Prévoyant le temps où mon ami sera devenu ce que je suis maintenant,
lorsque la cruelle main du Temps l'aura usé et écrasé, lorsque les
heures en s'écoulant auront épuisé son sang, et couvert son front de
lignes et de rides, lorsque la matinée de sa jeunesse en sera venue à la
nuit déclinante de la vieillesse, lorsque toutes ces beautés dont il est
maintenant roi s'évanouiront ou se seront évanouies à ses yeux en
emportant le trésor de son printemps, je le fortifie d'avance contre le
cruel couteau de l'âge destructeur, afin qu'il ne puisse enlever de la
mémoire la beauté de mon ami bien-aimé, quel que soit son pouvoir sur sa
vie. Sa beauté subsistera encore dans ces lignes noires, elles vivront
et lui en elles dans toute leur fraîcheur.