SAINTE-PÉLAGIE EN 1831

Ces souvenirs ne réussiront jamais à faire de moi un Silvio Pellico,

pas même un Magallon... Peut-être ai-je moins pourri dans les cachots

que bien des gardes nationaux litéraires de mes amis; cependant,

j'ai eu le privilège d'émotions plus variées; j'ai secoué plus de

chaînes, j'ai vu filtrer le jour à travers plus de grilles; j'ai été

un prisonnier plus sérieux plus considérable; en un mot, si à cause de

_mes prisons_ je ne me suis point posé sur un piédestal héroïque, je

puis dire que ce fut pure modestie de ma part.

L'aventure remonte à quelques années; les _Mémoires de M. Gisquet_

viennent de préciser l'époque dans mon souvenir; cela se rattache,

d'ailleurs, à des circonstances fort connues; c'était dans un certain

hiver où quelques artistes et poëtes s'étaient mis à parodier les

soupers et les nuits de la Régence. On avait la prétention de s'enivrer

au cabaret; on était raffiné, truand et talon rouge tout à la fois. Et

ce qu'il y avait de plus réel dans cette réaction vers les vieilles

mœurs de la jeunesse française, c'était, non le talon rouge, mais le

cabaret et l'orgie; c'était le vin de la barrière bu dans des crânes

et chantant la ronde de _Lucrèce Borgia;_ au total, peu de filles

enlevées, moins encore de bourgeois battus; et, quant au guet, formulé

par des gardes municipaux et des sergents de ville, loin de se laisser

_charger_ de coups de bâton et de coups d'épée, il comprenait assez mal

la couleur d'une époque illustre, pour mettre parfois les soupeurs au

violon, en qualité de simples tapageurs nocturnes.

C'est ce qui arriva à quelques amis et à moi, un certain soir où la

ville était en rumeur par des motifs politiques que nous ignorions

profondément; nous traversions l'émeute en chantant et en raillant,

comme les épicuriens d'Alexandrie (du moins, nous nous en flattions).

Un instant après, les rues voisines étaient cernées, et, du sein

d'une foule immense, composée, comme toujours, en majorité de simples

curieux, on extrayait les plus barbus et les plus chevelus, d'après

un renseignement fallacieux qui, à cette époque, amenait souvent de

pareilles erreurs.

Je ne peindrai pas les douleurs d'une nuit passée _au violon;_ à l'âge

que j'avais alors, on dort parfaitement sur la planche inclinée de ces

sortes de lieux; le réveil est plus pénible. On nous avait divisés;

nous étions trois sous la même clef au corps de garde de la place du

Palais-Royal. Le violon de ce poste est un véritable cachot, et je

ne conseille à personne de se faire arrêter de ce côté. Après avoir

probablement dormi plusieurs heures, nous nous réveillâmes au bruit qui

se faisait dans le corps de garde; du reste, nous ne savions s'il était

jour ou nuit.

Nous commençâmes par appeler; on nous enjoignit de nous tenir

tranquilles. Nous demandions d'abord à sortir, puis à déjeuner, puis à

fumer quelques cigares: refus sur tous ces points; ensuite personne ne

songea plus à nous; alors, nous agitons la porte, nous frappons sur les

planches, nous faisons rendre au violon toute l'harmonie qui lui est

propre; ce fut de quoi nous fatiguer une heure; le jour ne venait pas

encore; enfin, quelques heures après,-vers midi probablement, l'ombre

à peine perceptible d'une certaine lueur se projeta sur le plafond et

s'y promena dès lors comme une aiguille de pendule. Nous regrettâmes

le sort des prisonniers célèbres, qui avaient pu du moins élever une

fleur ou apprivoiser une araignée; le donjon de Fouquet, les plombs

de Casanova, nous revinrent longuement en mémoire; puis, comme nous

étions privés de toute nourriture, il fallut nous arrêter au supplice

d'Ugolin... Vers quatre heures, nous entendîmes un bruit actif de

verres et de fourchettes: c'étaient les municipaux qui dînaient.

Je regretterais de prolonger ce journal d'impressions fort vulgaires

partagées par tant d'ivrognes, de tapageurs ou de cochers en

contravention; après dix-huit heures de violon, nous sommes conduits

devant un commissaire, qui nous envoie à la Préfecture, toujours sous

le poids des mêmes préventions Dès lors, notre position prenait du

moins de l'intérêt. Nous pouvions écrire aux journaux, faire appel à

l'opinion, nous plaindre amèrement d'être traités en criminels; mais

nous préférâmes prendre bien les choses et profiter gaiement de cette

occasion d'étudier des détails nouveaux pour nous. Malheureusement,

nous eûmes la faiblesse de nous faire mettre à la _pistole,_ au lieu

de partager la salle commune, ce qui ôte beaucoup à la valeur de nos

observations.

La pistole se compose de petites chambres fort propres à un ou deux

lits, où le concierge fournit tout ce qu'on demande comme à la prison

de la garde nationale; le plancher est en dalles, les murs sont

couverts de dessins et d'inscriptions; on boit, on lit et on fume; la

situation est donc fort supportable.

Vers midi, le concierge nous demanda si nous voulions _passer avec la

société,_ pendant qu'on faisait le service. Cette proposition n'était

que dans le but de nous distraire, car nous pouvions simplement

attendre dans une autre chambre. La _société,_ c'étaient les voleurs.

Nous entrâmes dans une vaste salle garnie de bancs et de tables; cela

ressemblait simplement à un cabaret de bas étage. On nous fit voir près

du poêle un homme en redingote verte qu'on nous dit être le célèbre

Fossard, arrêté pour le vol des médailles de la Bibliothèque.

C'était une figure assez farouche et refrognée, des cheveux

grisonnants, un œil hypocrite. Un de mes compagnons se mit à causer

avec lui. Il crut pouvoir le plaindre d'être une _haute intelligence_

mal dirigée peut-être; il émit une foule d'idées sociales et de

paradoxes de l'époque, lui trouva au front du génie et lui demanda

la permission de lui tâter la tête, pour examiner les bosses

phrénologiques.

Là-dessus, M. Fossard se fâcha très-vertement, s'écriant qu'il n'était

nullement un homme d'intelligence, mais un bijoutier fort honorable et

fort connu dans son quartier, arrêté par erreur; qu'il n'y avait que

des mouchards qui pussent l'interroger comme on le faisait.

--Apprenez, monsieur, dit un voisin à notre camarade, qu'il ne se

trouve que d'honnêtes gens ici.

Nous nous hâtâmes d'excuser et d'expliquer la sollicitude d'artiste

de notre ami, qui, pour dissiper la malveillance naissante, se mit à

dessiner un superbe Napoléon sur le mur; on le reconnut aussitôt pour

un peintre fort distingué.

En rentrant dans nos cellules, nous apprîmes du concierge que le

Fossard auquel nous avions parlé n'était pas le forçat célébré par

Vidocq, mais son frère, arrêté en même temps que lui.

Quelques heures après, nous comparûmes devant un juge d'instruction,

qui envoya deux d'entre nous à Sainte-Pélagie sous la prévention de

complot contre l'État. Il s'agissait alors, autant que je puis m'en

souvenir, du célèbre complot de la rue des Prouvaires, auquel on avait

rattaché notre pauvre souper par je ne sais quels fils très-embrouillés.

A cette époque, Sainte-Pélagie offrait trois grandes divisions

complètement séparées. Les détenus politiques occupaient la plus belle

partie de la prison. Une cour très-vaste, entourée de grilles et de

galeries couvertes, servait toute la journée à la promenade et à la

circulation. Il y avait le quartier des carlistes et le quartier des

républicains. Beaucoup d'illustrations des deux partis se trouvaient

alors sous les verrous. Les gérants de journaux, destinés à rester

longtemps prisonniers, avaient tous obtenu de fort jolies chambres.

Ceux du _National,_ de _la Tribune_ et de _la Révolution_ étaient

les mieux logés dans le pavillon de droite. _La Gazette_ et _la

Quotidienne_ habitaient le pavillon de gauche, au dessus du _chauffoir_

public.

Je viens de citer l'aristocratie de la prison; les détenus non

journalistes, mais payant la pistole, étaient répartis en plusieurs

chambrées de sept à huit personnes; on avait égard dans ces divisions

non-seulement aux opinions prononcées, mais même aux nuances. Il

y avait plusieurs chambrées de républicains, parmi lesquels on

distinguait rigoureusement les unitaires, les fédéralistes, et

même les socialistes, peu nombreux encore. Les bonapartistes, qui

avaient pour journal _la Révolution de_ 1830, éteinte depuis, étaient

aussi représentés; les combattants carlistes de la Vendée et les

conspirateurs de la rue des Prouvaires ne le cédaient guère en nombre

aux républicains; de plus, il y avait tout un vaste dortoir rempli des

malheureux Suisses arrêtés en Vendée et constituant la _plèbe_ du parti

légitimiste. Celle des divers partis populaires, le résidu de tant

d'émeutes et de tant de complots d'alors, composait encore la partie

la plus nombreuse et la plus turbulente de la prison; toutefois, il

était merveilleux de voir l'ordre parfait et même l'union qui régnaient

entre tous ces prisonniers de diverses origines; jamais une dispute,

jamais une parole hostile ou railleuse; les légitimistes chantaient _O

Richard_ ou _Vive Henri IV_ d'un côté, les républicains répondaient

avec _la Marseillaise_ ou _le Chant du départ_; mais cela sans trouble,

sans affectation, sans inimitié, et comme les apôtres de deux religions

opprimées qui protestent chacun devant leur autel.

J'étais arrivé fort tard à Sainte-Pélagie, et l'on ne pouvait me donner

place à la pistole que le lendemain. Il me fallut donc coucher dans

l'un des dortoirs communs. C'était une vaste galerie qui contenait une

quarantaine de lits. J'étais fatigué, ennuyé du bruit qui se faisait

dans le chauffoir, où l'on m'avait introduit d'abord, et où j'avais le

droit de rester jusqu'à l'heure du couvre-feu; je préférai gagner le

lit de sangle qu'on m'avait assigné, et où je m'endormis profondément.

L'arrivée de mes camarades de chambre ne tarda pas à me réveiller. Ces

messieurs montaient l'escalier en chantant _la Marseillaise_ à gorge

déployée; on appelait cela la _prière du soir._ Après _la Marseillaise_

arrivait naturellement _le Chant du départ,_ puis le _Ça ira,_ à la

suite duquel j'espérais pouvoir me rendormir en paix; mais j'étais

bien loin de compte. Ces braves gens eurent l'idée de compléter

la cérémonie par une représentation de la révolution de Juillet.

C'était une sorte de pièce de leur composition, une _charade_ à grand

spectacle, qu'ils exécutaient fort souvent, à ce qu'on m'apprit. On

commençait par réunir deux ou trois tables; quelques-uns se dévouaient

et représentaient Charles X et ses ministres tenant conseil sur

cette scène improvisée; on peut penser avec quel déguisement et quel

dialogue. Ensuite venait la prise de l'hôtel de ville; puis _une soirée

de la cour_ à Saint-Cloud, le gouvernement provisoire, la Fayette,

Laffitte, etc.: chacun avait son rôle et parlait en conséquence. Le

bouquet de la représentation était un vaste combat des barricades, pour

lequel on avait dû renverser lits et matelas; les traversins de crin,

durs comme des bûches, servaient de projectiles. Pour moi qui m'étais

obstiné à garder mon lit, je ne peux point cacher que je reçus quelques

éclaboussures de la bataille. Enfin, quand le triomphe fut regardé

comme suffisamment décidé, vainqueurs et vaincus se réunirent pour

chanter de nouveau _la Marseillaise,_ ce qui dura jusqu'à une heure du

matin.

En me réveillant, le lendemain, d'un sommeil si interrompu, j'entendis

une voix partir du lit de sangle situé à ma gauche. Cette voix

s'adressait à l'habitant du lit de sangle situé à ma droite; personne

encore n'était levé.

--Pierre!

--Qu'est-ce que c'est?

--C'est-il toi qui es de corvée ce matin?

--Non, ce n'est pas moi; j'ai fait la chambre hier.

--Eh bien, qui donc?

--C'est le nouveau; c'est un qui est là, qui dort.

Il devenait clair que le nouveau, c'était moi-même; je feignis de

continuer à dormir; mais déjà ce n'était plus possible; tout le monde

se levait aux coups d'une cloche, et je fus forcé d'en faire autant.

Je songeais tristement à la _corvée_ et à l'ennui de travailler pour

les représentants du peuple libre; les inconvénients de l'égalité

m'apparaissaient cette fois bien positivement; mais je ne tardai pas à

apprendre que, là aussi, l'argent était une aristocratie. Mon voisin de

droite vint me dire à l'oreille:

--Monsieur, si vous voulez, je ferai votre corvée; cela coûte cinq sous.

On comprend avec quel plaisir je me rachetai de la charge que

m'imposait l'égalité républicaine, et je me disais, en y songeant,

qu'il eût été peut-être moins pénible, en fait de corvée, de faire

la chambre d'un roi que celle d'un peuple. Les gens qui ont fait la

Jacquerie n'avaient peut-être pas prévu ma position.

Une demi-heure après, un second coup de cloche nous avertit que toute

la prison était rendue à sa liberté intérieure; c'était en même temps

le signal de la distribution des vivres. Chacun prit une sébile de

terre et une cruche, ce qui nous faisait un peu ressembler à l'armée

de Gédéon. Dans une galerie inférieure, la distribution était déjà

commencée; elle se faisait à tous les prisonniers sans exception, et se

composait d'un pain de munition et d'une cruche d'eau; après quoi, on

remplissait les sébiles d'une sorte de bouillon sur lequel flottait un

très-léger morceau de bœuf; au fond de ce bouillon limpide on trouvait

encore de gros pois ou des haricots que les prisonniers appelaient des

_vestiges,_ en raison sans doute de leur rareté.

Du reste, la cantine était ouverte au fond de la cour et desservait

les trois divisions de Sainte-Pélagie. Seulement, les prisonniers

politiques avaient seuls l'avantage de pouvoir y entrer et s'y mettre

à table. Deux petites lucarnes suffisaient au service des prisonniers

de la dette (qui n'étaient pas encore à Clichy) et des voleurs, situés

dans une aile différente. La communication n'était même pas tout à

fait interdite entre ces prisonniers si divers. Quelques lucarnes

percées dans le mur servaient à faire passer d'une prison à l'autre

de l'eau-de-vie, du vin ou des livres. Ainsi, les voleurs manquaient

d'eau-de-vie, mais l'un d'eux tenait une sorte de cabinet de lecture;

on échangeait, à l'aide de ficelles, des bouteilles et des romans; les

dettiers envoyaient des journaux; on leur rendait leurs politesses en

provisions de bouche, dont la section politique était mieux fournie que

toute autre.

En effet, le parti légitimiste nourrissait libéralement ses défenseurs.

Tous les matins, des montagnes de pâtés, de volailles et de bouteilles

s'amoncelaient au parloir de la prison. Les Suisses-Vendéens étaient

surtout l'objet de ces attentions et tenaient table ouverte. Je fus

invité à prendre part à l'un de ces repas, ou plutôt à ce repas, qui

dura tout le temps de mon séjour; car la plupart des convives restaient

à table toute la journée, et sous la table toute la nuit, et l'on

pouvait appliquer là ce vers de Victor Hugo:

Toujours, par quelque bout, le festin recommence.

D'ailleurs, les liaisons étaient rapides, et toutes les opinions

prenaient part à cette hospitalité, chacun apportant, en outre, ce

qu'il pouvait, en comestibles et en vins; il n'y avait qu'un fort

petit nombre de républicains farouches qui se tinssent à part de ces

réunions; encore cherchaient-ils à n'y point mettre d'affectation.

Vers le milieu du jour, la grande cour, le _promenoir,_ présentait

un spectacle fort animé; quelques bonnets phrygiens indiquaient

seuls la nuance la plus prononcée; du reste, il y avait parfaite

liberté de costumes, de paroles et de chants. Cette prison était

l'idéal de l'indépendance absolue rêvée par un grand nombre de ces

messieurs, et, hormis la faculté de franchir la porte extérieure,

ils s'applaudissaient d'y jouir de toutes les libertés et de tous les

droits de l'homme et du citoyen.

Cependant, si la liberté régnait avec évidence dans ce petit coin

du monde, il n'en était pas de même de l'égalité. Ainsi que je l'ai

remarqué déjà, la question d'argent mettait une grande différence

dans les positions, comme celle de costume et d'éducation dans les

relations et dans les amitiés. Mes anciens camarades de dortoir y

étaient si accoutumés, qu'à partir du moment où je fus logé à la

pistole, aucun d'entre eux n'osa plus m'adresser la parole; de même,

on ne voyait presque jamais un républicain en redingote se promener ou

causer familièrement avec un républicain en veste. J'eus lieu souvent

de remarquer que ces derniers s'en apercevaient fort bien, et l'on

s'en convaincra par une aventure assez amusante qui arriva pendant

mon séjour. L'un des garçons de l'établissement portait un poulet à

l'un des gros bonnets du parti, logé dans le pavillon de droite. Il

avait en même temps à remettre une bouteille de vin à des ouvriers qui

jouaient aux cartes dans le chauffoir. Il entre là, tenant d'une main

la bouteille, et de l'autre le plat dans une serviette:

--A qui portes-tu cela? lui dit un gamin de Juillet familier.

--C'est un poulet pour M. M***.

--Tiens! tiens! mais cela doit être bon ...

--C'est meilleur que ton bouilli et tes _vestiges,_ observe un autre.

--Il n'y a pas une patte pour moi? dit l'enfant de Paris ...

Et il tire un peu une patte qui sortait de la serviette. Par malheur,

la patte se détache. On comprend dès lors ce qui dut arriver. Le poulet

disparut en un clin d'oeil. Le garçon de la cantine se désolait, ne

sachant à qui s'en prendre.

--Porte-lui cela, dit un plaisant de la chambrée.

Il réunit tous les os dans l'assiette et écrivit sur un morceau de

papier: «Les républicains ne doivent pas manger de poulet.» De temps

en temps, une grande voiture, dite _panier à salade,_ venait chercher

quelques-uns des prisonniers qui n'étaient que _prévenus,_ et les

transportait au Palais de Justice, devant le juge d'instruction.

Je dus moi-même y comparaître deux fois. C'était alors une journée

entière perdue; car, arrivé à la Préfecture, il fallait attendre son

tour dans une grande salle remplie de monde, qu'on appelait, je crois,

la _souricière._ Je ne puis m'empêcher de protester ici contre la

confusion qui se faisait alors des diverses sortes de détenus. Je pense

que cela ne provenait, d'ailleurs, que d'un encombrement momentané.

Après ma dernière entrevue avec le juge, ma liberté ne dépendait plus

que d'une décision de la chambre du conseil. Il fut déclaré qu'il n'y

avait lieu à suivre, et dès lors je n'avais plus même à défendre mon

innocence. Je dînais fort gaiement avec plusieurs de mes nouveaux amis,

lorsque j'entendis crier mon nom du bas de l'escalier, avec ces mots:

_Armes et bagages!_ qui signifient: «En liberté.» La prison m'était

devenue si agréable, que je demandai à rester jusqu'au lendemain.

Mais il fallait partir. Je voulus du moins finir le dîner; cela ne se

pouvait pas. Je faillis donner le spectacle d'un prisonnier mis de

force à la porte de la prison. Il était cinq heures. L'un des convives

me reconduisit jusqu'à la porte, et m'embrassa, me promettant de venir

me voir en sortant de prison. Il avait, lui, deux ou trois mois à faire

encore. C'était le malheureux Gallois, que je ne revis plus, car il fut

tué en duel le lendemain de sa mise en liberté.

Le rêve et la vie - Les filles du feu - La bohème galante · 第 150 / 254 题