Cet acte répréhensible de son ministre des affaires étrangères a fait
sans doute quelque mal à l'Angleterre alors; mais, comme tous les
actes réprouvés par la conscience, il a fait plus de mal à Louis XVI
et à la France.
La France, d'abord, quel avantage réel en a-t-elle retiré? si ce n'est
l'ingratitude et souvent l'hostilité de cette république égoïste des
États-Unis, qui a aboli de ses lois la reconnaissance comme une vertu
improductive pour ce peuple de caboteurs, d'agioteurs et de négriers,
qui a fondé sa législation politique sur un vice et sur un crime à la
fois, l'anarchie et l'esclavage, qui a fait à la France la guerre
navale des transports au profit de l'Angleterre et à la ruine de nos
ports; qui, pour comble d'impudeur, après la paix, nous a demandé,
_sous peine de guerre_, le remboursement des sommes qu'elle n'avait
pas assez gagnées sur nous dans nos calamités nationales, l'indemnité
de la rapacité américaine! l'usure d'un monde sur un autre monde!
Juste récompense du sang et de l'or français, bravement mais
déshonnêtement prodigués à une guerre illicite.
Louis XVI, ensuite, qu'en a-t-il recueilli?
Le ressentiment légitime et implacable de l'Angleterre, la contagion
de l'esprit d'insurrection contre lui-même, la glorification de la
guerre civile, l'esprit d'insurrection importé d'Amérique dans sa
monarchie ébranlée, les engouements de la France pour les idoles de
Boston, la popularité de la licence, et enfin les applaudissements de
Payne et de ses compatriotes de la Convention aux préludes de la mort
du roi leur bienfaiteur!