L'éducation physique des enfants mérite autant d'attention que celle de
leur intelligence. La _gymnastique_, la _danse_, la _natation_,
l'_équitation_, les _armes_ sont des moyens agréables pour développer la
santé et la force corporelle de nos enfants, lesquels moyens ne sont pas
dépourvus d'influence sur leur moral. Une nature étiolée ne pourra
jamais trouver la somme d'énergie nécessaire à supporter les épreuves de
la vie, et un caractère timoré ayant peur de l'eau, d'un saut périlleux,
d'un animal ombrageux, n'osera jamais non seulement faire une action
courageuse, mais même soutenir ses opinions; son caractère sera bas et
vil.
La danse est certainement un exercice qui donne de la grâce et de
l'aisance aux mouvements; cependant je ne conseillerai pas à une mère de
famille de la faire apprendre de trop bonne heure à ses filles, car elle
développe en même temps les goûts de la coquetterie et des plaisirs du
monde; goûts qui s'éveillent toujours assez vite, surtout dans le sexe
féminin, et qui ôtent à l'enfance cette naïveté, ce naturel si charmant
à voir. Pour les mêmes motifs je me déclare tout à fait hostile aux bals
d'enfants, que je regarde comme pernicieux, et ne pouvant que vicier
leurs natures. Pourrait-on me citer quel bien nos enfants en retirent?
Qu'ils dansent en rond ou à la corde, sans façon, avec la gaieté et le
sans-souci de leur âge, à la bonne heure! mais qu'ils dansent les
lanciers et la polka sérieusement, comme de grandes personnes, gênés et
guindés dans leurs habillements, et que leurs petits traits soient
altérés par le dépit, la jalousie et l'envie, inséparables de ces
réunions, où l'amour-propre est toujours en jeu peu ou prou, c'est ce
que je ne puis tolérer. Éloignons le plus qu'il est en notre pouvoir, de
ces chers petits êtres, la coupe d'amertume, que le monde présente à
ceux qui veulent prendre part à son festin!
De toutes façons, cela ne peut avoir qu'un résultat funeste. Si vous
n'êtes pas dans une grande position de fortune, vous risquez d'éveiller
en eux des goûts que vous ne serez pas en mesure de satisfaire plus
tard, et dans le cas contraire ces goûts prendront toujours d'eux-mêmes
une telle extension que vous ne devez vous préoccuper que de les
modérer.
Les leçons de danse ne sont donc utiles qu'à l'époque où la jeune fille
et le jeune homme vont faire leur entrée dans le monde. Dans certaines
maisons d'éducation, on les remplace par des cours de maintien et de
démarche, qui peuvent n'être que profitables.
La _gymnastique_ est l'exercice le plus indispensable et le plus utile.
Tout s'y trouve réuni; amusement, déploiement des forces et des grâces
du corps, intrépidité, utilité.
Les heures de récréation passées au gymnase sont des heures utilement
employées. Quant à moi, j'éprouve un véritable plaisir à assister aux
cours de gymnastique dans un établissement bien monté. Ce qui est
excessivement intéressant, c'est d'y suivre les progrès d'un enfant qui
arrive; les premières fois, chétif, nerveux, pâlissant de frayeur devant
le plus petit saut, accompagné de sa mère qui lui recommande sans cesse
la prudence et stimule ses craintes par ses précautions, poussant des
cris lorsqu'elle voit le maître le lancer sur l'échelle de cordes. Puis,
progressivement, si elle est vraiment animée du désir de faire le
bonheur de son enfant, si c'est une femme de bon sens, ou si une volonté
plus ferme et au-dessus d'elle l'oblige à la persévérance, la mère et
l'enfant se transforment au bout de quelques mois; elle est joyeuse
d'avoir su vaincre ses appréhensions ridicules et de lui voir des joues
fraîches et roses, des membres robustes; lui, aussi vigoureux maintenant
au physique qu'au moral, est tout fier de ses exploits, de sa témérité,
et raille les nouveaux arrivants.
La gymnastique développe les membres, la taille, et, en donnant de
l'assurance aux mouvements, en donne aussi au caractère. Cet exercice
est éminemment salutaire de toute façon pour la femme. De quelle utilité
immense il peut lui être en cas d'incendie, de guerre, de désastre
quelconque, de pouvoir se sauver et sauver les autres! En voyage, en
excursion, combien il est agréable de ne pas connaître le vertige et de
posséder de l'agilité! Au reste, tous ces avantages sont maintenant
tellement reconnus partout, qu'on voit peu de jardins et même de maisons
où il y ait des enfants, qui ne soient munis d'un appareil de
gymnastique.
La natation est aussi excellente au point de vue de la santé qu'au point
de vue de l'utilité, et aucun parent ne doit négliger d'y habituer ses
enfants pendant les chaudes journées d'été. Il est nécessaire de
commencer jeune ces exercices, afin que les membres et l'organisation
s'y accoutument; plus tard, il serait difficile de remédier à des
habitudes de mollesse invétérée, et aux vices de conformation intérieurs
et extérieurs qui en résultent.
L'équitation, les armes, rentrent dans la catégorie de l'étude de la
danse. Il est excellent de les connaître, pour les hommes surtout, mais
ils ne peuvent être recommandés qu'aux familles jouissant d'une grande
fortune, et dont les enfants peuvent disposer de loisirs et d'argent. En
un mot, ils ne sont point indispensables et leur utilité est
contestable.
Beaucoup de jeux se rapprochent de la gymnastique, et les parents
doivent les choisir de préférence pour récréer leurs enfants. Le ballon,
le jeu de grâce, le volant, le criquet, sont bien préférables aux
simples jeux de cache-cache, de colin-maillard, de quatre-coins, etc.,
qui n'exercent que les jambes, tandis que les autres, outre les
mouvements divers qu'ils exigent des bras et de la taille, mettent à
contribution l'adresse, le coup d'oeil, le jugement en même temps que
l'agilité.
Les personnes entre les mains desquelles repose le soin d'élever des
hommes et des femmes futures, doivent naturellement s'efforcer à ce
qu'une seule heure même de l'existence de l'enfant ne soit pas perdue
inutilement; c'est pendant ces courtes années de l'éducation qu'il
s'agit de former leur corps et leur intelligence, ainsi que de leur
donner de quoi les mettre à même de fournir une carrière longue et
brillante. Si les bons professeurs ont le talent de rendre intéressantes
et attrayantes des études arides et abstraites, il faut une certaine
aptitude pour savoir diriger les heures de récréation, de façon à ce
qu'il en sorte un enseignement utile sans que ce jeune monde s'en
aperçoive, et sans être obligé de les tenir dans le sérieux
indispensable aux heures d'étude. Rien de plus funeste que de les faire
promener, roides et silencieux au côté de leurs gouvernantes, au lieu de
laisser un peu la nature à elle-même, tout en sachant, je le répète, y
trouver un avantage pour eux.
Je crois donc qu'on ne saurait trop insister pour procurer aux enfants
élevés chez leurs parents, des récréations utiles, prises en commun: au
gymnase, en hiver, à l'école de natation, en été.
Le développement de la taille a chez les enfants une importance
considérable, non seulement au point de vue de la beauté, mais à celui
de la santé, et il doit être l'objet de la sollicitude constante des
mères.
Dès l'âge le plus tendre, l'enfant doit s'ébattre en plein air, en toute
liberté, et les mouvements de ses membres ne doivent pas être gênés par
des vêtements trop étroits. A la campagne surtout, on doit laisser les
enfants se livrer à la gymnastique naturelle, si nécessaire à leur âge,
courir, sauter, grimper aux arbres: par ces exercices, ils acquièrent de
la force et de l'adresse.
Certains parents timorés qui retiennent toujours leurs enfants et, dans
la crainte d'un danger imaginaire, les empêchent de courir, de sauter,
de grimper, leur rendent le plus mauvais service; ils se développent
lentement ou mal et deviennent d'une grande maladresse. Dès qu'ils
veulent se mêler aux jeux des autres enfants, ils tombent et souvent se
blessent malheureusement, là où un autre enfant en eût été quitte pour
une bosse ou une légère écorchure.
Laissez donc les enfants s'ébattre en liberté et suivre généralement
leur volonté, tant qu'elle n'est pas contraire à l'accroissement de leur
corps ou de leur esprit. Une bonne gymnastique bien dirigée, suivant les
principes de l'art, est encore préférable à celle que font
instinctivement les enfants; pour les filles comme pour les garçons,
elle aura les plus heureux résultats; pour les filles surtout,
auxquelles elle fera perdre cette sotte timidité, ces peurs ridicules
qui leur font pousser des cris au moindre accident et les mettent hors
d'état de se tirer du moindre mauvais pas auquel elles peuvent se
trouver exposées. La gymnastique est donc absolument indispensable; mais
on n'a pas toujours sous la main un établissement bien monté et des
professeurs. Quelques notions et conseils sur cette étude pourront donc
rendre service à bien des mères.
La _gymnastique_ comprend l'enseignement pratique d'exercices
particuliers propres à développer la force et la souplesse du corps;
c'est un art précieux, non seulement à cause des heureux effets qu'il
produit sur la santé des jeunes gens des deux sexes, mais encore par la
confiance qu'il leur inspire dans certaines circonstances difficiles.
Mais on doit bannir de l'enseignement de la gymnastique tout exercice
dangereux qui expose les enfants à des efforts, des foulures ou des
entorses; avant tout, il importe de donner aux enfants de bonnes
habitudes et d'aider au développement de leur force et de leur adresse;
tels sont, les exercices sur place qui ont pour but d'assouplir les bras
et les jambes; la course, le saut, les exercices du trapèze, du cheval
de bois, des cordes à noeuds, des mâts, des échelles, etc.
Quels que soient les exercices gymnastiques que l'on fasse faire aux
enfants, il faut toujours observer certaines règles hygiéniques et
certaines précautions. Les meilleures heures pour se livrer à ces
exercices sont celles qui précèdent les repas; car ils pourraient
troubler la digestion. Il ne faut pas non plus excéder les forces de
l'enfant, le surmener; on le fatiguerait sans profit.
Les vêtements dont on se sert pour faire la gymnastique doivent être
larges et légers, ne gêner en rien les mouvements et ne serrer trop
nulle part. Une large ceinture qui serre un peu la taille est cependant
utile pour maintenir le ventre et le préserver de faux mouvements.
Il est prudent de se modérer vers la fin des exercices, de manière à ne
pas se trouver trop en sueur au moment où l'on se reposera, mais il ne
faut pas non plus s'arrêter brusquement, de crainte de s'exposer à un
refroidissement subit, ce qui est toujours dangereux.
Si les vêtements sont mouillés, on aura soin d'en changer et de
s'essuyer parfaitement avec une serviette bien sèche; mais il faudra
surtout éviter de se laver à l'eau froide, de se coucher par terre ou de
boire frais.
Il existe une gymnastique, que j'appellerai une gymnastique maternelle,
qui se fait sans appareils, basée sur un ensemble de mouvements
rationnels; on la prétend même préférable à celle qui s'exécute avec des
instruments; elle seule peut donner à l'homme le _summum_ de ses forces
et le maintenir dans un état constant de santé et de souplesse.
Que les mères soient bien persuadées que faire faire à leurs enfants
pendant cinq minutes quelques exercices libres bien ordonnés, est plus
salutaire que de les promener pendant une demi-heure. Rien n'égale ces
exercices pour mettre le corps en activité, pour le préparer aux
mouvements quelquefois brusques et toujours beaucoup plus violents aux
engins. Puis enfin beaucoup de familles ne peuvent, ou faire la dépense
de tous les instruments de gymnastique, ou trouver assez de place pour
les installer chez elles.
Je ne puis ici indiquer ces mouvements rationnels, limités de façon à ce
qu'on puisse les exécuter chez soi sans aucun inconvénient; mais il
existe des livres spéciaux faciles à se procurer. Les formes des
mouvements, les exercices sont en général coordonnés de manière à
pouvoir s'adapter à toutes les circonstances, à toutes les conditions
d'âge et de sexe. Il va sans dire que les exercices doivent être rejetés
dans tous les états inflammatoires et fébriles bien déclarés.
Il est très important de faire des exercices tous les jours, autant que
possible à la même heure et avant un repas, en ayant bien soin de
laisser un intervalle d'une demi-heure entre la fin des exercices et le
repas.
Il faut avoir soin de se débarrasser des parties du vêtement qui peuvent
serrer, soit au ventre, soit au cou, soit à la poitrine.
Les exercices devront être exécutés lentement, sans hâte ni brusquerie,
en ayant soin de ménager des intervalles de repos convenables; cependant
il faut y mettre de la vigueur et toute la plénitude de la force de
tension des muscles.