Château de cartes, château de bohème, château en Espagne,--telles sont
les premières stations à parcourir pour tout poëte. Comme ce fameux
roi dont Charles Nodier a raconté l'histoire, nous en possédons au
moins sept de ceux-là pendant le cours de notre vie errante, et peu
d'entre nous arrivent à ce fameux château de briques et de pierre, rêvé
dans la jeunesse,--d'où quelque belle aux longs cheveux nous sourit
amoureusement à la seule fenêtre ouverte, tandis que les vitrages
treillissés reflètent les splendeurs du soir.
En attendant, je crois bien que j'ai passé une fois par le château du
diable. Ma Cydalise, à moi, perdue, à jamais perdue!... Une longue
histoire, qui s'est dénouée dans un pays du Nord,--et qui ressemble à
tant d'autres! Je ne veux ici que donner le motif des _vers dorés,_
conçus dans la fièvre et dans l'insomnie. Cela commence par le
désespoir et cela finit par la résignation.
Puis revint un souffle épuré de la première jeunesse, et quelques
fleurs poétiques s'entr'ouvrirent encore, dans la forme de l'odelette
aimée,--sur le rhythme sautillant d'un orchestre d'opéra.
Mais vous me rappelez, mon cher ami, qu'il s'agissait de causer poésie,
et j'y arrive incidemment.--Reprenons cet _air académique_ que vous
m'avez reproché.
Je crois bien que vous voulez faire allusion au mémoire que j'ai
adressé autrefois à l'Institut, à l'époque où il s'agissait d'un
concours sur l'histoire de la poésie au xvi_e_ siècle. Je l'ai
retrouvé, et il intéressera peut-être les lecteurs, comme le sermon que
le bon Sterne mêla aux aventures macaroniques de Tristram Shandy.