La république de 1848, mieux placée que la royauté à deux visages de
Juillet, n'eut pas le temps d'avoir un système d'alliance. Préserver
la paix du monde était assez pour elle; elle la préserva: «Ne
préjugeons rien,» dis-je à l'ambassadeur d'Autriche, le loyal comte
Appony, que j'honorais de la plus juste estime depuis longues années;
«dites à votre cour que nous ne lui demandons pas la paix, ce serait
une lâcheté indigne de la France; que nous ne lui déclarons pas
d'hostilité préconçue, ce serait une provocation funeste à l'Europe;
que nous ne sommes avec elle ni en guerre ni en paix, mais en
expectative inoffensive; que c'est à votre cour à faire elle-même sa
situation envers nous et notre situation envers elle; que la
république légitime, qui n'a point d'intérêt dynastique, est
compatible avec toutes les monarchies légitimes, et que rien n'empêche
de nouer, au besoin, entre la république et l'Autriche, l'alliance des
rois et des peuples qui se respectent dans leurs droits réciproques.
Un pas de vous en Italie pourrait nous y faire descendre. Nous nous
préparons aux événements, non par ambition, mais par devoir. Nous ne
soulèverons ni l'Italie ni la Hongrie; nous ne prendrons pas la
responsabilité du chaos. Les soulèvements spontanés des peuples
conquis sont des droits, les soulèvements artificiels par l'étranger
sont des crimes: nous ne ferons jamais la diplomatie des crimes.»
J'envoyai, peu de temps après cette conversation, un diplomate
confidentiel en observation à Vienne pour y tenir le même langage, et,
sans la guerre d'agression du roi de Piémont à l'Autriche, un système
d'alliance, fondé sur des concessions libérales et nationales en
Italie, pouvait s'ébaucher entre la république et l'Autriche. Les
bases en étaient déjà éventuellement posées: elles étaient des bornes
très-reculées de l'Allemagne en Italie; mais elles n'étaient pas un
empire de trente millions d'hommes, improvisé au profit d'un roi
guerrier et d'un pays militaire contre l'Allemagne et contre la
France.