La première qualité d'un livre et d'un homme qui s'intitule _Cosmos_,
c'est d'être infini. «_Ab Jove principium!_» car le cosmos ou le monde
étant l'oeuvre de Dieu, il doit être divin.
«Que m'importe cet être que vous appelez Dieu? Je ne l'ai jamais
rencontré dans mes recherches; Dieu est une hypothèse dont je n'ai
jamais eu besoin dans mes calculs.» Aucun homme, qui a reçu ce résumé
de nos sens qu'on nomme logique, ne peut se contenter de cette
négation: quant à moi, dans les effets, c'est la cause seule que je
cherche; une pensée de Socrate, une idée d'Aristote, une conception
de Descartes, m'importent plus que ces milliers de faits sans
conclusion de vos _Cosmos_ sans âme et sans Dieu. Mon âme n'a de
sympathie que pour les âmes, et d'adoration que pour l'âme des âmes,
l'auteur voilé dans son ouvrage, Dieu. Autant une pensée infinie est
au-dessus d'un fait brutal, autant mes contemplations et mes prières
sont au-dessus d'un _Cosmos_ chimique ou géométrique. Qu'est-ce qu'une
réticence qui cache tout en prétendant tout enseigner?
Comment M. de Humboldt a-t-il été amené à écrire son _Cosmos_ en
dehors de Dieu, et à décrire le plus magnifique des poëmes sans crier
_hosanna_ à son divin poëte? Disons-le hardiment: c'est qu'au fond il
était matérialiste. Or qu'est-ce que la matière? La matière, c'est ce
vil composé de fange durcie ou liquéfiée, terre, argile, sable, feu,
fer, soufre, dont les astres sont pétris, petit nombre d'éléments
abjects qui se combinent ou se combattent dans leur juxtaposition pour
produire ces phénomènes de la voûte céleste. Relativement à l'infini,
cela n'a point d'intérêt, ou cela ne peut avoir d'autre intérêt que
l'étendue, l'espace, et les différentes impulsions que Dieu leur
imprime et qui leur commandent le mouvement. Leur masse même et leur
distance importent peu, car l'auteur de ces ouvrages n'a qu'à ajouter,
comme la marchande d'herbes dans le bassin de sa balance, un brin à un
brin, une once de fer ou une pincée de charbon, et, brin à brin, once
par once, il finira par produire une étoile un million de fois plus
grosse que la terre, sans que cette masse multipliée par l'infini
acquière autre chose que du poids de plus. Renouvelez cette opération
des milliards de fois dans les cieux, ce sera toujours la même chose,
et sa grandeur ou sa petitesse relative à nous n'atteint que deux
forces: une force incréée qui donne, une force créée qui reçoit. Voilà
tout.
Mais l'âme ou la pensée de cette organisation, où est-elle? Nulle
part.