Ce fleuve qui entraîne tout, n’entraîne pas sitôt une
telle mémoire, elle est consacrée à l’immortalité.
(Mme DE SÉVIGNÉ. _Lettre sur la mort de Turenne._)
O divin Ossian, chantre des demi Dieux,
Toi dont les vers mélodieux
Autrefois charmaient son oreille,
Pour chanter ce héros que la mort te réveille.
Ce guerrier, ce colosse éclatant de splendeur,
Il est tombé..... sans ébranler la terre!
Sans l’écraser du poids de sa grandeur;
Comme un cèdre oublié sur le roc solitaire.
Fils de Fingal, saisis ta harpe d’or,
Rassemble autour de toi les vainqueurs d’Inistor;
Que tous enfin, portés par les orages,
Ouvrent le palais des nuages
Au guerrier qui repose encor[1].
Devant ce roi déchu, héros, courbez vos têtes;
Qu’il retrouve son sceptre et commande aux tempêtes;
Que sa voix dans les cieux appelle ses amis
Et ses nobles soldats dans la poudre endormis.
Et vous, filles d’Odin, livrez-vous à la joie;
Déployez dans les airs vos voiles onduleux,
Et venez enlever sur un char nébuleux
Le nouveau Dieu que la mort vous envoie.
Et toi, son compagnon, réduit à le pleurer,
Sur la terre d’exil il te faut demeurer:
Si quelqu’envieux de sa gloire
Voulait insulter sa mémoire,
Et lui ravir son rang dans la postérité,
Qu’au moins son ami reste encore
Pour surveiller l’éblouissante aurore
De sa belle immortalité.
Mais nos vœux sont remplis!... Déjà le ciel se couvre;
La foudre a réveillé l’écho de la forêt;
La nue ardente, à mes regards s’entr’ouvre,
Et sa grande ombre m’apparaît!
Vers son trône d’azur, je le vois qui s’élance!
Dieux! Quels cris des tombeaux ont troublé le silence?
Pourquoi de toutes parts des cercueils entr’ouverts?
Quels feux étincelans ont chassé les ténèbres?
Pourquoi ces morts, quittant leurs vêtements funèbres,
D’armes et de lauriers se sont-ils recouverts?
Dans leur prison de marbre ils ne sont plus esclaves;
La mort du général a délivré les braves;
Sa main vient de briser les chaînes du trépas;
Dans les chemins du ciel, comme dans les combats,
Son aigle guide encor ses compagnons de gloire;
Tous se sont retrouvés; et le roi des concerts[2]
Par des chants belliqueux célèbre dans les airs
Du soldat rédempteur la dernière victoire.
_Juillet 1821._