A UNE DAME QU'IL AVAIT ENTREVUE QUELQUES INSTANTS AU VAUXHAL

La mer de ma vie a été pendant cinq ans à sa marée basse;

De longues heures ont laissé rouler le sable par flux et reflux;

Depuis que je fus enlacé dans les rets de ta beauté,

Que je fus séduit par le dégantement de ta main.

Et maintenant je ne fixe plus le ciel à minuit,

Sans que m'apparaisse la lueur de tes yeux restée vivace en moi;

Jamais je n'admire la couleur d'une rose,

Sans que mon âme prenne son élan vers ta joue;

Il m'est impossible de regarder une fleur en bouton,

Sans que mon oreille passionnée, en pensée à tes lèvres,

Et guettant un amoureux soupir, se rassasie

De sa douceur en sens inverse[1]:--Tu éclipses

Avec ton souvenir toutes les autres délices,

Et mélanges de chagrin mes plaisirs les plus chers.

[1] C'est-à-dire: de son amertume.

[Pg 126]

Poèmes et Poésies Traduction précédée d'une étude par Paul Gallimard · 第 164 / 333 题