CXXXVIII

Quand ma maîtresse jure qu'elle n'est que vérité, je la crois, quoique

je sache qu'elle ment; afin qu'elle me prenne pour un jeune adolescent

encore ignorant des fausses subtilités du monde. De même je crois à tort

qu'elle me croit jeune, bien qu'elle sache que mes beaux jours sont

loin; je me fie simplement à sa langue trompeuse. Ainsi des deux côtés

nous supprimons la simple vérité. Mais pourquoi ne dirait-elle pas

qu'elle n'est pas véridique? Et pourquoi ne dirais-je pas que je suis

vieux? Oh! l'amour fait bien mieux de prétendre à une entière vérité, et

le vieillard amoureux n'aime pas qu'on parle de son âge. Je lui mens, et

elle me ment, et nos mensonges viennent nous flatter dans nos défauts.

Sonnets. Volume 8 · 第 137 / 154 题