JE SUIS COMME ÇA!

Que voulez-vous! je suis comme ça! Il n'y a rien à faire; je le sais

bien, je suis méchante, je suis entêtée, paresseuse, bornée, mauvaise

tête, etc., mais c'est dans ma nature!--Elle est comme ça! Elle

ressemble à son père, il faut tâcher de s'en arranger! ajoute la mère.

Entre les défauts et les petits travers qu'il est bon de corriger dans

les enfants, et de se défendre quand on est à l'âge de raison, le pis

est celui de se résigner à ses défauts. C'est d'un orgueil inique

d'avouer sa faute avec ostentation; c'est d'une indifférence coupable

que de s'y résigner au lieu de chercher à s'en défendre.

A aucun prix, il ne faut permettre à un enfant de dire et de penser une

chose pareille.

Très souvent, à force de répéter à un enfant: «Tu es un niais, tu seras

toute ta vie un imbécile,» il arrive qu'au lieu de le stimuler, on le

paralyse. Il s'entête dans ses mauvaises dispositions, il en prend son

parti, et arrange sa petite vie avec son défaut.

Tous les caractères ne sont pas énergiques; il y en a qui sont

apathiques et n'aiment pas la lutte: d'ailleurs, il est bien plus facile

de s'abandonner à ses défauts que de lutter avec eux.

--Que voulez-vous? J'ai toujours été paresseux et ivrogne: je tiens cela

de mon père; on n'a jamais rien pu faire des garçons dans notre famille:

misérable je suis, misérable je resterai... à quoi bon me donner de la

peine; je n'y arriverai pas. Ainsi parle celui qui préfère ne pas se

corriger.

Certes, il n'est pas toujours facile de vaincre ses habitudes ou ses

instincts, de se refaire une seconde nature; c'est d'autant plus

difficile qu'on n'a pas été habitué dès l'enfance à considérer les

difficultés en face. Ensuite, c'est là une excuse si facile pour ne pas

se contraindre et pour se laisser aller!

Mais c'est surtout dès l'enfance qu'il faut prévenir l'homme de cette

faiblesse et ne pas la lui permettre. Pour bien élever un enfant, il

faut étudier son caractère, non pour s'y conformer, mais pour savoir

comment le redresser.

Il y a des natures qui sont faites pour la lutte, et qui n'ont pas

besoin d'être stimulées; en piquant légèrement leur amour-propre, en les

humiliant, on les réveille, ne serait-ce que par esprit de

contradiction. D'autres, au contraire, se découragent par les reproches,

prennent les choses pour définitives et irrévocables, se buttent,

s'habituent au mal, deviennent indifférents. Ceux-là ont besoin d'être

soutenus par des éloges, d'être encouragés, secoués.

--Tu n'es ni plus maladroit ni plus stupide qu'un autre, et tu peux

réussir aussi bien; seulement la volonté te manque; Dieu t'a doué comme

ses autres créatures, mais c'est à toi de te développer, de te ciseler;

tu ne veux pas prendre autant de peine que ton voisin; c'est une

mauvaise paresse dont il faut que tu te corriges, et dont tu te

corrigeras, je le veux!»

Ainsi parlait une mère à son enfant, qui se hasardait à lui tenir le

langage d'une résignation feinte et ridicule.

C'est de la lâcheté de se laisser aller à l'existence passive. Et

combien de gens se persuadent qu'ils ne peuvent pas faire telle ou telle

chose, simplement parce qu'ils ne se donnent pas la peine de l'essayer!

Il est vrai qu'il y a des aptitudes, des vocations; mais la plupart du

temps ces aptitudes proviennent encore plus de la direction donnée par

l'éducation que du naturel. Que de défauts proviennent de l'éducation et

combien d'autres sont supprimés aussi par l'éducation!

Le naturel existe évidemment, mais il peut être modifié, et il demande à

être combattu, dirigé et mis à profit avec opportunité.

N'est-il pas prouvé qu'un fieffé voleur peut devenir un excellent

surveillant? La plupart du temps, nous allons vers le mal faute de

savoir nous diriger dans la voie du bien.

En résumé, si notre prochain est forcé de nous accepter comme nous

sommes et de s'arranger de notre caractère et de nos défauts, nous, nous

devons travailler sans nous laisser à nous améliorer, et non nous

considérer, avec un fanatisme oriental, comme une chose indépendante de

notre propre volonté.

Combien il est d'un esprit faible et étroit de renier ainsi l'étincelle

si noble et si curieuse de la volonté que la Providence a mise en nous,

et qui nous permet de nous diriger selon notre guise! La devise

belliqueuse «vouloir c'est pouvoir» est parfaitement vraie dans ce qui

concerne ce qui est réellement en notre pouvoir, ce qui nous appartient

en propre. Ainsi, nous voulons faire mouvoir notre bras, nous le

pouvons; nous voulons modérer notre colère, il suffît d'y penser, pour

nous calmer.

Avec une attention continue, un exercice constant, nous pouvons aussi

bien rendre nos doigts agiles que plier notre caractère.

Cela ne dépend absolument que de notre volonté, et il est absurde et

faux de dire: «Je suis comme ça! je n'y puis rien!»

Notes d'une mère: Cours d'éducation maternelle · 第 25 / 73 题