d’ailleurs, ne vous l’accorderaient pas? Moi, au

contraire, en combattant cet homme à armes égales, à la manière

indienne, j’ai le droit d’exiger de lui une mise de jeu. C’est la règle

ordinaire des défis et des combats singuliers chez ceux de notre sang.

Il ajouta du même ton paisible, avec le même sourire de sereine

confiance:

--Soyez sans inquiétude! J’ai encore quelque vigueur et j’ai terrassé

des ennemis bien autrement redoutables que ce garçon-là qui n’a pour lui

que son courage, très réel, mais insuffisant.

Georges Vernant ne s’opposa plus au désir du Bison Noir. Mais, n’ayant

pas les mêmes scrupules que son ami, redoutant quelque trahison de la

part des assistants, il se remit lui-même en selle, prêt à porter

secours au père adoptif de Madeleine.

Celui-ci, remettant son revolver dans les fontes, s’était défait de sa

carabine qu’il avait laissée aux mains de Sourbin, spectateur ému du

duel épique qui se préparait, et auquel l’émotion ôtait la parole. Il ne

conservait que sa hache et le long poignard, armes familières aux

Indiens dans leurs combats singuliers.

Cela fait, il poussa Gola à la rencontre du chef Comanche et, arrivé à

dix pas de lui, leva la main droite, signe de parlementaire, réclamant

ainsi l’attention de ses ennemis pris comme auditeurs.

--Moi, Jean Wagha-na, le Bison Noir, commença-t-il, né de votre sang,

car le sang des Hommes Rouges est le même pour toutes les tribus qui se

font une guerre impie, je déclare que je n’ai jamais fait la guerre à

mes frères, que je les ai soutenus, aidés, défendus, de mon bien et de

mon bras contre toutes les exigences injustes, que j’ai essayé de les

réunir en un seul peuple, que si j’ai repoussé par la force l’agression

des Comanches, c’est parce qu’ils ont refusé de m’entendre et qu’ils

m’ont attaqué les premiers.

Je déclare au surplus que, même à l’heure présente, je ne cherche point

la querelle, que je n’élève aucune prétention et que j’ai simplement

repris à des mains criminelles ma fille que l’on voulait me ravir.

--Les mains criminelles, ce sont les mains de Wagha-na le traître,

interrompit Magua en grinçant des dents. Tu n’oses point accepter le

combat avec l’homme qui vaut mieux que toi.

Gola fit encore un pas en avant, et le Bison Noir, se dressant sur les

étriers, apostropha directement son ennemi.

--Chien, lui cria-t-il, je suis prêt à te châtier de ton insolence. Mais

quel gage m’offres-tu de ta bonne foi? Voici le mien. Pour toi, ordonne

à ceux qui te suivent de se soumettre à moi si tu es vaincu dans la

lutte.

L’Ours Gris eut un sourd grondement de colère au moment où, joignant

l’action à la parole, le Pawnie jeta sur le sol une bourse largement

garnie de bank-notes. Il y en avait pour cent milles dollars, ainsi que

le fit voir Wagha-na.

--Tu m’estimes au-dessous de ma valeur, rugit le Comanche, dont les yeux

brillaient de convoitise.

--Combien t’estimes-tu toi-même? demanda le Pawnie.

L’autre eut un geste d’orgueilleuse jactance et répondit d’une voix

éclatante.

--Deux millions de dollars.

--Allons! fit Wagha-na, tu n’es brave qu’en paroles et tu veux éviter le

combat. Je double la somme.

Et, tirant de son sac de cuir une seconde liasse, il l’envoya rejoindre

la première dans l’herbe.

Les derniers Hommes Rouges: Roman d'aventures · 第 28 / 33 题