Celui-là fut un château d'Espagne, construit avec des châssis, des
_fermes_ et des praticables... Vous en dirai-je la radieuse histoire,
poétique et lyrique à la fois? Revenons d'abord au rendez-vous donné
par Dumas, et qui m'en avait fait manquer un autre.
J'avais écrit, avec tout le feu de la jeunesse, un scénario fort
compliqué, qui parut faire plaisir à Meyerbeer. J'emportai avec
effusion l'espérance qu'il me donnait; seulement, un autre opéra,
_les Frères corses,_ lui était déjà destiné par Dumas, et le mien
n'avait qu'un avenir assez lointain. J'en avais écrit un acte lorsque
j'apprends, tout d'un coup, que le traité fait entre le grand poëte
et le grand compositeur se trouve rompu, je ne sais pourquoi.--Dumas
partait pour son voyage de la Méditerranée, Meyerbeer avait déjà repris
la route de l'Allemagne. La pauvre _Reine de Saba,_ abandonnée de tous,
est devenue depuis un simple conte oriental qui fait partie des _Nuits
du Rhamazan._
C'est ainsi que la poésie tomba dans la prose et mon château théâtral
dans le _troisième_ dessous.--Toutefois, les idées scéniques et
lyriques s'étaient éveillées en moi, j'écrivis en prose un acte
d'opéra-comique, me réservant d'y intercaler, plus tard, des morceaux.
Je viens d'en retrouver le manuscrit primitif, qui n'a jamais tenté les
musiciens auxquels je l'ai soumis. Ce n'est donc qu'un simple proverbe,
et je n'en parle ici qu'à titre d'épisode de ces petits mémoires
littéraires[1].
[1] Voir, dans le _Théâtre complet, Corilla ou les Deux Rendez-vous._