Toute diplomatie avait cessé d'exister pour M. de Talleyrand du jour
où Napoléon, promu à l'empire par sa propre volonté et par les
victoires de ses armées, avait résolu de substituer les conquêtes aux
alliances, et de détruire au profit de la France tout l'équilibre
européen.
Qu'est-il besoin d'alliance à qui veut régner partout?
Qu'est-il besoin d'équilibre à qui ne peut souffrir d'indépendance?
Qu'est-il besoin de paix à qui est résolu de ne faire de pacte qu'avec
la victoire?
Aussi, de ce jour-là, M. de Talleyrand se retira dans son inutilité
et dans sa prévision des catastrophes: «À quoi servirais-je désormais?
dit-il à Napoléon: vous êtes la guerre et l'omnipotence, je suis la
transaction et la paix; le moindre de vos soldats est un plus grand
diplomate que moi; vos congrès sont des champs de bataille; entre le
monde et vous il n'y a d'arbitre que le destin: vous êtes un dieu de
la force, je ne suis qu'un homme de pondération: allez où va le
hasard, je me récuse et je m'efface.»