VALERIE.

A l’autel de Vesta je n’irai plus prier!

Mes mains n’oseront plus lui porter une offrande;

Des novices déjà j’ai quitté la guirlande;

Déjà loin de mon front le saint voile est jeté.

Mes accens n’auront plus assez de pureté

Pour chanter avec vous l’hymne de la déesse.

Je n’obéirai plus à la grande prêtresse.

Quand tes soins veilleront auprès du feu sacré,

Une autre t’offrira le cèdre préparé,

L’huile sainte, les fleurs, l’encens des sacrifices,

Ou des riches moissons les fécondes prémices;

Et, lorsque de mes jours s’éteindra le flambeau,

Si, loin de cet azile, on m’élève un tombeau,

Le lis, emblème pur des jours d’une Vestale,

Ne protégera point ma cendre virginale!

C’en est fait! je vous quitte; ô mes heureuses sœurs,

Que votre sort obscur m’offrirait de douceurs!

Rien de vos sentimens n’allarme l’innocence;

Le seul qu’on vous permette est la reconnaissance;

Votre cœur en jouit sans remords, sans combats;

Au nom que vous aimez vous ne rougissez pas!

Toi, de pressentimens tu n’es point poursuivie:

Tu connais en un jour tous les jours de ta vie;

Ton ame est sans regret, comme sans avenir,

Pour toi le présent même est un doux souvenir.

Mais moi, sans implorer la Déesse chérie,

Exilée à jamais du Temple, ma patrie,

Des piéges qu’on ignore en ce chaste séjour

Qui défendra mon cœur?

Essais poétiques · 第 16 / 27 题