Si tu survis à la carrière qui me suffira, lorsque l'avare mort couvrira
mes ossements de poussière, s'il t'arrive par hasard de relire encore
une fois les pauvres et rudes vers de ton amant défunt, compare-les avec
les progrès du temps, et lors même que toutes les plumes les auraient
surpassés, conserve-les à cause de mon amour, non à cause de leurs
rimes, que la valeur d'hommes plus heureux a dépassées. Accorde
seulement cette pensée affectueuse, «si la muse de mon ami avait grandi
avec les progrès de ce temps, son amour eût enfanté des choses plus
précieuses que celles-ci, pour marcher d'un même accord dans un meilleur
équipage, mais puisqu'il est mort, et qu'il se trouve de meilleurs
poëtes que lui, je les lirai en l'honneur de leur style, et lui en
l'honneur de son amour.»