FABIO, seul.
Je suis fatigué de voir la tête de ce coquin faire ombre sur mon
amour; mais, Dieu merci, ce messager va me devenir inutile. Qu'a-t-il
fait, d'ailleurs, que de remettre adroitement mes billets et mes
fleurs, qu'on avait longtemps repoussés? Allons, allons, l'affaire a
été habilement conduite et touche à son dénoûment... Mais pourquoi
suis-je donc si morose ce soir, moi qui devrais nager dans la joie et
frapper ces dalles d'un pied triomphant? N'a-t-elle pas cédé un peu
vite, et surtout depuis l'envoi de mes présents?... Bon, je vois les
choses trop en noir, et je ne devrais songer plutôt qu'à préparer ma
rhétorique amoureuse. Il est clair que nous ne nous contenterons pas
de causer amoureusement sous les arbres, et que je parviendrai bien à
l'emmener souper dans quelque hôtellerie de Chiaia; mais il faudra être
brillant, passionné, fou d'amour, monter ma conversation au ton de mon
style, réaliser l'idéal que lui ont présenté mes lettres et mes vers
... et c'est à quoi je ne me sens nulle chaleur et nulle énergie...
J'ai envie d'aller me remonter l'imagination avec quelques verres de
vin d'Espagne.