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Laprade feuilleta encore à haute voix sa mémoire; il nous récita

quelques fragments de ses poëmes évangéliques, qui s'épanchaient déjà

goutte à goutte de son coeur trop plein. Ces poëmes ont paru en entier

depuis.

Klopstock avait eu la même inspiration en Allemagne, il y a soixante

ans. La _Messiade_ est le poëme épique du christianisme surnaturel et

miraculeux. Les poëmes évangéliques de Laprade sont le poëme bucolique

du christianisme, ou, pour mieux dire, c'est l'Évangile lui-même

traduit en poésie. Selon nous, l'idée était fausse; l'Évangile, qui

est une réforme sévère et rationnelle de la Bible, n'est pas poétique

pour le vulgaire.

C'est un enseignement, et non une fable. La morale a tout à y

recueillir, l'imagination n'a rien à y colorier; les passions

humaines, cette âme de l'épopée, en sont exclues; les prédications

d'un homme né dans la cabane d'un artisan et suivi de village en

village par douze pauvres pêcheurs de Galilée ne sont un poëme que

pour les philosophes qui étudient à loisir la semence et la

germination des vérités divines. Les paraboles mêmes, ces apologues

évangéliques qui ne font rejaillir la vérité que sous la forme

ingénieuse de l'allusion, sont froides comme les images répercutées

dans le miroir lumineux mais impassible de la pure intelligence. La

charité est la seule passion qui palpite dans l'Évangile; mais c'est

une passion divine, collective, métaphysique, abstraite, qui

généralise et qui n'individualise pas le sentiment. L'individualité

seule produit l'intérêt dans un poëme: une doctrine ne personnifie

qu'une vérité.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 55 / 171 题