Ici le jeune pèlerin de Saint-Point se souvient d'une petite anecdote
de village, dont il me fait ressouvenir aussi en souriant.
C'était en 1857. Le vieux manoir réunissait une nombreuse tribu de
famille et d'amis de la famille, plusieurs jeunes nièces avec leurs
petits enfants. Par un beau soir d'octobre, toute cette société, les
jeunes gens à pied, les femmes à cheval, les enfants sur des ânes,
partit pour visiter les plus hauts sommets des montagnes qui séparent
le bassin de la Loire du bassin de la Saône. Cette chaîne, boisée
d'épaisses bruyères et de rares châtaigniers, est un amphithéâtre d'où
l'on a pour spectacle, d'un côté, les neiges dentelées des Alpes, de
l'autre, la vallée creuse et verte de Saint-Point, avec ses tours
dorées par le soleil des soirs: site solennel, quand on s'y assied en
regardant le mont Blanc; site modeste et recueilli, quand on s'y
retourne pour regarder la vallée sombre et la vieille ruine du
château.