LXIII

Prévoyant le temps où mon ami sera devenu ce que je suis maintenant,

lorsque la cruelle main du Temps l'aura usé et écrasé, lorsque les

heures en s'écoulant auront épuisé son sang, et couvert son front de

lignes et de rides, lorsque la matinée de sa jeunesse en sera venue à la

nuit déclinante de la vieillesse, lorsque toutes ces beautés dont il est

maintenant roi s'évanouiront ou se seront évanouies à ses yeux en

emportant le trésor de son printemps, je le fortifie d'avance contre le

cruel couteau de l'âge destructeur, afin qu'il ne puisse enlever de la

mémoire la beauté de mon ami bien-aimé, quel que soit son pouvoir sur sa

vie. Sa beauté subsistera encore dans ces lignes noires, elles vivront

et lui en elles dans toute leur fraîcheur.

Sonnets. Volume 8 · 第 63 / 154 题