En passant à gauche du marché aux poissons, où l'animation ne commence
que de cinq à six heures, moment de la vente à la criée, nous avons
remarqué une foule d'hommes en blouse, en chapeau rond et en manteau
blanc rayé de noir, couchés sur des sacs de haricots... Quelques-uns
se chauffaient autour de feux comme ceux que font les soldats qui
campent, d'autres s'allumaient des _foyers_ intérieurs dans les
cabarets voisins. D'autres, encore debout près des sacs, se livraient
à des adjudications de haricots... Là, on parlait prime, différence,
couverture, reports, hausse et baisse, enfin comme à la bourse.
--Ces gens en blouse sont plus riches que nous, dit mon compagnon. Ce
sont de faux paysans. Sous leur roulière ou leur bourgeron, ils sont
parfaitement vêtus et laisseront demain leur blouse chez le marchand de
vin pour retourner chez eux en tilbury. Le spéculateur adroit revêt la
blouse comme l'avocat revêt la robe. Ceux de ces gens-là qui dorment
sont les _moutons,_ ou les simples voituriers.
--46-66 l'haricot de Soissons! dit près de nous une voix grave.
--48, fin courant, ajouta un autre.
--Les suisses blancs sont hors de prix.
--Les nains 28.
--La vesce à 13-34... Les _flageolets_ sont mous, etc.
Nous laissons ces braves gens à leurs combinaisons. Que d'argent il se
gagne et se perd ainsi!... Et l'on a supprimé les jeux!