XCIX

Et je grondais ainsi la précoce violette. Charmante voleuse, où as-tu

dérobé ton doux parfum, si ce n'est au souffle de mon amour? Tu as trop

vivement coloré dans ses veines l'orgueil qui rougit ta douce joue. Je

reprochais au lis d'avoir emprunté ta main, et aux boutons de marjolaine

d'avoir volé tes cheveux; les roses tremblaient sur les épines, l'une

rouge de honte, l'autre blanche de désespoir; une troisième, ni rouge ni

blanche, avait pris un peu des deux autres, et à son larcin elle avait

ajouté ton souffle embaumé; mais pour la punir, dans l'orgueil de toute

sa beauté, une chenille envieuse la dévorait. J'ai vu beaucoup d'autres

fleurs, mais je n'en ai pas vu une seule qui ne t'eût dérobé son parfum

ou sa couleur.

C

Où donc es-tu, muse, toi qui oublies si longtemps de parler, de ce qui

te donne toute ta puissance? Dépenses-tu ta vigueur pour quelque sujet

indigne, et diminues-tu ta force, en la prêtant à quelque chant frivole

et vil? Reviens, muse oublieuse, et répare bien vite par de doux accents

un passé si mal employé; chante pour l'oreille qui estime tes vers et

qui donne à ta plume du talent et de la puissance. Lève-toi, muse

oisive, et regarde si le Temps a gravé quelque ride sur le doux visage

de mon bien-aimé. S'il y en a une seule, fais la satire de la décadence,

fais mépriser partout les ravages du temps. Donne à mon amour une

renommée plus prompte que le Temps n'use la vie; tu pourras ainsi

arrêter sa faux et son couteau recourbé.

Sonnets. Volume 8 · 第 99 / 154 题