I
Ayant éloigné les dieux et les morts, que reste-t-il? Nous-mêmes et
toute la vie qui nous entoure, et c’est peut-être suffisant. C’est en
tout cas bien plus que nous ne pouvons embrasser.
Étudions à présent certaines manifestations absolument pareilles à
celles que nous attribuons aux désincarnés et tout aussi surprenantes.
Pour celles-ci, il n’y a pas le moindre doute quant à leur origine.
Elles ne viennent pas de l’autre monde; elles naissent et meurent sur
cette terre, et c’est uniquement et incontestablement de notre inconnu
vivant qu’elles émanent. Elles sont, en outre, parmi toutes les
manifestations psychiques, celles qu’il est le plus facile d’examiner et
de contrôler, attendu qu’on peut les répéter presque indéfiniment et
qu’un certain nombre de médiums excellents et connus sont toujours prêts
à les reproduire devant qui voudra bien s’y intéresser. Ce n’est plus de
l’observation précaire et fortuite, mais presque de l’expérimentation
scientifique.
Il s’agit de divers phénomènes d’intuition, de lucidité, de clairvoyance
ou de clairaudience, de vision à distance et même de vision de l’avenir.
Ces phénomènes sont dus à l’intuition pure et spontanée du médium dans
l’état d’hypnose ou de veille; ou bien sont provoqués ou facilités par
l’un ou l’autre procédé empirique qui ne sert apparemment qu’à réveiller
les facultés subconscientes du sujet, à déclancher en quelque sorte sa
lucidité subliminale. Parmi ces procédés, les plus usités, comme chacun
sait, sont les cartes, le marc de café, les épingles, les lignes de la
main, les globes de cristal, l’astrologie, etc. Ils n’ont aucune
importance par eux-mêmes, aucune vertu propre et ne valent que ce que
vaut le médium qui les emploie. «En réalité, comme le dit excellemment
M. Duchatel, il n’y a qu’une seule et unique _Mancie_. La faculté de
voyance dans le _Temps_, comme la faculté de voyance dans l’_Espace_,
est _une_, quelle que soit sa forme extérieure ou le procédé employé.»
Sans nous arrêter pour l’instant à ces manifestations qui, sous des
apparences parfois puériles ou vulgaires, cachent souvent des réalités
surprenantes et incontestables, nous ne nous occuperons ici que d’une
série de phénomènes qui embrasse à peu près tous les autres et qu’on a
groupée sous le nom général et d’ailleurs assez mal choisi et mal
composé de _Psychométrie_, qui est, pour emprunter la bonne définition
du Dr Maxwell, «la faculté qu’ont certaines personnes de se mettre en
relation, soit spontanément, soit le plus souvent par l’intermédiaire
d’un objet, avec des choses et des gens inconnus et souvent fort
éloignés d’elles».
L’existence de cette faculté n’est plus sérieusement niée, et il est
facile, à qui veut s’en donner la peine, de la constater par soi-même,
car les sujets qui la possèdent, s’ils sont assez rares, ne sont pas
inaccessibles. Elle a fait l’objet d’expériences déjà nombreuses (voir,
entre autres, le rapport de M. Warcollier, dans le numéro de juillet
1911 des _Annales des Sciences psychiques_) et de quelques études, parmi
lesquelles je citerai, en toute première ligne, celle de M. Duchatel:
_Enquête sur des cas de psychométrie_, et le récent livre du Dr Osty:
_Lucidité et Intuition_, qui est le travail le plus consciencieux, le
plus complet et le plus pénétrant que jusqu’ici nous possédions sur la
matière. Néanmoins l’on peut dire que ces parages tout récemment annexés
à la métapsychique sont à peine explorés; et que de fécondes surprises y
attendent sans doute les chercheurs de bonne volonté.