XCII

Mais fais tout ce que tu pourras pour te dérober à moi, jusqu'au terme

de ma vie je suis assuré de te posséder, et la vie ne durera pas pour

moi plus que ton amour, car elle dépend de cet amour. Je n'ai donc pas à

craindre la pire des souffrances, puisque ma vie doit finir avec la

moindre. Je sais qu'un état meilleur que celui qui dépend de ton caprice

m'est réservé. Tu ne saurais me troubler par ton esprit inconstant,

puisque ma vie repose sur ta révolte. Oh! quel bonheur est le mien,

heureux d'avoir ton amour, heureux de mourir! Mais qu'y a-t-il d'assez

complétement beau pour ne pas craindre une souillure? Tu peux me trahir,

sans que j'en sache rien.

Sonnets. Volume 8 · 第 92 / 154 题