M. Robin n'avait pas cru un mot du récit de Pilar. Il s'était néanmoins
mis en route, avec son escorte, mais sans se presser beaucoup, et on
pouvait craindre qu'il n'eût rencontré les reîtres, car on arriva en vue
de Briantes sans qu'il eût rejoint.
On s'inquiétait aussi de maître Jovelin, qui était parti le premier de
Brilbault avec cinq ou six hommes de Briantes, et que l'on s'étonnait de
ne pas rattraper, bien que l'on marchât très-vite: si vite, que ces
réflexions furent faites par chacun sans que l'on prît le temps de se
les communiquer.
J'ai lu, dans bien des romans, de longues conversations entre les
personnages, pendant que les chevaux fendent le vent et dévorent
l'espace; mais je n'ai jamais vu, dans la réalité, que la chose fût
possible.
Bien qu'il ne fût guère qu'une heure du matin, on vit clair comme en
plein jour en traversant le village. Les bâtiments de la ferme du
château étaient la proie des flammes.
À cette vue, personne ne douta plus, et l'on s'élança à l'assaut de
l'huis, qui était fermé et défendu par Sanche et quelques bohémiens
rassemblés par lui à la hâte, dès qu'il avait entendu le galop des
arrivants.
--Que faisons-nous là, mon cousin? dit Guillaume au marquis. Nos gens
s'emportent par trop de courage et n'attendent le commandement de
personne. Nous allons y perdre nos meilleurs valets, peut-être sans
profit! Avisons à faire de l'ouvrage qui serve.
--Oui, certes, répondit Bois-Doré, occupez-vous de les retenir. Ce n'est
pas un moment de plus ou de moins qui empêchera ma grange de brûler;
j'aime mieux la vie de ces bons chrétiens que toute ma récolte.
Rappelez-les, et les apaisez! Je me veux d'abord occuper de cet enfant
qui m'inquiète.
En parlant ainsi, le marquis emmenait Mario un peu à l'écart.
--Mon fils, lui dit-il, donnez-moi votre parole de gentilhomme de ne
point avancer que je ne vous appelle.
--Eh quoi! mon père, s'écria Mario consterné, vous me parlez comme
faisait tantôt Aristandre, et vous me traitez comme un tout petit
enfant! Sont-ce là les leçons d'honneur et de vaillance que vous me
donnez aujourd'hui, vous qui...?
--Silence, monsieur! obéissez! dit le marquis parlant pour la première
fois avec autorité à son bien-aimé. Vous n'êtes point encore en âge de
vous battre, et je vous le défends!
De grosses larmes vinrent aux yeux de l'enfant. Le marquis détourna les
siens pour ne pas les voir, et, laissant Mario au milieu d'une petite
réserve de ses bons serviteurs, il courut rejoindre Guillaume d'Ars, qui
avait réussi à ramener l'ordre et l'obéissance dans sa troupe.
--Il est très-inutile, lui dit le marquis, d'essayer de forcer l'huis:
avec deux hommes, il peut être défendu une heure, à moins que nous ne
voulions sacrifier une vingtaine des nôtres. Ah! mon cousin, c'est fort
bien fait de fortifier ses _entrances_, mais c'est fort mal commode
lorsqu'il s'agit de rentrer chez soi. En cet endroit, le fossé a quinze
pieds de profondeur, et vous voyez que les talus ne permettraient pas
aux nageurs d'aborder sans être foudroyés par le moucharabi. Savez-vous
ce qu'il faut faire? Regardez! La grange est écroulée. Eh bien, elle a
dû tomber dans le fossé et le combler en partie. C'est par là qu'il faut
entrer. J'y vais avec mon monde. Restez ici comme si vous cherchiez des
planches et des engins pour remplacer le pont levé, et ce, pour tromper
l'ennemi, que vous empêcherez de fuir quand nous tomberons sur lui. Nous
autres, mes amis, dit-il à ses gens, nous filerons sans bruit derrière
le mur, dont l'ombre nous cachera, malgré le grand feu qui consume nos
gerbes.
Le plan du marquis était fort sage, et ce qu'il prévoyait avait eu lieu.
Le fossé était comblé en partie et le mur écroulé par la chute de la
grange. Mais il fallait passer sur les décombres en feu et à travers des
vagues de flamme et de fumée. Les chevaux, effrayés, reculèrent.
--À pied, mes amis, à pied! cria le marquis en s'avançant au galop dans
cet enfer.
Le seul Rosidor s'y jeta avec intrépidité, franchit tous les obstacles
avec une adresse miraculeuse, et, sans s'inquiéter d'y griller sa belle
crinière et les rubans dont elle était tressée, il porta vaillamment son
maître au milieu de l'enceinte.
Le marquis ne risquait rien pour sa riche chevelure. Elle était restée
sous les fagots, à l'auberge du _Geault-Rouge_.
Ses valets, déjà fort animés par le désir de retrouver et de délivrer ou
de venger leurs familles, furent électrisés par le courage de leur
maître, et plusieurs le suivirent d'assez près pour l'empêcher de
tomber aux mains de l'ennemi.
Mais, au moment où le gros de la troupe s'engageait dans les décombres
embrasés, un cri d'alarme, poussé par un des paysans qui la composaient,
arrêta tous les autres et les fit reculer avec terreur.
Le grand pignon, encore debout, de la grange, subissant l'action d'une
chaleur intense, venait de craquer et, se courbant, menaçait d'écraser
quiconque essaierait de passer. Une seconde d'attente, et on allait le
voir tomber; alors on passerait, quelque difficile que fût l'escalade.
Voilà ce que chacun pensa, et tout le monde attendit. Mais les secondes,
les minutes même se succédaient, et le pignon ne tombait pas. Or, ces
secondes et ces minutes-là étaient des siècles, dans la situation où se
trouvait, en cet instant, le marquis.
Seul avec une dizaine des siens, il tenait tête à toute la bande des
bohémiens, encore composée d'une trentaine de combattants.
Quatre heures s'étaient écoulées depuis l'évasion de Mario sous la
sarrasine, et, depuis ces quatre heures, les bandits n'avaient pas songé
seulement à se repaître.
À la première ivresse de leur victoire et à la première satisfaction de
leur appétit avait bientôt succédé l'espoir opiniâtre de s'emparer du
château. Ils avaient essayé tous les moyens de s'y introduire par
surprise. Plusieurs y avaient péri, grâce à la vigilance d'Adamas et
d'Aristandre, secondés par la présence d'esprit, les bons conseils et
l'activité de Lauriane et de la Morisque. Voyant leurs efforts inutiles,
ils avaient mis le feu à la grange, dans l'espérance d'engager les
assiégés à faire une sortie pour sauver les bâtiments et les récoltes.
Ce ne fut pas sans y dépenser des trésors d'éloquence que le sage
Adamas réussit à retenir Aristandre, qui voulait se jeter dans le piége
tête baissée. Il avait même fallu que Lauriane employât son autorité, et
lui démontrât que, s'il succombait dans son entreprise, tous les
malheureux renfermés dans le château, à commencer par elle, étaient
perdus sans retour.
Depuis une heure que la grange brûlait, Aristandre, exaspéré, avait
épuisé tous les jurements et toutes les imprécations de son vocabulaire.
Condamné au repos, il rongeait son frein et maudissait même Adamas et
Lauriane, et Mercédès par-dessus le marché, et Clindor, qui prêchait
aussi la patience, enfin tous ceux qui l'empêchaient d'agir, lorsque
Adamas, grimpé au faîte de la tour-escalier, lui cria de la lanterne:
--Monsieur est là! monsieur est là! Je ne le vois pas; mais il est là,
j'en réponds! car on se cogne, et je suis sûr d'avoir reconnu sa voix
par-dessus toutes les autres.
--Oui! oui! s'écria Mercédès d'une des fenêtres du préau; Mario est là,
car le petit chien Fleurial est comme un fou; il l'a senti. Voyez! Je ne
peux pas le tenir!
--Aristandre! s'écria Lauriane, sortez! Sortons tous, il est temps!
Aristandre était déjà sorti. Sans s'inquiéter d'être suivi ou non, il
s'élançait aux côtés du marquis et le débarrassait de La Flèche, qui,
souple comme un serpent, avait sauté en croupe derrière lui et
l'étouffait dans ses bras maigres et nerveux, sans réussir toutefois à
le désarçonner.
Aristandre saisit le bohémien par une jambe, au risque d'entraîner le
marquis avec lui; il le jeta à terre, le foula sous ses pieds, en ayant
bien soin de lui enfoncer les côtes; puis, le laissant là, évanoui ou
mort, il se jeta sur les autres.
Les domestiques du château étaient sortis aussi, même Clindor, et même
le pauvre petit Fleurial, qui avait échappé aux bras de la Morisque
éperdue, et qui se jeta dans les jambes du marquis, bien empêché de s'en
apercevoir, puis, enfin, disparut dans le tumulte pour aller chercher
Mario.
Lauriane, armé et exaltée, voulait sortir aussi.
--Au nom du ciel, dit Adamas en se jetant au devant d'elle, ne faites
pas cela! si monsieur voit sa chère fille dans le danger, il en perdra
l'esprit, et vous serez cause qu'il se fera tuer. Et d'ailleurs, voyez,
madame! me voilà seul pour fermer la porte, ce qui peut sauver les
nôtres. Sait-on ce qui peut arriver? Rester pour m'aider au besoin!
--Mais la Morisque est sortie! s'écria Lauriane. Vois, Adamas, vois!
cette brave fille cherche Mario. Elle suit le petit chien! Mon Dieu! mon
Dieu! Mercédès, revenez! vous allez vous faire tuer!
Mercédès n'entendait rien au milieu de la bataille. D'ailleurs, elle
n'eût rien voulu entendre: elle ne songeait qu'à son enfant. Elle
traversait littéralement le fer et le feu; elle eût traversé le granit.
Le marquis et Aristandre, vaillamment secondés, furent bientôt maîtres
du terrain, et commencèrent à refouler les bandits, partie du côté des
ruines de la grange, partie du côté de l'huis. Ceux qui passèrent sous
le grand pignon, sans s'inquiéter de sa chute imminente, furent reçus à
coups de pique et de pieu par les vassaux de Bois-Doré, qui avaient
commencé à franchir ce passage redouté.
On en tua et l'on en prit plusieurs. Les autres rebroussèrent chemin,
et, longeant les murailles, toute la bande, qui ne comptait plus qu'une
vingtaine d'hommes valides, se trouva engouffrée sous la voûte de
l'huis.
--Éteignez le feu! cria Bois-Doré, qui voyait l'incendie gagner les
autres bâtiments de la ferme, et laissez-nous achever la _vau-de-route_
de cette canaille!
En parlant ainsi, il s'adressait aux paysans et aux femmes et enfants
qui s'étaient décidés à sortir du château, et il courait avec ses
domestiques à la voûte de l'huis, où un étrange conflit venait de
s'engager entre les bandits en fuite et Sanche, resté seul gardien de la
sortie.
Sanche avait une seule idée, une idée implacable. Il avait vu Mario hors
de portée, placé par le marquis derrière une maison du bourg avec une
escorte. L'enfant était bien abrité et bien gardé. Mais il était
impossible qu'à un moment donné, il ne sortît pas de cette retraite et
ne s'engageât pas à la portée de l'arquebuse.
Sanche était là en arrêt, le canon de son arme appuyé sur un créneau du
moucharabi, le corps bien caché, l'oeil fixé sur le coin du mur d'où sa
proie devait sortir tôt ou tard. Le sombre Espagnol avait pour lui le
formidable avantage qu'aucune préoccupation pour sa propre vie ne le
détournait de son but. Il n'avait en tête aucun souci du lendemain, ni
même de l'heure qui s'écoulait, grosse de périls. Il ne demandait au
ciel qu'une minute pour savourer et accomplir sa vengeance.
Aussi, lorsque les bohémiens en déroute vinrent se heurter en hurlant,
l'épée dans les reins, contre les pieux massifs de la sarrasine, Sanche
ne bougea non plus que les pierres de la voûte. Ce fut en vain que des
voix furieuses et désespérées lui crièrent:
--Le pont! La herse! Le pont!
Il fut sourd; que lui importaient ses complices!
Les bohémiens furent forcés de s'élancer dans la manoeuvre pour essayer
de se délivrer. Leurs femmes et leurs enfants poussaient des cris
lamentables.
C'était la contre-partie de la scène de terreur et de confusion qui
avait eu lieu en ce même endroit, quelques heures auparavant, parmi les
vassaux éperdus de la seigneurie.
Bois-Doré, toujours à cheval et entouré des siens, tenait désormais en
cage tous les débris de cette horde d'assassins et de voleurs. Leurs
femmes, devenues furieuses pour défendre leurs enfants, se retournaient
contre lui avec la rage du désespoir.
--Rendez-vous! rendez-vous tous! s'écria le marquis pris de pitié; je
fais grâce à cause des enfants!
Mais personne ne se rendait: ces malheureux ne croyaient pas à la
générosité du vainqueur; ils ne comprenaient pas la bonté,--chose rare
chez les seigneurs de cette époque, il faut en convenir.
Le marquis fut forcé d'arrêter ses gens pour empêcher, comme il l'a dit
depuis, un _massacre des innocents_, si tant est qu'il y eût des
innocents parmi ces petits sauvages, déjà dressés à toute la perversité
dont ils étaient capables.
Enfin, la sarrasine fut levée et le pont s'abaissa.
Guillaume, aussi généreux que le marquis, eût fait grâce aux faibles;
mais à la grande surprise de Bois-Doré, les fuyards passèrent sans
obstacle. Guillaume et son monde n'étaient pas là.
--Mille noms du diable! s'écria Aristandre, ces démons se sauveront.
Sus! sus! courons-leur sus! Ah! monsieur, il fallait, pendant que nous
les tenions là, les hacher comme de la paille!...
Et il s'élança à leur poursuite, laissant le marquis seul sous la voûte
ouverte et dégagée, mais très inquiet de Mario, et ne pouvant lancer son
cheval sur le pont dans la crainte d'écraser ses propres gens, qui
étaient à pied et qui se jetaient en foule sur ce passage étroit pour
atteindre les fuyards.
Enfin, le pont fut dégagé. Vainqueurs et vaincus s'élancèrent en avant.
Le marquis put passer et vit venir à lui, sur sa droite, Mario, qui
pensait pouvoir quitter sa retraite, maintenant que l'affaire semblait
finie.
Quant aux bandits, tout danger paraissait dissipé en effet; les fuyards
ne songeaient qu'à s'échapper comme ils pouvaient dans toutes les
directions; quelques-uns se cachaient çà et là avec beaucoup d'adresse,
tandis que les poursuivants passaient outre.
Un seul des vaincus n'avait pas bougé, et nul ne pensait à lui: c'était
Sanche, toujours caché et agenouillé dans l'angle du moucharabi. De ce
petit balcon à mâchecoulis, il eût pu faire tomber des pierres sur les
Briantais, car il y avait toujours, dans la galerie de manoeuvre, une
provision de moellons bien mesurés à l'ouverture des mâchecoulis. Mais
Sanche ne voulait pas trahir sa présence. Il voulait vivre encore
quelques instants; il regardait venir Mario et le visait à loisir,
lorsqu'il vit, beaucoup plus près de lui et beaucoup plus à portée, le
marquis à trois pas en avant du pont.
Il se fit alors en lui un violent combat. Quelle victime choisirait-il?
Il n'y avait pas alors de fusils à deux coups. Entre le père et
l'enfant, la distance était trop courte pour permettre de recharger
l'arme.
Dans sa lutte avec Aristandre, Sanche avait brisé un de ses pistolets et
s'était vu arracher l'autre par ce vigoureux antagoniste.
Par un raffinement de vengeance, Sanche se décida pour Mario. Le voir
mourir devait être plus cruel pour le marquis que de mourir lui-même.
Mais ce moment d'hésitation avait troublé l'équilibre de cette
tranquille férocité.
Le coup partit et alla frapper, à un pied plus bas que la poitrine de
Mario, monté sur son petit cheval, la Morisque, qui l'avait rejoint et
qui marchait près de lui.
Mercédès tomba sans pousser un cri.
--À moi, à moi, mes amis! s'écria Bois-Doré, qui se voyait seul avec son
fils exposé aux coups d'ennemis invisibles.
Derrière lui accouraient seulement Lauriane et Adamas, qui, en voyant
fuir les bandits, avaient abandonné la garde de l'huisset pour venir les
rejoindre.
Tandis qu'avec Mario éperdu, ils relevaient de terre la pauvre Morisque,
le marquis leva les yeux sur le moucharabi et vit s'y dresser la haute
taille de Sanche, qui, reconnaissant la Morisque, cause première de la
mort de son maître, se consolait un peu de n'avoir atteint qu'elle. Sans
songer à fuir, il rechargeait son arme à la hâte.
Bois-Doré le reconnut aussitôt, bien que l'incendie n'éclairât que
faiblement cette face de l'huis. Mais le marquis n'avait plus aucune
arme chargée, et il se jeta à bas de son cheval pour rentrer sous la
voûte et monter au moucharabi, jugeant avec raison que, de tous les
ennemis auxquels il avait eu affaire jusque-là, le vengeur de d'Alvimar
était le plus redoutable.
Sanche le vit accourir, devina sa pensée, et, sans s'occuper de lui
envoyer des projectiles qui eussent pu tomber à côté de lui, il s'élança
dans l'escalier de la manoeuvre, résolu à le poignarder, son couteau
étant la seule de ses armes qui ne fût pas, pour le moment, hors de
service.
Bois-Doré allait franchir l'escalier, la pointe de l'épée levée,
lorsqu'il sembla pressentir la conduite que devait tenir un aussi
traître adversaire.
Il baissa la pointe en interrogeant chaque degré dans l'obscurité,
devinant que Sanche se tenait courbé là et aux aguets pour se jeter sur
lui en le faisant rouler en arrière. Il se prit donc d'une main à la
rampe, mais sans assurer assez son corps.
Sanche, averti par le fer d'épée qui rencontra une marche, se releva, en
franchit plusieurs d'un bond vigoureux, et vint tomber sur Bois-Doré,
qu'il renversa et saisit à la gorge; puis, lui mettant les deux genoux
sur la poitrine:
--Je te tiens, maudit huguenot! s'écria-t-il, et n'espère pas de merci,
toi qui n'en as pas eu pour...
Avant d'achever sa phrase, il chercha la place du coeur, et, de l'autre
main, il leva le couteau en disant:
--_Pour l'âme de mon fils!_
Le marquis, étourdi de sa chute, ne se défendait que faiblement, et
c'était fait de lui, lorsque Sanche sentit sur sa figure deux petites
mains hésitantes qui, tout à coup, le déchirèrent si cruellement, qu'il
dut faire un mouvement pour s'en débarrasser.
D'ailleurs, une pensée rapide lui fit abandonner le marquis:
--L'enfant d'abord! s'écria-t-il.
Mais cette parole fut tout à coup ravalée dans sa gorge, et cette pensée
tout à coup brisée dans sa tête par une commotion effroyable.
Mario avait suivi le marquis. Il avait entendu sa chute. Il avait saisi
à tâtons la face de Sanche. Il avait reconnu, au toucher, que ce
n'était pas celle de Bois-Doré. Il avait posé le canon d'un pistolet
arraché par lui, en passant, aux mains de Clindor, sur ce crâne poilu et
rude, et avait tiré à bout portant.
Il avait vengé la mort de son père et sauvé la vie de son oncle.