Après le second retour des Bourbons, l'oeuvre de la diplomatie était
accomplie; l'oeuvre de l'homme d'État, dans un pays libre et déchiré
par les partis en lutte, commençait. C'était l'oeuvre des orateurs et
des tribuns, des hommes de caractère et de paroles. Soulever et calmer
les tempêtes de tribune, de presse, de place publique, ou les apaiser
du geste et de la voix, était un rôle qui n'allait pas au souverain
diplomate. La nature ne l'avait pas taillé dans les grandes
proportions que l'on donne aux Chatam, aux Pitt, aux Mirabeau, aux
Danton, aux Vergniaud, ces foudres d'éloquence. Sa force était de tout
comprendre, mais non de tout dominer, même le peuple; c'était une
intelligence suprême, mais une intelligence à demi-voix; il ne parlait
qu'à l'oreille, comme la persuasion; il n'écrivait même bien qu'avec
réflexion, lenteur et clarté, mais sans chaleur. C'était un résumeur
infaillible et divinatoire; les résumeurs sont admirables dans les
salons, jamais dans les foules; les improvisateurs seuls sont les
maîtres du moment; la sagacité froide n'improvise pas, elle juge. Tel
était ce caractère, toujours recueilli dans son silence, et qui ne
laissait échapper son grand sens que dans des mots qui donnaient à
réfléchir, parce qu'ils étaient eux-mêmes profondément réfléchis.
L'axiome spirituel et imprévu était la forme de son esprit; c'est la
forme de la vérité, quand elle veut se faire remarquer par la surprise
et se faire accepter par la grâce.