Dieu est, selon moi, _pensée_;
La pensée du monde qui conçoit et qui régit tout.
La matière n'est que matière.
Elle ne pense pas; elle obéit à la pensée divine.
C'est par l'union éternelle ou momentanée de la pensée et de la
matière, c'est par ce mariage surnaturel et fécond, que le monde ou
le _Cosmos_ est formé.
Cette union des deux substances, la pensée divine et l'obéissance
matérielle, est le mystère!
Ce mystère explique tout!
Il a seul le mot du _Cosmos_!
Celui qui le prononce sait tout!
Il a trouvé le fond de la science, il a le pied sur le solide.
Il n'a pas besoin d'en savoir davantage; son âme est satisfaite, son
esprit est en repos.
Il n'écrit pas de _Cosmos_; il écrit l'histoire naturelle, la
géographie de la terre ou l'astronomie géographique des cieux.
Il ne cherche point sa loi morale alors dans la science, qui ne peut
rien lui dire que de matériel.
Il la trouve dans sa conscience, gravitation mystérieuse, mais
convenable, que Dieu a donnée comme une impulsion constante dans tous
les pays, dans tous les temps, dans toutes les doctrines civiles ou
religieuses, à tous les hommes de bonne volonté.
La _conscience_ est le _mystère_ que nous portons en nous.
Nous ne le comprenons pas, mais nous lui obéissons.
Le christianisme en a simplifié pour nos siècles la formule morale.
Il nous a apporté le mot, non de la _science_, mais de la
_conscience_.
Pour tout le reste il a dit comme nous: _Mystère_!
Ce mot est terrible pour notre orgueil, mais il _est_ comme Dieu
lui-même, _parce qu'il est_; il faut le subir ou avec rage ou avec
amour.
Avec rage, c'est la révolte et l'impiété;
Avec amour, c'est la raison et la vertu.
Peut-on hésiter?