CHAPITRE XIV

I. Commerce du Japon avec l’étranger: habutai, kaiki, soieries.--II.

Exportation du thé.--III. Exportation du riz.--IV. Charbon japonais.--V.

Cuivre.--VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII.

Importation: coton brut, lainages; mousselines de laine; la situation de

la France relativement à l’importation de ce dernier article; riz

d’Indo-Chine; métaux; machines.--IX. Importation française.--X. Le

commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties pour les ports

principaux.--XII. Marine marchande japonaise à vapeur.--XIII. Bateaux

français.--XIV. Tarif douanier.

I.--Le commerce du Japon avec l’étranger consiste surtout en

exportations de soies; soies grèges qui sont dirigées vers les

États-Unis, la France et l’Italie; déchets de soie qui ne sont guère

achetés que par la France; _habutai_ qui vont en France, aux États-Unis,

en Angleterre, aux Indes anglaises, en Australie; pongés glacés ou

_kaiki_ achetés par les États-Unis, et, enfin, mouchoirs de soie qui

vont aux États-Unis et en Angleterre.

L’_habutai_ ou pongé est fabriqué principalement dans six provinces du

Japon qui sont généralement des lieux de production de la soie.

Echizen, dont la capitale est Fukui, est le centre du commerce et le

lieu d’inspection des tissus après les opérations du décreusage.

En raison de l’importance des transactions, et du peu de confiance qu’il

est possible d’accorder aux marchands intermédiaires, surtout au point

de vue des contrats, qu’ils acceptent, et dont ils n’effectuent pas

livraison, si les cours leur deviennent défavorables; un certain nombre

de maisons européennes ont leurs propres installations à Fukui et

procèdent par elles aux achats. Les tissus sont offerts dans les ventes

à l’encan ayant lieu journellement, et, dans plusieurs parties de la

ville, ils deviennent, naturellement, la propriété du plus offrant; les

cours subissent des variations fréquentes, reflétant d’ailleurs assez

facilement le rapport entre l’offre et la demande.

Le nombre des métiers, existant à Fukui et dans les faubourgs, était à

la fin de décembre 1904, de 19.959, et la production, du 1er juillet

1904 au 30 juin 1905, a été d’environ 1.200.000 pièces, soit une moyenne

de 60 pièces par métier pour une période de douze mois.

On peut dire, qu’au moment de la saison, 4.000 ou 5.000 pièces arrivent

chaque jour sur le marché, et, grâce aux organisations spéciales des

banques locales, consentant des avances généreuses sur les tissus

fabriqués qui leur sont remis en nantissement, les paiements peuvent

être effectués au comptant et pour ainsi dire à l’instant même où la

marchandise passe en d’autres mains. Des organisations analogues

existent aussi dans les autres provinces.

Le district de Kaga, dont la capitale est Kanazawa, ville importante

comptant plus de 200.000 habitants, ne fabrique que les qualités

légères, et plus de la moitié de sa production est destinée aux

États-Unis d’Amérique, qui, en raison du prix élevé des douanes,

recherchent plus spécialement des tissus légers.

Les pièces les mieux fabriquées atteignent des prix très élevés,

comparativement aux autres, en raison de ces achats pour le compte de

l’Amérique, où les tissus de qualité ordinaire ne trouvent qu’un faible

écoulement. On comprend donc que les tisseurs apportent tous leurs soins

à maintenir et améliorer leur fabrication qui, d’une façon générale, est

soignée.

La province de Kaga compte 14.500 métiers et la production a été, de

1904 à 1905, de 750.000 pièces.

Toyama, dans la province d’Etchu, est un centre de fabrication de

moyenne importance; on y compte 5.500 métiers avec une production

annuelle de 150.000 pièces;

Uzen, 1.200 métiers; production annuelle 42.000 pièces.

Les tissus fabriqués dans la province de Kawamata s’étaient acquis, dans

ces dernières années, une mauvaise réputation par le fait de la charge

que l’on faisait, dans la plupart des cas, subir aux pièces après

décreusage. Pour atteindre ce but, on les laissait séjourner dans un

bain à base de magnésie, l’augmentation de poids variant, en rapport

direct, avec la durée de l’opération. C’est ainsi que l’on arrivait à

charger les tissus jusqu’à 40 pour 100 en plus de leur poids de soie

pure.

Il est nécessaire d’ajouter que ce traitement ne donnait aucune qualité

aux étoffes, en altérait au contraire complètement le brillant et

n’avait d’autre but que de tromper l’acheteur. De pareils procédés ne

devaient pas tarder à nuire au commerce de cette région; aussi sa

production arriva-t-elle à être tellement délaissée que, se rendant

compte de la gravité de la situation, le Gouvernement provincial

décréta, en novembre 1904, qu’à dater du 1er avril 1905, aucune pièce ne

serait vendue autrement que pure. Des mesures sévères ayant été

adoptées, les nouveaux règlements sont maintenant correctement observés.

La province de Kawamata compte 5.300 métiers avec une production

relativement importante de 260.000 pièces.

Joshu fut le berceau de l’habutai; c’est là, en effet, que quelques

pièces d’un article similaire, fabriqué en Chine, furent, pour la

première fois, imitées au Japon, il y a environ vingt-cinq ans, et les

autres provinces, en présence de la demande, s’emparant peu à peu des

procédés de leurs voisins, et les modifiant, suivant leurs capacités,

arrivèrent à créer cette industrie considérable.

Le Joshu est, en même temps, un centre très important pour la

fabrication des étoffes de soie employées pour kimonos japonais.

Sans tenir compte des métiers appliqués à ce dernier genre, on trouve

qu’il existe dans cette région:

L'Empire Japonais et sa vie économique · 第 27 / 70 题