II

Toute diplomatie avait cessé d'exister pour M. de Talleyrand du jour

où Napoléon, promu à l'empire par sa propre volonté et par les

victoires de ses armées, avait résolu de substituer les conquêtes aux

alliances, et de détruire au profit de la France tout l'équilibre

européen.

Qu'est-il besoin d'alliance à qui veut régner partout?

Qu'est-il besoin d'équilibre à qui ne peut souffrir d'indépendance?

Qu'est-il besoin de paix à qui est résolu de ne faire de pacte qu'avec

la victoire?

Aussi, de ce jour-là, M. de Talleyrand se retira dans son inutilité

et dans sa prévision des catastrophes: «À quoi servirais-je désormais?

dit-il à Napoléon: vous êtes la guerre et l'omnipotence, je suis la

transaction et la paix; le moindre de vos soldats est un plus grand

diplomate que moi; vos congrès sont des champs de bataille; entre le

monde et vous il n'y a d'arbitre que le destin: vous êtes un dieu de

la force, je ne suis qu'un homme de pondération: allez où va le

hasard, je me récuse et je m'efface.»

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 141 / 171 题