UN PEU DE NOIR DE FUMÉE

Un peu de noir de fumée a sali tout à coup la feuille blanche sur

laquelle j’écrivais le poème pour toi. J’avais peint tout autour une

enluminure mogole comme celle d’Abdoul Samad et des maîtres de

Samarcand. La lampe a filé. La feuille est salie.

Le poème retraçait la soirée, la merveilleuse soirée où pour la première

fois tu m’as dit que tu m’aimais. Les étoiles étaient hautes et

silencieuses et la forêt penchée sur toi semblait écouter tes paroles.

Jamais je n’ai oublié ces heures et je te les rappelais dans le poème.

Comme tu étais belle et comme le paysage qui nous environnait était

émouvant et profond. Mais il me souvient que tout à coup tu laissas

tomber par étourderie le nom d’un homme que tu avais aimé avant moi.

C’est dans l’ordre des choses. Sur le plus beau poème d’amour il tombe

toujours un peu de noir de fumée.

Le livre des lotus entr'ouverts · 第 60 / 92 题