CRESPY EN VALOIS

Trois heures plus tard, nous arrivons à Crespy. Les portes de la

ville sont monumentales et surmontées de trophées dans le goût du

xviie siècle. Le clocher de la cathédrale est élancé, taillé

à six pans et découpé à jour comme celui de la vieille église de

Soissons.

Il s'agissait d'attendre jusqu'à huit heures la voiture de

correspondance. L'après-dînée, le temps s'est éclairci. J'ai admiré les

environs assez pittoresques de la vieille cité valoise, et la vaste

place du marché que l'on y crée en ce moment. Les constructions sont

dans le goût de celles de Meaux. Ce n'est plus parisien, et ce n'est

pas encore flamand. On construisait une église dans un quartier signalé

par un assez grand nombre de maisons bourgeoises.--Un dernier rayon

de soleil, qui teignait de rose la face de l'ancienne cathédrale, m'a

fait revenir dans le quartier opposé. Il ne reste malheureusement que

le chevet. La tour et les ornements du portail m'ont paru remonter

au xive siècle.--J'ai demandé à des voisins pourquoi l'on

s'occupait de construire une église moderne, au lieu de restaurer un si

beau monument.

--C'est, m'a-t-on dit, parce que les bourgeois ont principalement leurs

maisons dans l'autre quartier, et cela les dérangerait trop de venir à

l'ancienne église... Au contraire, l'autre sera sous leur main.

--C'est, en effet, dis-je, bien plus commode d'avoir une église à sa

porte; mais les vieux chrétiens n'auraient pas regardé à deux cents

pas de plus pour se rendre à une vieille et splendide basilique.

Aujourd'hui, tout est changé, c'est le bon Dieu qui est obligé de se

rapprocher des paroissiens!...

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 204 / 254 题