VII

La première qualité d'un livre et d'un homme qui s'intitule _Cosmos_,

c'est d'être infini. «_Ab Jove principium!_» car le cosmos ou le monde

étant l'oeuvre de Dieu, il doit être divin.

«Que m'importe cet être que vous appelez Dieu? Je ne l'ai jamais

rencontré dans mes recherches; Dieu est une hypothèse dont je n'ai

jamais eu besoin dans mes calculs.» Aucun homme, qui a reçu ce résumé

de nos sens qu'on nomme logique, ne peut se contenter de cette

négation: quant à moi, dans les effets, c'est la cause seule que je

cherche; une pensée de Socrate, une idée d'Aristote, une conception

de Descartes, m'importent plus que ces milliers de faits sans

conclusion de vos _Cosmos_ sans âme et sans Dieu. Mon âme n'a de

sympathie que pour les âmes, et d'adoration que pour l'âme des âmes,

l'auteur voilé dans son ouvrage, Dieu. Autant une pensée infinie est

au-dessus d'un fait brutal, autant mes contemplations et mes prières

sont au-dessus d'un _Cosmos_ chimique ou géométrique. Qu'est-ce qu'une

réticence qui cache tout en prétendant tout enseigner?

Comment M. de Humboldt a-t-il été amené à écrire son _Cosmos_ en

dehors de Dieu, et à décrire le plus magnifique des poëmes sans crier

_hosanna_ à son divin poëte? Disons-le hardiment: c'est qu'au fond il

était matérialiste. Or qu'est-ce que la matière? La matière, c'est ce

vil composé de fange durcie ou liquéfiée, terre, argile, sable, feu,

fer, soufre, dont les astres sont pétris, petit nombre d'éléments

abjects qui se combinent ou se combattent dans leur juxtaposition pour

produire ces phénomènes de la voûte céleste. Relativement à l'infini,

cela n'a point d'intérêt, ou cela ne peut avoir d'autre intérêt que

l'étendue, l'espace, et les différentes impulsions que Dieu leur

imprime et qui leur commandent le mouvement. Leur masse même et leur

distance importent peu, car l'auteur de ces ouvrages n'a qu'à ajouter,

comme la marchande d'herbes dans le bassin de sa balance, un brin à un

brin, une once de fer ou une pincée de charbon, et, brin à brin, once

par once, il finira par produire une étoile un million de fois plus

grosse que la terre, sans que cette masse multipliée par l'infini

acquière autre chose que du poids de plus. Renouvelez cette opération

des milliards de fois dans les cieux, ce sera toujours la même chose,

et sa grandeur ou sa petitesse relative à nous n'atteint que deux

forces: une force incréée qui donne, une force créée qui reçoit. Voilà

tout.

Mais l'âme ou la pensée de cette organisation, où est-elle? Nulle

part.

Cours familier de Littérature - Volume 19 · 第 73 / 140 题