XLV

Après le second retour des Bourbons, l'oeuvre de la diplomatie était

accomplie; l'oeuvre de l'homme d'État, dans un pays libre et déchiré

par les partis en lutte, commençait. C'était l'oeuvre des orateurs et

des tribuns, des hommes de caractère et de paroles. Soulever et calmer

les tempêtes de tribune, de presse, de place publique, ou les apaiser

du geste et de la voix, était un rôle qui n'allait pas au souverain

diplomate. La nature ne l'avait pas taillé dans les grandes

proportions que l'on donne aux Chatam, aux Pitt, aux Mirabeau, aux

Danton, aux Vergniaud, ces foudres d'éloquence. Sa force était de tout

comprendre, mais non de tout dominer, même le peuple; c'était une

intelligence suprême, mais une intelligence à demi-voix; il ne parlait

qu'à l'oreille, comme la persuasion; il n'écrivait même bien qu'avec

réflexion, lenteur et clarté, mais sans chaleur. C'était un résumeur

infaillible et divinatoire; les résumeurs sont admirables dans les

salons, jamais dans les foules; les improvisateurs seuls sont les

maîtres du moment; la sagacité froide n'improvise pas, elle juge. Tel

était ce caractère, toujours recueilli dans son silence, et qui ne

laissait échapper son grand sens que dans des mots qui donnaient à

réfléchir, parce qu'ils étaient eux-mêmes profondément réfléchis.

L'axiome spirituel et imprévu était la forme de son esprit; c'est la

forme de la vérité, quand elle veut se faire remarquer par la surprise

et se faire accepter par la grâce.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 131 / 171 题