Quand ma maîtresse jure qu'elle n'est que vérité, je la crois, quoique
je sache qu'elle ment; afin qu'elle me prenne pour un jeune adolescent
encore ignorant des fausses subtilités du monde. De même je crois à tort
qu'elle me croit jeune, bien qu'elle sache que mes beaux jours sont
loin; je me fie simplement à sa langue trompeuse. Ainsi des deux côtés
nous supprimons la simple vérité. Mais pourquoi ne dirait-elle pas
qu'elle n'est pas véridique? Et pourquoi ne dirais-je pas que je suis
vieux? Oh! l'amour fait bien mieux de prétendre à une entière vérité, et
le vieillard amoureux n'aime pas qu'on parle de son âge. Je lui mens, et
elle me ment, et nos mensonges viennent nous flatter dans nos défauts.