_De la Nature du Soleil._
On n'a communément qu'une idée vague de la nature du Soleil, on voit
que ses rayons nous échauffent, & qu'ils brillent; & on en conclut que
le Soleil doit être un globe de Feu immense, qui nous envoye sans cesse
la matiere lumineuse dont il est composé.
[Note: Le Soleil ne peut être un globe de Feu.]
Mais qu'entend-on par un globe de Feu? Si l'on entend un globe entier
de particules ignées, de feu élémentaire, j'ose dire que cette idée est
insoutenable.
En voici les raisons.
[Note: Il faut qu'il soit solide, puisqu'il ne se dissipe pas.]
1º. Le Feu qui fond l'Or & les Pierres au foyer d'un Verre ardent,
disparoît en un instant, si on couvre ce Miroir d'un voile; & il ne
reste aucun vestige de ce Feu, qui un moment auparavant faisoit des
effets si puissans: Donc si le Soleil étoit un globe de feu, s'il
n'étoit pas un corps solide, un seul instant d'émanation suffiroit pour
le détruire, & il auroit été dissipé dès le premier moment qu'il a
commencé d'exister.
2º. La chaleur & la lumiere ne disparoissent ainsi au foyer du Verre
ardent, que par la proprieté que le Feu a de se répandre également
de tous côtés, lorsqu'aucun obstacle ne s'oppose à sa propagation
_quaquaversum_. Donc si le Soleil étoit un globe de feu, le Feu ne
pourroit avoir cette tendance _quaquaversum_ sans que le Soleil fût
détruit en un instant: Donc puisqu'il est certain par les expériences,
que cette proprieté est séparable du Feu, le Soleil ne peut être
composé seulement de particules ignées.
3º. On ne peut dire que le Soleil ne se dissipe pas par l'émanation,
parce que l'Atmosphere qui l'entoure, repousse sans cesse vers lui
les particules lumineuses qui émanent de sa substance; car si cet
Atmosphere les repoussoit vers lui, elles ne viendroient pas à nous:
Donc en supposant l'émission de la lumiere cet Atmosphere ne pourroit
empêcher que le Soleil & les Etoiles fixes, ne le dissipassent par
l'émanation s'ils n'étoient des corps solides.
Quelques Philosophes pour trancher apparemment toutes ces difficultés,
avoient imaginé que les rayons que le Soleil nous envoye, retournoient
ensuite à cet Astre.
[Note: Si le Soleil étoit un globe de Feu, il ne pourroit être au
centre du monde.]
[Note: Si le Feu étoit pesant, il ne pourroit émaner du Soleil.]
5º. Le Soleil est au centre de notre systême planétaire, tous les
Philosophes en conviennent: cependant s'il est un globe de Feu, il
paroît qu'il ne peut occuper cette place; car, ou bien le Feu est
pesant & déterminé vers un centre, ou bien il ne pese pas, & ne
tend vers aucun point, plûtôt que vers un autre: Or dans le premier
cas, tous les corpuscules de Feu qui composent le corps du Soleil,
tendroient vers le centre de cet Astre, & alors la propagation de la
lumiere seroit impossible; car comment le Soleil par sa rotation sur
son axe, pourroit-il faire acquerir aux particules de Feu qui le
composent, une force centrifuge assez grande pour les obliger à fuir
avec tant de force, le centre de gravité auquel elles tendent, & pour
leur faire parcourir par cette seule force centrifuge, 33 millions de
lieuës en 7 ou 8 minutes?
Si au contraire, le Feu n'est pas pesant, s'il n'est déterminé vers
aucun point, quel pouvoir le retiendra au centre de l'Univers, &
s'opposera à l'effort de la force centrifuge que les particules de
Feu qui le composent doivent acquerir par la rotation du Soleil, qui
l'empêchera enfin de se dissiper? Il faut donc que le Soleil soit un
corps solide, puisqu'il ne se dissipe pas, & qu'il est au centre de
notre monde: & il faut que le Feu ne soit pas pesant, puisqu'il émane
du Soleil.
[Note: Il faut absolument que le Soleil soit un corps solide dans
le systême de M. Newton.]
Qu'il me soit permis de supposer un moment, l'attraction Newtonienne;
le Soleil dans ce systême, est au centre de notre monde planétaire,
& cette place lui est assignée par les loix de la gravitation, parce
qu'ayant plus de masse que les autres globes, il les force à tourner
autour de lui: or si le Feu ne pese point (comme je crois l'avoir
prouvé) comment le Soleil peut-il être un corps de Feu, c'est-à-dire,
un corps non pesant, & attirer cependant tous les corps célestes vers
lui, en raison de sa plus grande masse? Il est donc nécessaire dans le
systême de l'attraction, ou que le Soleil soit un corps solide; ou que
le Feu pese, & qu'il tende vers un centre; mais si le Feu du Soleil
tend vers son centre, par quelle puissance s'éloignera-t-il toujours de
ce centre. Aussi M. Newton croyoit-il le Soleil un corps solide.
Il paroît presque démontré par toutes ces raisons, que le Soleil n'est
pas un globe de Feu, & qu'il est un corps solide, mais de quoi ce
corps est-il composé? D'où lui vient cette quantité presque infinie de
particules ignées qu'il paroît projetter à tout moment, sans s'épuiser?
Ceux qui soutiennent l'émanation de la lumiere pourroient répondre à
ces difficultés, qu'il est très-possible que le Soleil soit un corps
extrêmement solide, que ce corps solide contienne dans sa substance le
Feu qu'il nous envoye sans cesse, & que ce Feu en émane par de grands
volcans; ce globe retiendra par sa solidité une partie de ce Feu, &
les particules ignées pourront en émaner sans cesse.
Mais cette émanation de la lumiere est sujette à de bien plus grandes
difficultés, & paroît impossible à admettre malgré les observations
modernes qui semblent la favoriser; des observations certaines
suffisent pour détruire une superstition lorsqu'elles lui paroissent
contraires, mais elles ne suffisent pas pour l'établir, & l'émanation
de la lumiere a contr'elle des difficultés Physiques & Métaphysiques
qui paroissent si insurmontables, qu'il n'y a point d'observations qui
puissent la faire admettre jusqu'à ce qu'on les ait détruites; mais ce
n'est pas ici le lieu de les discuter.
La lumiere du Soleil paroît tirer sur le jaune. Ainsi il faut que le
Soleil projecte par sa nature plus de rayons jaunes que d'autres, car
M. Newton a prouvé dans son optique page 216, que la lumiere du Soleil
abonde en cette sorte de rayons.
Il est très-possible que dans d'autres systêmes, il y ait des Soleils
qui projectant plus de rayons rouges, verds, &c. que les couleurs
primitives des Soleils que nous ne voyons point soient différentes des
nôtres, & qu'il y ait enfin dans la Nature d'autres couleurs que celles
que nous connoissons dans notre monde.