XIII

O si vous étiez vous-même! Mais, bien-aimée, vous n'êtes à vous que tant

que vous vivrez ici-bas. Vous devriez vous préparer à cette fin qui vous

menace, et donner à quelque autre votre douce ressemblance. Alors cette

beauté que vous tenez à bail ne connaîtrait point de terme; alors vous

resteriez vous-même, après votre décès, lorsque votre belle postérité

reproduirait votre belle image. Qui pourrait laisser une si noble

demeure tomber en ruine, lorsque les soins pourraient la maintenir en

honneur malgré les orages et les vents des jours d'hiver, malgré la rage

stérile des frimas éternels de la mort? Oh! personne! sinon de mauvais

administrateurs. Mon cher amour, vous savez que vous avez eu un père,

que votre fils en dise autant.

Sonnets. Volume 8 · 第 14 / 154 题